Parité sociale – Municipales 2026, où sont les classes populaires ?

Où sont les classes populaires en politique ? Les ouvriers, les employés, les gens des quartiers, ils sont où ? C’est la question que se pose le collectif DLP, Démocratiser la politique, depuis plusieurs mois. Et, selon leur rapport, ça ne vient pas, comme on l’entend souvent, d’un désengagement des classes pop. Au contraire, sur quelques 2 millions de candidatures en plus de 20 ans en France, presque 30% viennent de ces catégories socioprofessionnelles. Mais très peu arrivent à être élus. Alors comment lutter contre durant ces élections municipales ?

DLP a développé des outils pour identifier les problèmes de représentation dans les listes élues en 2020 mais aussi pour faire mieux en 2026. Une cartographie pour faire l’état des lieux et un tableur pour tester la parité sociale, l’équilibre des classes sociales, dans nos communes. Annie Lahmer, membre du collectif et militante vous explique tout.

Le travail était titanesque, on a d’ailleurs commencé à vous en parler en décembre 2024, les conclusions flagrantes. Grâce aux chiffres de l’INSEE, ce collectif de chercheur-euses, militant-es et élu-es ont réussi à analyser les listes élues en 2020 et surtout l’équilibre des classes sociales dans nos conseils municipaux. Constat sans appel, s’alarme Annie Lahmer, les classes populaires sont sous-représentées. Les classes moyennes et les retraités également. Qui s’accapare donc les sphères de pouvoir ? Les classes supérieures, autrement dit les CSP+ (catégories socioprofessionnelles supérieures), celles et ceux qui ont les plus hauts niveaux de revenus. Et même si ça ne vous étonne pas, c’était important de le chiffrer selon Démocratiser la politique (DLP).

Cette élite arrive en tête dans bien des communes, Annie Lahmer nous prend l’exemple de Fontenay-Sous-Bois (94), commune populaire de la proche banlieue parisienne. Les classes populaires y représentent 28% de la population mais seulement 9% des élu-es. Même si, on peut noter que ce sont plutôt les classes moyennes qui y sont surreprésentées (32% pour 19% de la population) que les classes supérieures (52 pour 58%). L’absence des classes populaires n’est pas un cas isolé. Les scores des classes supérieures dépassent bien souvent les 60-70% des élu-es en 2020. Et le but de DLP c’est de faire mieux en 2026.

Paris c’est pas magique

C’est pour cela qu’ils ont développé une cartographie interactive, commune par commune, de ces déséquilibres. Sur la carte, vous pouvez voir en bleu foncé les communes où les classes sup sont surreprésentées. Avec des scores explosifs dans les grandes villes, Paris en tête. Dans le 20ème arrondissement, quartier populaire de la Capitale, 83% des élus sont de classe supérieure, 3% de classe populaire. Un écart assez fort avec les habitants.

Ce premier outil dresse donc le constat du problème et permet à tout un chacun, habitant-es comme élu-es, de s’en rendre compte. Le second outil, un test de parité sociale, est censé aider celles et ceux qui s’engagent dans les Municipales 2026, à faire mieux qu’en 2020. Un tableur, assez complexe et difficile à utiliser, à destination des partis, de la classe politique, des listes citoyennes pour prendre en compte la parité sociale dans leurs campagnes. Un moyen, aussi, pour journalistes et observateur-ices, de vérifier ce qu’il en sera près de chez eux. Surtout qu’il faut éviter ce qu’on pourrait appeler du « popwashing », un opportunisme électoral à aller chercher les classes populaires sans leur donner des places éligibles pendant l’élection, ou des postes valorisés.

Un phénomène de hiérarchisation de classe dans l’organisation des listes qui s’accentue entre les deux tours, surtout en cas de fusion de liste. Mettre les classes populaires en bas de liste est contre-productif et nuit à la confiance envers la classe politique. Annie Lahmer défend une vraie collaboration entre la classe politique, ces CSP+ qui arrivent au pouvoir, et les associatifs, engagés, militants, qu’ils vont chercher pendant les campagnes. « Il faut leur donner capacité à aussi être dans la cogestion de la ville. » conclut-elle.

Pari-score, pari

Grâce à ces outils et à l’accompagnement de DLP, des listes locales se sont clairement engagées dans cette démarche de parité sociale ces dernières semaines : à Poitiers, la liste sortante de Poitiers Collectif, a divisé par deux ses candidats de classes sups éligibles et doublé la place pour les classes moyennes et populaires. A Grenoble, une liste citoyenne et participative leur a aussi fait la part belle. Et à Toulouse, la liste France Insoumise de François Piquemal est presque à l’équilibre.

En attendant la clôture des listes, tout est encore à faire, et les candidatures partout en France peuvent s’en inspirer. Et Démocratiser la politique compte bien prolonger son travail de veille avec un « pari-score », une notation des listes dans vos communes pour pouvoir voter, aussi, pour la parité sociale en mars.

Réalisation et montage : Elliot Clarke