Municipales 2026 – réguler ou libérer pour mieux loger ?

Selon la Fondation pour le logement, 4,2 millions de gens sont mal logés en France ? Des situations variées allant des personnes à la rue à des jeunes adultes forcés de retourner vivre chez leurs parents. Pas étonnant, donc, que le sujet du logement s’invite dans les élections municipales aux côtés de ce qui concerne le plus les Français : le pouvoir d’achat.

En moyenne, nous mettons 700€/mois dans notre logement, charges comprises. Un tiers, voire plus, de nos revenus (Sondage Odoxa, novembre, 2025). Résultat : un million de gens ont du mal à payer leur loyer et la plupart d’entre nous serions favorables à des politiques « logement » plus solides. Et ça tombe bien, car ça rentre dans les compétences de vos futurs élus municipaux à élire les 15 et 22 mars. Du moins dans les agglomérations urbaines et les métropoles, la gestion du Programme Local de l’Habitat (PLH) est obligatoire.

Mais alors, comment on agit concrètement et localement pour le logement ? A la fois pour trouver des solutions pérennes pour toutes et tous mais aussi pour améliorer la qualité des bâtiments et leur habitation effective ? Comment on évite d’avoir froid en hiver comme 3,5 millions de français ? Ou que 18% des logements soient, la plupart du temps, vides à l’année ? Et quels bords politiques proposent quoi ? C’est le chantier de ce nouvel épisode de Radar en partenariat avec Mediacités.

Déjà, pour plus de clarté, rappelons que les mesures en faveur du logement dans nos villes et villages dépendent avant tout de l’Etat ou de bailleurs privés. Pour autant, les listes élues dans nos mairies disposent de pas mal de leviers d’action. D’autant que deux grandes orientations nationales sont censées guider leurs choix : la loi SRU qui oblige normalement toutes les communes de plus de 3500 habitants à un minimum de 20-25% de logement social. Et le plan Logement d’abord lancé par Emmanuel Macron en 2018 : l’idée de sortir un maximum de gens du sans-abrisme et du mal-logement avec des solutions de long terme. Pas du logement d’urgence.

C’est sur ces bases que la Fondation pour le logement a construit ses recommandations dans son dernier rapport. Et le premier levier : c’est le respect des seuils de logements sociaux pour les plus précaires. Mais pour le moment, c’est pas vraiment ça. Politis a dressé une carte nationale et 54% des communes concernées n’auraient pas atteint le seuil légal et seraient donc déficitaires. 334 sont carrément carencées, soit largement en dessous de leurs obligations. Elles peuvent alors être sanctionnées de lourdes majorations fiscales. A Nice, par exemple, ça coûte plus de 8 millions d’euros par an aux contribuables.

Choc de l’offre VS. régulation

Et, comme chez Christian Estrosi, ces communes qui préfèrent les amendes salées au logement social, elles sont plutôt de droite. Une droite libérale qui défend le laisser-faire face à des politiques publiques régulatrices prônées par la gauche, y compris au niveau national lit-on dans Le Monde. Deux visions qui s’affrontent pendant ces Municipales, comme a pu l’observer avec Mediacités à Lyon. Jean-Michel Aulas, candidat de droite, veut relancer la construction de logements en facilitant les bailleurs privés, ce qu’il appelle « un choc de l’offre ». Plus d’offre d’achat ou de location de logements entraîneraient mécaniquement une baisse des prix. La gauche écologiste ou insoumise souhaite aussi relancer les chantiers mais en continuant à réguler, quitte à co-porter des projets “sociaux” avec des bailleurs privés. 

Des orientations qui se retrouvent dans toutes les grandes propositions Logement de cette campagne municipale. Prenez, l’encadrement des loyers. Préconisé par la gauche, mis en place dans des grandes villes comme Paris, Lyon ou Lille, il définit un plafond maximum pour les propriétaires loueurs. Un maximum qui permet de rendre accessible ces « zones tendues » et chères à des populations moins aisées. Et de garantir un peu de mixité sociale dans les villes. Basta! relève que les écolos à Lyon ont même créé un outil pour que les locataires fassent valoir ce droit.

La mesure est trop contraignante pour les candidats de droite. Jean-Michel Aulas préférerait une « charte de modération » pour les bailleurs, donc leur faire confiance pour s’autoréguler. Pourtant, on voit bien que l’encadrement des loyers n’est déjà pas entièrement respecté, et que les bailleurs et propriétaires « libres » n’hésitent pas à expulser à tour de bras, comme à Toulouse par exemple, sans alternatives suffisantes en logements sociaux. 

Airbnb, l’appli qui cache la forêt

Encore une fois, il y a donc une tension entre régulation publique et liberté du privé. Une tension qui se ressent aussi dans l’occupation des logements existants. Pour rappel, selon le rapport de la Fondation pour le logement, 3 millions de logements sont inhabités en France. Et autant de résidences secondaires sont peu occupées, y compris dans les grandes villes à forte densité. Un phénomène de vacance qui  accentue les difficultés pour se loger. Le cas d’Airbnb est devenu symptomatique du pouvoir des mairies dans ce domaine. Une loi « anti-Airbnb » est récemment passée, en 2024, pour réguler l’explosion de location saisonnière de meublés touristiques. Les mairies peuvent donc l’appliquer et limiter les locations à 120 ou 90 jours pour inciter les gens à y habiter, ou à les louer à l’année. Les maires pourront aussi mettre en place des quotas (10% par quartier par exemple). La ville de Marseille a vu baisser de 80% son parc locatif ces dernières années et a donc appliqué fermement cette loi. Jusqu’au tribunal puisqu’ils ont attaqué en justice des propriétaires abusifs fin 2025.

La propriété privée, ou étatique d’ailleurs, n’est pas sans responsabilité vis-à-vis des collectivités, surtout dans les villes densément peuplées. Certains maires dépassent leurs prérogatives et vont jusqu’à réquisitionner des logements vacants, comme Patrice Bessac à Montreuil. Quitte à être attaqués car c’est normalement aux préfectures de s’en charger. D’autres villes rachètent des bâtiments ou des friches. A Lille, en 2026, les partis politiques en lice se battent, comme en 2020, sur le devenir de la friche Saint Sauveur. Logements sociaux, parc, campus étudiant… Que faire de cette ancienne gare inoccupée ?

Libéralisation nationale, limitations locales

Les leviers locaux sont donc nombreux mais souvent limités par la politique nationale. Et, niveau logement, la tendance est plutôt à la libéralisation : la loi CHOC votée au Sénat en janvier réduirait les obligations locales de production de logements sociaux. Alors que celle sur la réquisition des logements a été rejetée le 12 février dernier. C’est pour ça qu’il ne faut pas oublier que voter pour ses mairies, c’est aussi participer à choisir vos futurs sénateurs, celles et ceux qui votent ces lois. Comme on vous l’expliquait dans un précédent épisode sur les intercommunalités.

Le dernier pouvoir des mairies réside donc, bien souvent, dans leur soutien aux accueils de jour et aux associations locales qui informent et orientent les habitant-es pour trouver à se loger.

Vous aurez en tout cas compris que deux lignes politiques s’affrontent sur le logement : la régulation publique ou le laisser-faire du privé, avec ses nuances en fonction des listes, partis et particularités locales bien sûr. Et ce sera à vous de décider ce que vous préférez, les 15 et 22 mars prochain. Parce que choisir son maire, c’est un peu, aussi, choisir sa maison.

Article, réalisation et montage : Elliot Clarke

Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre