Rest in Greenpeace, Deranque, listes participatives

Il est des moments où l’Histoire décide d’appuyer sur l’accélérateur. C’est un peu l’effet  de l’actualité des derniers jours. En s’attaquant à l’Iran, les Etats-Unis et Israël déclenchent un conflit mondial, militaire et économique. Guerre et démocratie s’entendent assez mal, les décisions devant être prises en urgence par nos représentants. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron nous engage militairement, relance la production d’ogives nucléaires et se positionne à l’international. Sans nous consulter nous, citoyennes et citoyens, ou du moins nos représentants. Après la réaction défensive du Président, quelle écoute des partis politiques et citoyens aura-t-il pour décider de la place de la France dans ce conflit mondial ? On espère sans trop y croire que tous les bords politiques seront consultés et la décision collégiale.

En attendant, petit média que nous sommes, nous continuons à penser qu’il faut mettre la focale sur l’échéance municipale à venir, comme les dérives nationales. En tout cas, à ne pas se laisser embarquer dans le tumulte (inévitable) des conflits guerriers internationaux. Et surtout, à aller chercher la démocratie partout ! Même au théâtre ? Dans ce nouvel article tiré de notre magazine (qui sort ce vendredi ! Pré-commandes toujours ouvertes), on vous parle du Bruit qui court et de Fête Ensemble, une compagnie qui essaie, une représentation et une ville à la fois, de remobiliser politiquement les habitants.

Fête ensemble : l’artivisme entre en scène

Depuis presque trois ans, le collectif Le Bruit qui Court mêle art et activisme pour recréer des espaces de délibération publique. À travers une pièce de théâtre forum, « Fête Ensemble », ils transforment l’espace public en un lieu d’art, d’émotions et de réflexion citoyenne sur la politique locale et la concertation.

Une boulangerie familiale de village est mise en péril par l’ouverture d’un centre commercial. Commerçant·es, habitant·es, entrepreneur·ses et élus vont devoir dialoguer et/ou se battre pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Le texte de Robin le Priol, le metteur en scène, part d’un enjeu très local et quotidien pour que le public puisse s’y reconnaître et se l’approprier.

« Aujourd’hui, la démocratie est souvent cantonnée aux institutions comme la mairie ou le Parlement », déplore Maxime Ollivier, cofondateur du collectif Le Bruit qui Court. Il voudrait réintroduire les citoyens dans la prise de décision, revenir aux bases de la démocratie. Mais par l’Art ! Le collectif a donc conçu une pièce de théâtre, Fête ensemble et une assemblée mobile, pendant l’été 2023.

Une agora en bois a été spécialement conçue pour leur tournée et installée dans différents endroits en Bretagne, en libre accès pour les représentations. Le public est lui-même invité à participer au projet en « réécrivant l’histoire » de la pièce. Comment les débats auraient-ils pu mieux se passer ? Un mélange inédit de théâtre participatif et de discussions citoyennes inspiré du théâtre forum dont Maxime Ollivier est très fier. « L’espace public ne doit pas être réduit aux vitrines des magasins. C’est un espace où l’on peut rêver, débattre et construire ensemble, une expérience joyeuse et inclusive », explique le cofondateur. 

Les représentations finissaient d’ailleurs souvent par une fête, où discussions informelles et musique renforcent les liens entre participant·es.

Municipales, c’est reparti pour un(e) tour(née)

Le Bruit qui Court puise son inspiration dans les mouvement des places tels que Nuit Debout, Occupy Wall Streetou encore Y en a marre, qui ont eu lieu en France, aux États-Unis, et au Sénégal dans les années 2010. Pour Maxime, ces expériences sont la preuve qu’il est possible de « se réapproprier l’espace public »C’est ce qu’ils ont tenté cet été 2023, sporadiquement lors des Européennes en 2024 puis à Vaour lors des rencontres des listes et communes participatives. La troupe relance d’ailleurs une tournée cette année avec comme horizon la campagne des Municipales des prochains mois.

Le scénario « Boulangerie en danger » de Fête Ensemble a été retravaillé et orienté « militantisme ». Ils comptent la jouer, à plusieurs troupes de théâtre, partout en France, là où des listes citoyennes ou partisanes les y inviteront. « Qu’est-ce que je suis prêt à faire pour la chose publique ? » sera la grande question adressée dans les villes et villages où Fête Ensemble s’installera, dans l’optique de faire passer les citoyen·nes d’adhérent·es à acteur·ices des campagnes municipales. Faute de réussir à toucher le grand public. Seules Joinville en Commun, Pacte pour Vauréal ainsi que Beaumont en Commun (8 mars), des listes citoyennes, les ont invité à performer dans leurs communes en ce mois de mars, quelques semaines avant les élections.

Le collectif rencontre, en effet, quelques difficultés pour mobiliser les classes populaires« Peut-être que le théâtre reste perçu comme élitiste, même lorsqu’il s’agit de théâtre de rue. Nous devons encore travailler pour toucher ces publics éloignés », confie Maxime Ollivier. Des obstacles, notamment financiers (communication, aller vers, démarchage) qui les a obligés à repenser leur cible en 2025 nous raconte Robin Le Priol, leur metteur en scène. 

Fédérer pour mieux jouer 

Pour lui, cibler les sympathisant·es aux listes citoyennes et les partis partageant leurs valeurs de justice sociale est un bon moyen pour le Collectif de relancer leur « artivisme ». Un choix pragmatique compte tenu du calendrier électoral et de ses enjeux. Ce qui explique cette transformation du contenu « La première version était très manichéenne, très youpi le collectif ! Cette année, on pose un regard critique sur le fonctionnement difficile du faire ensemble. » Robin le Priol veut susciter un débat sur les tensions à « faire collectif » et la nécessaire autorégulation des groupes militants. Plus globalement, la pièce interroge les rapports de pouvoir au sein d’une campagne municipale.

Avec Fête Ensemble, la compagnie fait le pont entre les milieux artistiques et activistes avec un objectif clair : « Parler et donner son avis, ce n’est pas juste voter ou écouter un conseil municipal. C’est une expérience collective, où chacun a sa place, y compris dans les campagnes électorales. » précise le metteur en scène.

Scénariser ces enjeux politiques constitue une belle ouverture sur les enjeux de démocratie, et ça plaît beaucoup au public. « Nous avons vu des choses magnifiques, les gens ont pris part aux discussions et se sont sentis concerné·es. » se remémore, enthousiaste, Maxime Ollivier. Une méthode alternative pour réenchanter la politique, une représentation à la fois.

Elliot Clarke, Justine Kouassi

1- Greenpeace bâillonnée, l’asso en danger – Reporterre

Greenpeace subit une procédure-bâillon du géant pétrolier Energy Transfer : 345 millions d’amende sont, pour le moment, exigés pour des manifestations et blocages d’un oléoduc en février 2017. Une tentative de silenciation d’une des plus grandes ONG environnementales. L’amende constitut 9 fois les revenus annuels de Greenpeace, un danger pour son existence. La décision est contestée en appel, la sanction a des chances de sauter mais on voit bien les attaques que subissent les mouvements écolos et autochtones partout dans le monde. A coups de procès, d’amendes voire d’emprisonnement.

On en parlait d’ailleurs dans une publication avec Prison Insider sur la criminalisation des activistes.

2- Quentin Deranque : braises médiatique, flambée d’extrême droite – Arrêt sur Images

Difficile d’être passé à côté de la mort de Quentin Deranque, militant néofasciste, venu en découdre avec les antifas lors d’un rassemblement lyonnais de Rima Hassan / La France Insoumise (LFI). Depuis les chaînes d’info et la classe politique se déchaînent sur le parti de Mélenchon. On met dos à dos “ultra gauche” et “ultra droite” bien que l’amalgame préserve le Rassemblement national, là où LFI sera tenu comme responsable d’une dramatique rixe de rue.

Les médias mainstream, CNews en tête, oublient souvent les faits dans leurs attaques politiques et idéalisent même Quentin Deranque, définit comme un “jeune homme avec ses idées mais non-violent”. A la veille des Municipales, cette emballée médiatique nuit à des réflexions de fond et (rassemblement) nationalise le débat public. Pour le pire.

3- Municipales 2026 :une cartographie participative des listes – Bon Pote

L’histoire de recentrer le débat sur les programmes et non les faits divers, comment s’informer correctement ? On veut savoir ce qu’il s’est passé lors des dernières élections dans nos villes et villages, retrouver facilement les programmes des candidat-es en lice, comprendre l’impact du réchauffement climatique près de chez nous dans les années à venir.

C’est ce qu’a mis en carte l’équipe de Bon Pote (un média à suivre si vous ne connaissez pas !).

Une cartographie participative essentielle à quelques semaines des Municipales. Simple, didactique et surtout collégiale : vous pouvez soumettre vous-mêmes des infos qui seront ensuite vérifiées par leur rédaction. Travail titanesque et essentiel à 11 jours du 1er tour.

4- Les jeunes aussi s’engagent dans les Municipales – Mediapart

Prenez vos téléphones et reprenez vos villes !”. C’est le slogan impactant de Yassine Benyettou du collectif Red Jeunes. A l’image de nombreux jeunes des quartiers populaires, interrogés par Mediapart, ils tentent de faire peser les enjeux qui les concernent dans les campagne de leurs villes. Parfois candidats, souvent engagés avec des listes, leurs contenus diffusés sur Instagram ou TikTok essaient de faire la différence.

Une nouveauté au niveau local selon Tristan Haute, chercheur en sociologie électorale. Un phénomène qui nous rappelle la campagne réussie, à New York, d’un certain Zohran Mamdani, un bel exemple d’engagement numérique et générationnel.

Radar #11 – Elire nos mairies au féminin

3 maires sur 4 seront des hommes en 2026 selon Le Monde. La campagne pour les municipales bat son plein depuis quelques semaines, et avec elle, un vieux réflexe : le sexisme. Même si, pour la première fois, en 2026, toutes les communes soumettront des listes paritaires aux élections municipales, le chemin vers la parité est encore long.

Et si l’on va plus loin, celui vers une vie politique plus féministe.

Radar #12 – Logement : réguler ou libérer ?

Selon la Fondation pour le logement, 4,2 millions de gens sont mal logés en France. Des situations variées allant des personnes à la rue à des jeunes adultes forcés de retourner vivre chez leurs parents. Le sujet du logement s’invite donc dans les élections municipales aux côtés de ce qui concerne le plus les Français : le pouvoir d’achat.

Mais alors, comment on agit concrètement et localement pour le logement ? A la fois pour trouver des solutions pérennes pour toutes et tous mais aussi pour améliorer la qualité des bâtiments et leur habitation effective ?

Pour creuser sur le journalisme local, engagé et la démocratie, direction Bordeaux !

Le festival imprimé ouvre ses portes dès aujourd’hui, le 4 mars et pour 4 jours. Vous y retrouverez entre autres l’équipe de Climax, Backseat, Nassira El Moaddem ou nos partenaires de Mediacités Toulouse. Programme complet par ici.

En attendant prenez soin de vous,

L’équipe MOB