Municipales 2026 : à Nantes, virage écolo-sécuritaire

Nantes est la sixième ville de France, elle est surtout dirigée par la gauche depuis 1989. Johanna Rolland, maire socialiste, retente le coup en 2026 et brigue un troisième mandat comme maire de Nantes et présidente de la Métropole. Son premier mandat fut celui de l’attractivité économique, start-ups en tête, des grands projets et du social. Elle est encore favorite de ce scrutin cette année mais avec quel bilan ? Thibaut Dumas est rédacteur en chef de Mediacités à Nantes et retrace les accomplissements et l’évolution écolo et sécuritaire du logiciel socialiste (PS).

Alliée aux écologistes (EELV) en 2020, le mandat de Johanna Rolland a été placée sous le signe de la bifurcation écologique ces dernières années. L’édile du parti socialiste défend une Nantes plus hospitalière, de proximité, une « ville du quart d’heure » comme on dit dans les mairies. A droite de cette nouvelle alliance PS-EELV en 2026, on évoque la « prise d’otage » écolo voire insoumise de Johanna Rolland. Là où la gauche radicale pointe les manquements à protéger les plus précaires. Mais alors, ce bilan de six ans de socialisme nantais, que reflète-t-il exactement ?

Derrière les jeux d’alliance et les attaques politiques se cache une réelle réorientation du projet de la maire sortante lors de ce mandat. La vague verte nationale n’avait pas épargné Nantes en 2020 et l’équipe de Johanna Rolland avait réorienté ses priorités et verdi son programme. Un des projets emblématique de ce tournant, c’est le Jardin extraordinaire. 101ème parc de la ville, il devait abriter un projet titanesque : la construction d’un gigantesque arbre aux Hérons dans la lignée des Machines de l’île. Un projet touristique et culturel ambitieux, coûteux, clivant qui a été abandonné en 2022 dans cette élan de sobriété.

Virage, virage

Depuis Johanna Rolland pâtit, à droite, d’une image de quitteuse, « maire des grands projets abandonnés » pour ses opposants politiques. De son côté, elle préfère attirer l’attention sur le chantier du centre hospitalier universitaire (C.H.U) de Nantes ou les tramways à venir. Pour autant, le jardin extraordinaire est représentatif de l’abandon de la politique socialiste des années 90. L’attractivité culturelle et touristique n’est plus prioritaire pour le PS, d’ailleurs les grandes figures de cette époque tirent leur révérence, souvent sur fond d’affaires judiciaires. Jean Blaise est mis en examen dans l’affaire du Carrousel des mondes marins. René Martin est débouté de la Folle Journée.

Les politiques d’attractivité persistent, d’autant que le Covid a (encore) attiré de nouvelles populations, mais s’atténuent. La ville est en bonne santé économique mais doit quand même faire face à de nouveaux défis, à l’image des métropoles françaises. Les logements ne poussent pas assez vite et les Nantais-es pâtissent d’un manque. Quelques 38 000 demandes de logements sociaux sont en attente. Et les nouvelles lignes de trams, en chantier, se font attendre.

Enfin, si la bétonnisation de Nantes et des alentours ralentit, ses conséquences sociales et écologiques, elles, sont bien réelles. Et critiquées par la gauche radicale : William Aucant et Erika Cadersah pour La France insoumise, concurrencés par Margot Medkour pour Nantes populaire. Là où la droite préfère critiquer la (relative) sobriété écologique et le soit-disant laxisme sécuritaire.

La sécurité, pression nationale

Les enjeux de sécurité avaient bien été relégués à la fin du programme écolo et socialiste en 2020. Ils avaient peu compté dans la campagne municipale. D’autant qu’on était en pleine épidémie de Covid. Certains événements tragiques ont pourtant forcé la mairie à mettre la focale sur cet enjeu, brandi à droite (et les chaînes d’info comme CNews) pour les attaquer. Déception pour les écolos et la gauche radicale. Les chiffres de la délinquance, eux, sont meilleurs. Selon la préfecture de Loire-Atlantique les faits de délinquance ont diminué de 26% en cinq ans.

Cela n’empêche pas son opposant de droite (Républicain, LR), Foulques Chombart de Lauwe, d’insister là-dessus clamant qu’il « faut remettre de l’ordre dans les rues et dans les comptes et réoxygéner Nantes ». Même si il insiste plutôt sur le manque d’attractivité de la ville. Au Rassemblement national, Jean-Claude Hulot, parachuté depuis Paris, tabasse le sujet, sans grand ancrage local ni résonnance. La sécurité ne sera pas centrale dans cette campagne électorale.

Ce tournant écolo-sécuritaire de Johanna Rolland reste fragile et Nantes, en crise existentielle. A l’image de ce qui peut se passer à Lille après la « retraite » de Martine Aubry. Pressés à leur gauche, entre autres, par les Insoumis. Et à droite par Foulques Chombart de Lauwe qui pensait avoir fait le plus dur en l’unifiant. Mais une liste concurrente macroniste menée par l’ex-députée Mounir Belhamiti se présente aussi. Un boulevard pour Johanna Rolland ? Ce sera aux Nantais-es, d’en décider les 15 et 22 mars prochain. En attendant, abonnez-vous à notre playlist Radar pour ne rien rater des enjeux des Municipales dans les semaines à venir !

Réalisation et montage : Elliot Clarke // Script original : Thibault Dumas

Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre.