Algos, infos, réseaux, temps de cerveau – 28/08/25
Vous êtes submergés par trop de sollicitations, trop d’infos négatives et angoissantes ? Mais vous continuez à vous informer, notamment sur les réseaux sociaux ? Vous n’êtes pas les seul·es ! Et il y a même une raison à ça : l’économie de l’attention. Alors pour bien commencer « la rentrée » et ne pas se laisser déborder par ces flux, on a quelques explications et bons réflexes à vous proposer.
L’économie de l’attention, c’est la base du système économique des réseaux sociaux. Tout y est fait pour capter votre attention, et vous faire rester le plus longtemps possible sur la plateforme, dans le but de vous suggérer régulièrement de la publicité. Le scrolling par exemple, donc le fait de pouvoir faire défiler les publications, les vidéos, à l’infini, c’est l’illustration parfaite de cette économie. Vous n’avez besoin de faire aucun effort pour accéder à du contenu, que ce soit celui que vous étiez venu chercher… ou pas ! Et, plus le réseaux cerne votre profil, mieux il adapte la publicité à ce qui pourrait vous plaire.
Faire réagir plus qu’informer
Mais alors, pourquoi ce sont les contenus angoissants, choquants, qui viennent à vous le plus facilement ? Tout simplement parce que ce sont ceux qui font le plus réagir. Et les algorithmes des réseaux sociaux poussent les publications qui récoltent le plus de réactions, donc elles se diffusent plus vite. C’est notamment le cas des fake news par exemple. Si elles font réagir certains utilisateurs parce qu’ils y croient, elles vont aussi en pousser d’autres à commenter pour dire à quel point c’est n’importe quoi. Mais les algorithmes, eux, ne font pas la différence entre toutes ces réactions… Et leur diffusion n’est pas sans effet, comme le montre Libération avec la récente Fake news sur Brigitte Macron.
Mais justement, les réseaux sociaux, ce n’est pas la même chose que les médias, direz-vous ! Et bien, si un peu quand même. D’abord, parce que d’après une enquête de la Fondation Jean Jaurès, 49 % des Français·es consultent plusieurs fois par jour les réseaux sociaux pour s’informer. Et puis, la grande majorité des médias sont présents sur les réseaux, et sont donc soumis aux mêmes règles que n’importe lequel d’entre nous.
Divertir pour faire consommer
Aussi, l’économie de l’attention est en partie basée sur notre temps de cerveau disponible. Un concept clé à creuser avec le philosophe Bernard Stiegler dans Philosophie Magazine par exemple. Depuis l’automatisation de certaines tâches professionnelles et l’encadrement du temps de travail, notre temps de « loisir » est plus important. C’est aussi un temps où notre cerveau est disponible pour s’adonner à d’autres activités : s’informer donc, mais aussi se cultiver, se divertir, se détendre, faire du sport, etc.
Dans le monde du divertissement et de l’information, étroitement liés notamment à la télévision, certains ont rusé pour accaparer l’attention de leur public. Et pour en faire un modèle économique rentable. C’est notamment le cas de TF1. C’est d’ailleurs son ancien patron, Patrick Le Lay, qui parle en premier du temps de cerveau disponible en 2004 sur Canal + avant de s’en défendre dans Télérama. Ce qu’il explique, c’est que leurs émissions sont là pour divertir et occuper l’esprit du téléspectateur, pour mieux lui vendre ensuite les produits Coca-Cola à chaque pause pub. Et puisque le public veut voir la suite de l’émission, et bien il reste et écoute attentivement les publicités. Bingo ! Et de la même façon que sur les réseaux, il reste sur la chaîne sans trop réfléchir.
Si la stratégie marche un peu trop bien, et que nous ne consommons que les contenus qui nous attirent, avec lesquels nous sommes en accord, et bien on se retrouve vite enfermés dans une bulle informationnelle alerte-t-on, entre autres, sur France Culture. Autrement dit, on ne va pas chercher à varier les sources et les points de vue. Et notre curiosité, notre esprit critique, la pluralité de l’information, finissent donc par se retrouver au second plan.
Protéger son esprit critique
Vous l’aurez deviné, si on vous parle de ça, c’est que ça a un lien avec la démocratie. Car, si notre esprit critique s’effrite, la qualité et la profondeur des débats aussi. Les opinions se polarisent de plus en plus, à cause de ces bulles d’informations justement. Alors que la démocratie, c’est justement ça : discuter, confronter les différentes idées pour construire ensemble le monde de demain.
C’est un des rôles de l’éducation aux médias et à la citoyenneté, un enseignement qui pêche dans l’Education national. C’est pour ça que beaucoup d’établissements font appel à des journalistes professionnels, comme le Bondyblog, pour intervenir en milieu scolaire. Pour creuser : notre sujet sur ces ateliers et la nécessité du Pass culture pour les financer.
Allez, avant de partir, on vous donne quelques idées pour éviter de tomber dans le gouffre des algorithmes et du divertissement :
- consulter et soutenir les médias indépendants (mais si vous êtes là, c’est que vous le faites déjà avec MOB au moins, donc merci !).
- Penser à déconnecter, pour conserver un peu de recul sur ce qui se passe sur les réseaux.
- Privilégier les réseaux alternatifs émergents, comme Bluesky ou Mastodon par exemple plutôt que X.
- Et surtout, pensez à varier et croiser vos sources d’informations !
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Réalisation et montage : Perrine Bontemps