Municipales 2026 – Probité, corruption : qui dit pouvoir dit abus ?

Dernière actualité en date : le site Wikidati fait beaucoup parlé de lui. Créé par par un membre de l’ONG anticorruption Transparency International, il recense les nombreuses affaires judiciaires en cours concernant Rachida Dati, la candidate Les Républicains (LR) à la mairie de Paris. Parmi ces affaires, au moins cinq concernent de possibles faits de corruption, notamment lorsqu’elle était députée européenne. Un cas d’école, malheureusement loin d’être une exception à la veille des élections municipales.

120 milliards d’euros. C’est le coût estimé des atteintes à la probité chaque année en France, (d’après Rand Europe, un institut indépendant mandaté par le Parlement européen). Un chiffre, à la hausse, plus important encore que l’évasion fiscale. Entre 2016 et 2025, la France a connu une augmentation de 50 % des atteintes à la probité. Et, d’après l’Agence française anticorruption, près d’un tiers des cas impliquent des maires ou des élus locaux. 

Et si c’était l’éthique des élus, le vrai enjeu de ces élections municipales ? Comment faire pour que votre commune soit épargnée ?

Si on dézoome, Rachida Dati n’est pas la seule candidate à être visée par des accusations d’atteintes à la probité. Parmi ses adversaires parisiens déjà, l’Insoumise Sophia Chikirou est aussi mise en examen, pour « escroquerie aggravée » et « abus de biens sociaux » dans l’affaire des comptes de campagne de LFI pour l’élection présidentielle de 2017. 

À Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc est visé par une plainte pour détournement de fonds publics et financement illégal pour la campagne des municipales de 2020, mais aussi soupçonné d’emploi fictif. Et ce n’est pas le seul maire sortant à briguer un nouveau mandat malgré des accusations de ce type. À Perpignan, Louis Aliot a été condamné pour détournements de fonds publics, à trois ans d’inéligibilité en première instance, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national. La décision du procès en appel sera rendue en juillet. Mais en attendant, il est en pleine campagne municipale pour un second mandat.

Marseille, la palme des affaires

Et puis, sur le podium, il y a Marseille, où quatre des principaux candidats sont dans le viseur de la justice pour des faits d’atteinte à la probité : Benoît Payan, le maire (PS) sortant, pour soupçons de favoritisme au sein de la Société publique des écoles marseillaises qu’il préside ; Martine Vassal (LR), en tant que présidente du département, pour des soupçons de corruption, de détournement de fonds publics et de trafic d’influence ; Franck Allisio (RN) pour des soupçons de détournements de biens publics ; et enfin Nora Preziosi (divers droite), dans le cadre sa présidence du bailleur social 13 habitat, pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. 

La liste est longue, y compris dans le Nord, les origines de ces affaires parfois bien ancrées dans les communes. Au niveau local, on parle souvent de favoritisme, de conflits d’intérêts, de détournements de fonds publics ou encore de corruption. Et les occasions de corruption ont lieu à plusieurs niveaux : achats publics, attribution de subventions, gestion des ressources humaines locales, délivrance d’autorisations et de permis, etc.

La moula, ça brûle les doigts

Chaque année, les municipalités ont entre leurs mains plus de 100 milliards d’euros de budget. De l’argent destiné à gérer les communes et à mettre en place des projets d’aménagement du territoire et d’amélioration de la vie des habitant-es. Mais, face à un tel portefeuille, certains élu-es sont tenté-es de faire quelques entorses. Et pour cause, pendant longtemps, peu d’entre eux étaient inquiété-es. En effet, 53 % des dossiers transmis aux parquets ne font pas l’objet de poursuites, selon la Cour des comptes. Et quand bien même l’accusation donne lieu à une instruction, elle n’empêche pas nécessairement une réélection (la preuve avec le cas Balkany). 

Cela a des conséquences sur les citoyens. Toutes ces affaires entraînent une perte de confiance envers les élus, ce qui mène entre autres à une augmentation progressive de l’abstention. 

Mais alors, comment contrôler les élus et redonner confiance aux électeurs ? Si les affaires explosent ces dernières années, c’est en partie parce que des instances de contrôle se mettent en place. C’est le cas de l’Agence française anticorruption (AFA), une autorité administrative indépendante créée en 2016. Elle a d’ailleurs publié en 2024 un guide pratique, avec l’Association des maires de France, pour prévenir ces risques d’atteinte à la probité. 

ONG et médias donnent l’alerte

Depuis 2013, les maires (comme les ministres et autres élus) sont aussi tenus de déclarer leur patrimoine et potentiels conflits d’intérêt à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Mais cela n’est pas toujours fait de manière transparente justement… À l’échelle des communes, certaines ont créé des comités d’éthique, mais la plupart ont un rôle consultatif et peu de pouvoir, et là aussi des conflits d’intérêt peuvent entrer en jeu. 

C’est là que les organisations comme Transparency international ou Anticor jouent un rôle majeur dans la prévention comme dans le contrôle. À travers des plaidoyers et des saisies de la justice, elles permettent à certaines affaires d’être instruites quand les organes officiels n’ont pas toujours assez de force de frappe. Évidemment, les enquêtes journalistiques sont aussi régulièrement à l’origine de leurs dépôts de plainte et de leurs signalements aux autorités compétentes. 

Et si les politiques ne se limitent pas eux-mêmes, certains élus tentent tout de même de mieux conditionner les candidatures municipales : avoir un casier judiciaire vierge par exemple. C’est la proposition déposée en octobre 2025 par le député Emmanuel Grégoire, aussi candidat PS à la mairie de Paris. 

Transparence est gage de confiance

Et puisqu’on cite les mauvais élèves, n’oublions pas les bons. Juvignac, une commune d’environ 10 000 habitants dans l’Hérault, est souvent prise en exemple par Anticor. La mairie cherche à avoir la démarche la plus éthique possible. Pour cela, elle forme ses élus sur les questions de gestion budgétaire, encourage la participation citoyenne, est transparente sur les indemnités et déclarations d’intérêts des élus mais aussi sur la gestion des finances publiques. De même, elle intègre systématiquement des élus d’opposition aux différentes commissions.

Le meilleur moyen de lutter contre les atteintes à la probité reste l’alternance politique. Plus les élus sont installés, plus la corruption prend racine et il se trouve que 45 % des maires font plus qu’un mandat. D’autant qu’au niveau local, on se connaît souvent personnellement entre élus, électeurs et prestataires. Les municipalités et les électeurs ont donc chacun un rôle à jouer dans ce long combat pour l’éthique en politique.

Article, réalisation et montage : Perrine Bontemps

Une série en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre