Toulouse : bilan municipal mitigé et grosses affaires – 29/01/26
Le bilan de Jean-Luc Moudenc lui permettra-t-il d’être réélu pour un 3ème mandat malgré ses casseroles et procès en cours ? Tout va se jouer, à Toulouse comme dans les autres communes françaises, les 15 et 22 mars prochains. Depuis 2014, Jean-Luc Moudenc préside les conseils municipal et métropolitain de la ville rose. Pendant ces mandats, il a lancé de gros chantiers urbains et fait de nombreuses promesses : la construction d’une nouvelle ligne de métro, l’ajout de caméras de surveillance ou encore la plantation de verdure pour adapter Toulouse au changement climatique. Nous faisons le point avec le rédacteur en chef de Mediacités Toulouse, dans ce nouvel épisode de Radar.
Le métro, était LA promesse phare de Jean-Luc Moudenc. En 2020, il avait promis une mise en ligne en 2025. Raté, le chantier a pris du retard et la ligne ne devrait ouvrir qu’en 2028, voire 2030. Et à quel prix ? La ligne C devait coûter 1,445 milliard d’euros en 2014. Elle frôlerait les 4 milliards d’euros aujourd’hui. Tout ça pour un impact écologique controversé et un impact mitigé sur les embouteillages. Sans oublier un bilan humain dramatique : deux morts sur le chantier depuis 2024. Et le projet phare de Jean-Luc Moudenc n’est toujours pas prêt.
Quand on regarde ses autres promesses sur le volet mobilité, ce n’est pas mieux. Sur les 43 mesures, 16 seulement ont été réalisées, 7 le sont partiellement. Bien loin du compte.
100 000 arbres, mais où ?
Le maire de Toulouse prévoyait aussi d’autres aménagements urbains, notamment pour adapter la ville au changement climatique et aux fortes chaleurs qui la frappe en saison estivale. Pour cela, il avait promis la plantation de 100 000 arbres d’ici 2030, objectif déjà atteint. Reste à savoir comment tout cela a été réalisé. Des dizaines de milliers de ces nouveaux arbres ont été plantés à Pech David, sur l’île du Ramier et sur les bords de Garonne. Des plantations salvatrices pour l’environnement mais qui ne fournissent pas beaucoup d’ombre pour les piétons dans les rues toulousaines.
Pour autant, des initiatives écologiques ont été prises par le maire sortant, alors qu’il n’avait rien promis durant sa campagne. Pour exemple, la rue de Metz, emblématique de la ville rose a été transformée : moins de voitures, plus de place pour piétons et vélos pour quelques 12 millions d’euros.
Autre initiative absente du programme de l’équipe de Jean-Luc Moudenc : la rénovation du Musée des Augustins. Ce musée des beaux-arts devait fermer pour un an en 2019. Sa réouverture a été repoussée en 2023, puis en 2025. Six ans de fermeture et un chantier qui a dérapé de 1 à 25 millions d’euros. Coûteux et imprévu, même si les Toulousains s’y pressent le dimanche.
Une caméra par rue
Par contre, la sécurité occupait une grande place dans le programme. Mais sur ce point, comme sur la mobilité, le bilan est mitigé. Pourtant, on l’attendait beaucoup sur cette thématique chère à la Droite. Sur les 17 mesures promises, cinq ont été abandonnées ou pas mises en place. Quatre ont été réalisées partiellement et sept engagements sont tenus. Parmi eux, presque 150 caméras de surveillance installées dans la ville, portant le réseau à plus de 600 caméras sous son mandat.
Jean-Luc Moudenc est tellement passionné de vidéosurveillance qu’il propose d’aller plus loin si il est réélu en 2026 : une caméra dans chacune des quelques 3000 rues toulousaines. Mediacités a chiffré la proposition, faute de clarté de la part du candidat : entre 30 et 79 millions d’euros pour inonder la ville de ces caméras.
Qui dit sécurité – dit justice, non ? Et à ce compte-là, on a été bien servi à la mairie de Toulouse. Soupçons d’emploi fictif, plainte pour viol, corruption… Une succession d’affaires judiciaires ont concerné le maire de Toulouse et ses proches durant ses deux mandats. Il y a bien sûr la machination politique de Laurence Arribagé contre une autre candidate lors des législatives 2017. Cette très proche de Jean-Luc Moudenc a dû démissionner après avoir été condamnée à une peine d’inéligibilité en première instance. Elle a fait appel et elle sera fixée sur son sort le 5 février prochain.
Emploi fictif et détournements de fonds
Il y a aussi les soupçons d’emploi fictif qui visent le maire de Toulouse lui-même car, on le sait peu, mais il est aussi haut fonctionnaire au ministère de l’économie et des finances. Maire, Président de la métropole ET fonctionnaire à Bercy ? Anticor, une association de lutte contre la corruption, doute de la réalité de cet emploi et a porte plainte contre lui.
Et puis, il y a le gros morceau révélé par Mediacités l’an dernier : l’utilisation, par Jean-Luc Moudenc et ses équipes, des moyens de la collectivité pour faire campagne en 2020. Une enquête a été ouverte par le parquet d’Auch pour financement illégal de campagne et détournement de fonds publics.
Est-ce que ces affaires vont avoir un impact sur les élections ? C’est les 15 et 22 mars prochain que tout va se jouer. Cette question s’ajoute à bien d’autres : l’adaptation au changement climatique, l’amélioration de la sécurité, la rénovation des écoles, etc… Tout ça, dans le contexte d’une commune qui ne cesse de grandir chaque année. Avec 30 000 habitant-es supplémentaires depuis 2020, les urgences , les tribunaux comme les écoles toulousaines sont saturées.
Les enjeux pour les années à venir sont donc importants dans la ville rose. Jean-Luc Moudenc, le maire sortant, va encore beaucoup promettre pour être réélu et trouvera face à lui le socialiste François Briançon et l’Insoumis François Piquemal, ses deux principaux opposants.
Pour creuser le bilan du maire sortant, allez donc fouiller sur le site de Mediacités. Et n’hésitez pas à vous abonner à notre playlist Radar pour plus de vidéos sur les Municipales.
–
Réalisation et montage : Perrine Bontemps // Script original : Gael Cérez // Article : Elliot Clarke
Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre.
