Municipales 2026 : sécurité, l’escalade répressive – 10/03/26
Vous n’êtes pas en sécurité. C’est du moins le sujet d’inquiétude principal d’une majorité de français à la veille des Municipales. Alors, si la tranquillité publique et la lutte contre la délinquance sont des sujets légitimes, reste à leur trouver des solutions adaptées. Mais qu’est-ce qu’on entend exactement derrière cet enjeu un peu fourre-tout ?
La thématique a beaucoup évolué ces dernières années. En 2026, l’arrivée de la vidéosurveillance, l’intelligence artificielle et les réformes de la police municipale sont au cœur des débats politiques nationaux et locaux. Et ce qui est assez nouveau, pendant ces élections, c’est que tout le monde s’en empare, à Droite comme à Gauche, avec beaucoup de ferveur mais pas toujours de cohérence politique.
Faut-il réprimer ou prévenir la délinquance ? Installer plus de caméras ou financer des associations et ouvrir des centres sociaux ? Armer les policiers ou insister sur leur rôle de proximité ? C’est le sujet de ce nouvel épisode de notre série Radar en partenariat avec Mediacités.
Sécurité rime d’abord avec police. Il faut donc bien différencier police nationale et municipale. Historiquement, police et gendarmerie nationale enquêtent et luttent contre la criminalité, maintiennent l’ordre public, y compris par l’usage de la force. Là où la police municipale a plus un rôle de médiation : gérer le trafic routier, surveiller et alerter la police judiciaire et dialoguer avec les habitants. Une police dite de proximité, plus préventive que répressive même si ses agents peuvent depuis quelques années mettre des amendes et interpeller les citoyens.
Police municipale : des frais et des armes
C’est cette police municipale qui est au cœur de la campagne électorale de Mars. D’autant que le Sénat vient d’adopter un projet de loi qui propose d’élargir les prérogatives de ses agents : Plus d’amendes forfaitaires à leur disposition, la possibilité de faire des contrôles d’identité, d’avoir plus d’armes. Des compétences élargies qui rapprochent leur rôle de celui de la police nationale. Leur armement est déjà possible, depuis les années 2000 et fait débat car c’est aux maires d’en demander l’autorisation aux préfectures.
Et, sur ce volet, la Gauche a longtemps été contre : contre la police municipale puis contre son armement. Mais ces dernières années les choses ont changé et les lignes politiques sont floutées. A Brest, par exemple, seule ville de plus de 100 000 habitants sans police municipale, le maire PS retourne sa « veste électorale » et en installera une, si réélu. Brest rejoindrait ainsi toutes les grandes villes de France où les effectifs de police locale ont augmenté, peu importe le bord politique. 10 000 agents supplémentaires en 15 ans, une part de plus en plus élevée dans le budget des communes : et oui, car un policier municipal c’est jusqu’à 61 000€ par an.
Qui aura le plus de caméras ?
Faudrait-il donc réfléchir un peu avant de multiplier les embauches ? Peut-être. Mais ce n’est pas la tendance du moment. Quand bien même des études montrent que la croissance des effectifs n’a que peu d’effets sur la délinquance. Au contraire : pendant cette élection, les candidats jouent même un peu la surenchère. A Marseille, Benoît Payan veut doubler les agents, le RN les tripler. A Toulouse, le PS propose d’embaucher 150 agents, et de les armer, dans la lignée de la politique sécuritaire de Jean-Luc Moudenc, le maire sortant.
Et quand on ne vante pas son nombre d’agents municipaux, c’est le nombre de caméras qui fait débat. Nantes, Lille, Toulouse, Marseille, à Droite comme à Gauche, on joue la carte vidéosurveillance pendant le mandat mais surtout en période électorale. Seuls les écologistes et Insoumis freinent timidement sur ce dossier, privilégiant le contrôle humain aux caméras.
Les socialistes s’engouffrent, eux, dans la brèche sécuritaire, voire algorithmique (VSA) : A Lille, Mediacités a même révélé l’usage illégal de cette VSA, par la mairie. Une pratique qui était jusqu’à lors l’apanage de la Droite, également retoquée à Nice pour sa surveillance des sorties d’école. Là encore, les enchères montent, au point qu’à Toulouse, le maire sortant, grand adepte de la caméra, propose d’en installer une par rue, comme on vous le disait dans un précédent sujet.
C’est indéniable, l’enjeu « sécuritaire », et ses solutions répressives, sont devenues centrales et transpartisanes. On peut en imputer une grande responsabilité au traitement médiatique alarmiste et fantasmé des faits divers et de l’immigration sur les chaînes d’info en continu. Mais c’est aussi une réponse à l’enracinement, pour le coup bien réel et tentaculaire, du narcotrafic en France.
Une focale néanmoins disproportionnée au regard de la réalité de terrain. En gros, entre le sentiment d’insécurité et les chiffres de la délinquance, il y a un gros écart. Le cas Nantais est représentatif de cette chimère sécuritaire : le média Bon Pote ou Mediacités sont revenus en détails sur le traitement médiatique de faits divers nantais, en 2022-2023. Une obsession et un matraque médiatique qui a duré plusieurs années, surtout sur Cnews. Résultat ? Un virage sécuritaire de la maire socialiste en fin de mandat et pendant cette nouvelle campagne.
Alors que, si on regarde les chiffres, aucune explosion de la délinquance sur Nantes ces dernières années. Au contraire : dans la ville comme dans la Métropole, les chiffres qui étaient déjà bas en 2019 – comme le notait même le Figaro – ont encore baissé durant le dernier mandat. Seule statistique en hausse : celle qui concerne les violences sexuelles. Les seuls faits qui, dans leur majorité, surviennent dans la sphère privée.
Mieux vaut prévenir que sévir
Installer un climat de peur et un sentiment d’insécurité, ça fonctionne ! Et ça fait le jeu des courants de pensées sécuritaires. Mais surtout, ça occulte d’autres formes de solutions. La Fondation Jean Jaurès l’explique bien. Si certains petits et grands délits méritent bien sûr des interventions policières et judiciaires, il ne faut pas oublier les origines de la délinquance : les inégalités économiques, sociales et territoriales.
Lutter contre l’insécurité c’est aussi renforcer le tissu associatif, les centres sociaux, l’accompagnement et l’orientation des jeunes comme l’aménagement urbain. Ce dernier joue un rôle majeur pour faire baisser le sentiment d’insécurité localement : un urbanisme féministe à Glasgow, en Ecosse, a permis de repenser l’éclairage public. Des marches exploratoires dans les quartiers de Nantes permettent à des femmes d’apaiser leurs inquiétudes.
La sécurité n’est donc pas vouée à n’être qu’une affaire de police. Même si les programmes ont tendance à suivre cette escalade répressive, une autre voie reste possible : plus préventive, sociale, égalitaire et surtout non-violente.
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Article, réalisation et montage : Elliot Clarke
Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre

