Municipales 2026 : à Lille, socialistes toujours ?

Qui pour succéder à Martine Aubry à Lille ? C’est ce que vont devoir décider les Lilloises et lillois, les 15 et 22 mars prochain, quand ils voteront aux élections municipales. L’historique figure socialiste a rendu son tablier en mars 2025 mais sa liste et son successeur, Arnaud Deslandes, ont tout de même un mandat à défendre. Leur virage écolo a participé à transformer la ville mais comment ? La question des logements sociaux, la ville « à hauteur d’enfant » et les enjeux sécuritaires ont-ils été tenus ? On fait le bilan, dans ce nouvel épisode de Radar.

Déjà, en 2020, la bataille avait été intense avec les écologistes qui briguaient, eux aussi la mairie. 40% au 2nd tour pour Aubry (PS) et 39% pour Stéphane Baly (EELV). 227 voix d’écart. Un mouchoir de poche qui a nécessairement impacté les programmes respectifs des listes en lice et de la majorité gagnante de Martine Aubry au Conseil municipal. Mediacités Lille a fait le bilan des dernières années avec l’outil Radar.

Ils nous ont donné rendez-vous près de la friche Saint-Sauveur, un gigantesque terrain qui a vu se succéder plusieurs projets ces dernières années. La majorité défend toujours l’idée d’y construire un parc naturel et un ensemble de 2500 logements. Mais, début 2026, tout reste à faire lors du prochain mandat. L’opposition, elle, peine à proposer une alternative claire sur le sujet.

La maire sortante a néanmoins avancé dans sa transformation de la ville, forte d’un « virage écolo » dans la construction de son dernier programme. Boulevard Carnot, rue du Molinel, rue Solférino ou encore Porte de Paris, ces plusieurs axes structurants de la ville ont été débétonnés pour prioriser les déplacements non-motorisés. 80 hectares d’espaces verts (sur les 90 promis) ont été déployés, des places verdies et 50 parcs créés.

Logement ou espaces verts, faut-il choisir ?

Ce n’était pas couru d’avance car Martine Aubry et les socialistes ont longtemps prôné ce qu’on appelle la « ville dense ». C’est l’idée d’optimiser l’espace et les infrastructures urbaines pour y concentrer un maximum de gens et de services. Végétaliser les villes revient donc forcément aussi à l’étirer. Une inévitable tension entre création de logements et d’espaces verts. Niveau logement, pas de changement depuis 2001 pour Martine Aubry : on construit ! 6560 logements à date, en janvier 2026, nous dit son successeur adoubé Arnaud Deslandes, dont un tiers de logements sociaux d’ici 2028. Légèrement en dessous des 8000 logements promis en 2020, et bien en dessous des besoins de la ville. Donc, à Gauche du parti socialiste, ça râle, surtout sur l’accueil des mineurs exilés vivant à la rue ou des familles roms régulièrement expulsées de terrains municipaux.

Au-delà de ces enjeux d’urbanisme, des politiques phares ont été portées par les socialistes lillois ces dernières années. A commencer par ce qu’ils appellent la “ville à hauteur d’enfant”. Ils ont entrepris des travaux de rénovation importants. Dans les cours d’école (débétumisation) mais aussi en créant des rues scolaires, en piétonisant des rues adjacentes. Sans oublier la gratuité de certaines fournitures scolaires à la rentrée (42€ par élève).

Le parti de Gauche s’est aussi penché sur les enjeux de sécurité : la Ville de Lille a recruté 50 policiers municipaux supplémentaires et s’est convertie à la vidéosurveillance, en installant 196 caméras ainsi qu’un centre de supervision urbain. « Trop peu » s’offusquent leurs opposants de Droite et d’extrême droite qui veulent armer la police municipale. Le candidat RN propose même de rajouter 1200 policiers.

Horizon Beffroi pour les partis en lice

Ce qui est certain c’est que les lignes politiques se clarifient à quelques mois des élections. Chacun défend son pré carré, souvent en résonance avec des enjeux nationaux comme on vous l’évoquait dans l’épisode 1 de Radar. Alors, à Lille, qui compte s’opposer aux Socialistes en mars prochain ? Les deux challengers, déjà présents au second tour en 2020 sont Stéphane Baly (EELV) et Violette Spillebout (Macroniste). Louis Delemer tentera de faire revenir les Républicains au conseil municipal, Lahouaria Addouche de surfer sur les bons scores locaux des Insoumis. Enfin, le RN a choisi son eurodéputé Matthieu Valet, un ancien commissaire de police très médiatique.

Tous ces opposants estiment pouvoir créer la rupture avec le socialisme municipal. Ils critiquent tous le manque de concertation et de transparence sur plusieurs dossiers clivants, comme l’extension du stationnement payant dans plusieurs quartiers populaires de la ville. C’est, en tout cas, la fin d’une ère avec le départ de Martine Aubry. Affaire à suivre sur le site de Mediacités dans les semaines à venir et dans les nouveaux épisodes de notre série Radar consacrée aux Municipales.

Réalisation et montage : Elliot Clarke / Script original : Sheerazad Chekaik-Cheila, Yves Adaken, Matthieu Slisse et Eden Sakhi Momen

Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre.