Municipales : à Lyon, les écolos à l’épreuve du bilan local – 13/01/26
Encore six années d’écologie politique ? C’est la question que trancheront les électrices et les électeurs lyonnais en mars prochain. En 2020, ils avaient envoyé les écologistes Grégory Doucet et Bruno Bernard à la tête de la ville et de la métropole de Lyon. Avec Strasbourg, Poitiers ou Bordeaux, Lyon devenait alors un des bastions de « la vague verte ». Un laboratoire de l’écologie politique. Les écologistes avaient promis de transformer Lyon, de préparer la ville au changement climatique. On laisse Nicolas Barriquand, journaliste chez Mediacités, vous raconter s’ils ont tenu parole.
Le premier gros chantier des écolos lyonnais ce sont les voies vertes, de grandes pistes cyclables promises lors des précédentes municipales. Sur les 450km souhaitées en 2020, 180km auront été installées. Ces travaux ont néanmoins transformé la ville en profondeur, même si les lyonnais-es n’ont pas attendu les Verts pour pédaler. Les Vélov ont été les premiers vélos libre service installés en France, dès 2005. On note néanmoins, grâce aux compteurs Cyclopolis, une augmentation de 62% de la pratique dans la ville entre 2019 et 2023.
Niveau transports, la ligne politique des écolos ne se limite pas là, attirant la colère des automobilistes. De nombreuses lignes de tramway sont en chantier depuis quelques années, des navette fluviales sur la Saône ou une ligne de bus à « haut niveau de service ». Une enveloppe de quelques 2,55 milliards pour améliorer le réseau de transports en commun lyonnais. Pas de téléphérique à l’Ouest par contre, les habitants et élus locaux étaient trop réfractaires.
Mobilité douce, végétalisation et eau publique
Entre les promesses faites dans les programmes et l’action publique, il y a toujours des écarts. De nombreux facteurs entrent en jeu pendant un mandat : il faut gérer avec l’opposition municipale ou métropolitaine, les doléances citoyennes ou certaines incapacités techniques ou budgétaires, le nerf de la guerre ! Les écolos ont tout de même transformé les routes lyonnaises mais aussi végétalisé la ville.
Moins ambitieux que dans leur projet initial, des boisements ont poussé dans toute la ville ainsi que des vergers municipaux, cinq au lieu d’un pour le coup ! Loin des forêts urbaines difficiles à mettre en place en pleine agglomération, ce verdissement de la ville se ressent néanmoins. La Part-Dieu en est le parfait exemple.
Résultat : une amélioration de la qualité de l’air ! On a noté respectivement 11% et 23% de baisse des émissions de CO2 à Lyon en 2021 et 2023. Car qui dit plus de « mobilité douce » dit moins de voitures. Même si la suppression depuis de la Zone à faible émission (ZFE) lyonnaise risque d’atténuer ce bilan.
Les écolos ne font pas que dans le Vert, certaines mesures sociales ont aussi marqué leur mandat. La reprise en main de l’eau des Lyonnais-es en régie publique par la ville, gérée par le privé Veolia jusqu’en 2023, a été une petite révolution. Elle a même abouti à une tarification sociale de l’eau : un nivellement en fonction du revenu des habitant-es de la ville sur les 12 premiers mètres cubes consommés. Un dispositif fragile économiquement mais salué.
Aulas se place en sauveur de Lyon
Niveau logement, l’encadrement des loyers a été assez drastique, et contesté. Au point qu’en cas de réélection, les écolos abrogeront eux-mêmes ces nouvelles réglementations qui ont déplu aux professionnels de l’immobilier.
Le bilan de cette équipe écolo ne plaît, en effet, pas à tout le monde et c’est sur cette grogne que va surfer le principal adversaire de la Gauche verte lyonnaise. Jean-Michel Aulas, historique figure de l’Olympique Lyonnais a rallié toute la Droite, des Macronistes à Wauquiez, à son combat contre des écolos qu‘il juge dogmatiques, se plaçant ainsi en « sauveur de Lyon »
Le bulldozer, fort de sa réputation sportive, est en mouvement et l’enjeu de taille pour les Lyonnais qui voteront trois fois en mars : pour leur maire d’arrondissement, de ville mais aussi pour choisir qui gouvernera la métropole. Et c’est cette dernière qui est la plus importante : la métropole a presque 4 milliards d’euros de budget et a le pouvoir sur beaucoup d’enjeux locaux, comme on vous l’expliquait dans notre vidéo sur les intercommunalités. Et là, c’est Véronique Sarcelli, élue Les Républicains, alliée d’Aulas, qui brigue le poste face aux écolos.
On comprend qu’à Lyon, le mandat en cours a été marqué par des projets d’urbanisme et sur les transports. Des mesures qui correspondent au programme pour lesquelles ils avaient été élus en 2020 mais qui sont loin de plaire à tout le monde. Et c’est justement sur ce terrain du mécontentement que s’est engagée et pourrait bien se jouer la bataille électorale. Alors, on se remet au Vert ?
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Réalisation et montage : Raphaëlle Vivent / Script : Nicolas Barriquand / Article Elliot Clarke
Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre
