Ecologie locale : bien plus que du jardinage – 04/03/26
L’écologie nous impacte toutes et tous. La tempête Nils a fait récemment plusieurs morts et beaucoup de dégâts sur le territoire. Alors, entre vagues de chaleur, inondations records et tempêtes, comment nos communes s’adaptent-elles au dérèglement climatique ? Et ces enjeux fondamentaux sont-ils au cœur de la campagne pour les prochaines élections municipales ?
75% des Français s’inquiètent des enjeux écologiques, du moins chez les votants. Et pourtant, à l’échelle nationale, l’écologie disparaît peu à peu des discours et des “contre-mesures” sont décidées. Suppression des ZFE, soutien à la construction de l’A69 bien que qualifiée d’absurdité écologique, réintroduction d’insecticides nocifs pour la santé et la biodiversité avec la loi Duplomb malgré la colère citoyenne, attaques envers l’OFB… Un backlash, « retour de bâton », qui s’observe aussi à l’échelle internationale.
Au niveau local en revanche, de nombreux élus agissent en faveur de la transition écologique, parfois même à contre-courant des mesures nationales. Les élus locaux se placent-ils alors en contre-pouvoir écolo ?
Une récente consultation du Shift Project, auprès de 3 000 élus municipaux dont un tiers de maires, a révélé que 90 % d’entre eux avaient pris en compte l’écologie dans leur mandat, quelle que soit leur couleur politique. Le décalage entre la politique locale et nationale est donc significatif en termes de protection de l’environnement.
Vague verte = végétalisation
En 2014, Grenoble était la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par EELV. Mais en 2020, la vague verte a submergé les élections municipales. Elle a été rejointe par Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours ou encore Annecy. Des résultats qui mettent en évidence la préoccupation grandissante de la population pour le changement climatique. Et ça a payé. La métropole lyonnaise a, par exemple, réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 36 %, et sa consommation énergétique de 30 %.
Pour creuser le bilan lyonnais des écologistes et ces thématiques, l’équipe de Mediacités Lyon a partagé avec nous ses enquêtes locales et ses pronostics pour l’élection à venir. Lyonnais-es, cet article est pour vous ! En 2020, vous aviez envoyé les écologistes Grégory Doucet et Bruno Bernard à la tête de la ville et de la métropole de Lyon. Avec Strasbourg, Poitiers ou Bordeaux, Lyon devenait un laboratoire de l’écologie politique.

Pour arrive à de tels résultats, il y a d’abord les actions visibles (et faciles). Partout ou presque, on tente de lutter contre les îlots de chaleur, on débitume les cours d’écoles voire les rues, on multiplie les kilomètres de pistes cyclables, on introduit le bio dans les cantines scolaires. Depuis 2020, la majorité des municipalités, qu’elles soient de gauche [Bordeaux, Lyon] comme de droite [Toulouse, Orléans] ont végétalisé leur territoire. C’est nécessaire mais l’écologie ce n’est pas simplement planter des arbres. Ce sont aussi des mesures sociales.
Bien manger, c’est politique
Des « ordonnances vertes » ont été instaurées, par exemple, à l’initiative de Jeanne Barseghian, la maire écolo de Strasbourg. En 2022, elle met en place ce dispositif pour sensibiliser les femmes enceintes aux dangers des perturbateurs endocriniens. C’est une ordonnance délivrée par les professionnels de santé qui permet l’accès à un panier bio gratuit par semaine, pendant deux à sept mois (selon les revenus). Ça permet de limiter les risques d’exposition mais aussi de favoriser à long terme une alimentation bio en soutenant la production agricole locale. D’une pierre deux coups !
Depuis, elle a été étendue à d’autres communes, comme Angoulême. Vert raconte aussi comment des communes ont interdit l’usage de pesticides. Ça a été le cas en 2019 de Langouët en Ille-et-Vilaine, aux abords des habitations. Puis de Sceaux et Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine. Il y a aussi eu le cas de La Montagne, près de Nantes : en 2021, le maire a signé un arrêté pour que les pesticides soient considérés comme des déchets et ne puissent être rejetés n’importe où. Bon, il s’avère que ces mesures ont mené à des batailles juridiques. L’arrêté breton a ainsi été suspendu, alors que ceux de la région parisienne ont fini par être validé par la justice.
Cela a a permis une prise de conscience, mais aussi l’extension de l’interdiction du glyphosate à la plupart des espaces verts et chez les particuliers. Même, la SNCF a suivi le mouvement. Des engagements locaux qui détonnent d’autant plus avec le retour de la loi Duplomb au national…
Backlash, les raisons de la colère
Par contre, les initiatives écolos ne plaisent pas à tout le monde, même à petite échelle. Avec la piétonisation des centres villes, les automobilistes n’ont plus autant de liberté de déplacement qu’auparavant. Et les ZFE sont leur cauchemar. Raison pour laquelle le Parlement fait marche arrière sur cette réglementation.
Les transports restent un point crucial de la transition écologique, et c’est bien pour ça que les collectivités locales n’ont pas abandonné leurs engagements. Que ce soit la construction de la nouvelle ligne de métro à Toulouse (divers droite), de nouvelles lignes de tram à Nantes (PS) et à Lyon (Ecologistes), les 36 km de piste cyclable accompagnées de 15 000 places de parking vélo à Bordeaux (Ecologistes), ou encore la gratuité des transports à Montpellier (PS). L’idée, même si elle est critiquée par les usagers, reste de décourager l’usage de la voiture.
Le média Contexte explique cependant que, si un contre-coup devait arriver au niveau local, ce serait avant tout par une restriction des budgets nationaux. Ce ne sont pas les contestations populaires qui pousseront les élus à abandonner leurs engagements environnementaux, mais bien le budget national dont ils sont très dépendants pour les appliquer.
Certains candidats d’opposition se servent tout de même de cette colère pour contrecarrer les tendances écolos en 2026. En priorisant des enjeux de sécurité ou de mobilité à ceux de santé ou de bien-être. Des visions politiques qui s’affrontent et pour lesquelles c’est à nous de voter les 15 et 22 mars prochains.
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Article, réalisation et montage : Perrine Bontemps
Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre
