California dreamin’, Reconnaissance faciale, démocratie intégrale

La grande tension municipale et électorale retombe, ne laissant que peu d’enseignements nationaux. Le Rassemblement national peine (heureusement) encore à s’implanter mais quand il le fait, il est souvent réélu, preuve de sa capacité à donner le change. Les listes citoyennes et participatives essaiment, lentement mais sûrement et c’est enthousiasmant. Le PS et LR profitent de leur historique ancrage local, LFI gagne quelques petites batailles. Et nous ? Heureusement, la démocratie ne s’arrête pas en fin de campagne électorale. Elle se vit au quotidien dans les politiques publiques, au travail, près de chez nous et partout. Et c’est bien ce qu’on compte continuer à vous raconter.

On commence par un petit tour en Californie où un référendum (citoyen !) pour taxer les ultrariches est demandé (1.) Moins réjouissant, la police française utilise la reconnaissance faciale à grande échelle et illégalement (2.). Un petit village de la Meuse joue la “démocratie intégrale” depuis 2020, et pour un nouveau mandat (3.) Enfin, une étude montre un lien certain entre nos conditions de travail, nos colères et nos votes (4.)

On vous laisse découvrir les actus de la semaine et on vous partage un article exclusif de notre MOBgazine sur la crise de l’eau en Guadeloupe et plus particulièrement le traitement des citoyen-nes dits d’Outre-mer ! Toujours disponible à la pré-commande si vous voulez !

1- Référendum : California dreamin’ !

Un syndicat et des citoyen-nes viennent de lancer une pétition pour taxer les milliardaires californiens. Avec suffisamment de signatures, la législation de Californie prévoit un référendum, accolé au vote des “midterms” (législatives de mi-mandat prévues en novembre 2026) étasuniennes. Avec un quart des signatures déjà récoltées, Basta! pressent que ce référendum aura bien lieu. La Californie fait partie de ces rares laboratoires de démocratie directe (la Suisse et ses votations ou l’Oregon) et 8% du corps électoral peuvent imposer ces questions législatives contraignantes. 

Un dispositif fortement utilisé dans cet État de la côte Ouest, peut-être trop questionnait Libération il y a quelques années. En effet, en plus de choisir leurs président-es ou parlementaires, les citoyens doivent parfois répondre à 40 questions référendaires pendant ces moments électoraux. Supposant parfois la lecture de dossier de quelques 500 pages.

La goutte d’O(pinion) ? En tout cas la preuve que la démocratie directe suppose, en parallèle, beaucoup d’éducation populaire et des traitements médiatiques objectifs sur des questions aussi variées que la peine de mort, la légalisation de la marijuana ou la taxation des milliardaires !

2- Souriez, vous êtes fichés

La police utilise, totalement illégalement, la reconnaissance faciale. L’enquête est signée Disclose et elle est un peu passée à la trappe avec les Municipales. Il semblerait que tous les téléphones de police, aussi appelés NEO, soient équipés du TAJ : un logiciel de reconnaissance faciale au fichier bien garni. 9 millions de portraits de face seraient à la disposition de l’appli, qui peut donc vous reconnaître et sortir votre dossier juste avec votre visage. 

Pratique interdite si vous n’êtes pas habilité par votre hiérarchie, dans le cadre d’une affaire précise. Et pourtant, elle a été utilisée près de 1 million de fois rien qu’en 2024. 2 500 consultations quotidiennes. Sans aucun contrôle avéré de l’usage, et ce malgré l’amende encourue de 300 000€ pour les policiers.

Le ministère de l’intérieur n’a toujours pas commenté l’affaire auprès de Disclose et nous interroge sur ces déviances autoritaires et cette impunité policière.

3- A Ménil-la-Horgne, c’est tout le village qui décide

180 habitants de la Meuse ont choisi de “tout décider ensemble”. Depuis 2020, le maire Claude Kaiser, fraîchement réélu en mars, a mis en place une assemblée citoyenne permanente et ouverte à tous-tes. Une fois tombé-es d’accord, c’est alors le petit conseil municipal (11 sièges) qui entérine la décision. “On est enfin obligé de se parler” livre un habitant à Fakir (dont le reportage a lui-même été voté par l’assemblée). 

75 sujets ont été abordés pendant le mandat, quasiment tous les adultes du village sont déjà venus au moins une fois, le conseil gérant, lui, les affaires courantes au long de l’année. Les habitant-es ont choisi collectivement leur nom (Melinois et non Mélilernois), mais ils sont aussi tombés d’accord à 98% pour installer un parc éolien sur leur territoire. 

Petite expérimentation, grande inspiration !

4- Dis-moi comment tu bosses, je te dirai pour qui tu votes

Selon une étude d’enseignants chercheurs d’HEC, notre situation professionnelle expliquerait la radicalité de nos votes. Du moins chez les citoyen-nes salarié-es. Leur étude sur presque 4000 salarié-es montre deux colères distinctes, expliquées dans The Conversation : l’une horizontale, envers ses collègues, frustration jalouse, manque de reconnaissance, sentiment de mépris voire d’isolement, revendications salariales. Cette colère horizontale est celle de travailleur-ses qui votent RN, à l’extrême droite. A l’inverse, la colère des votants LFI est plus verticale : contre le patronat, la hiérarchie. Une critique du système entrepreneurial mais aussi du manque de sens dans son job. Deux colères donc, l’une envers ses pairs, l’autre envers sa hiérarchie, et deux votes distincts : extrême droite et gauche radicale.

Des facteurs qui ne suffisent évidemment pas à expliquer ces votes, comme leur ancrage géographique, mais qui questionnent la place de la démocratie et des décisions collectives dans le monde du travail. Surtout qu’une troisième catégorie, peu politisée, abstentionniste se retrouve aussi dans leur étude : au travail ou en politique, ces derniers ont tout simplement arrêté de rêver, et ça devrait tous-tes nous inquiéter.

Le 19 mars, le gouvernement français a inclus intégralement les territoires dits d’Outre-Mer à la Charte sociale européenne. Une victoire de longue haleine qui montre un problème plus large de santé publique : des inégalités de traitement des citoyen-nes ultramarin contre laquelle lutte, juridiquement, l’association Kimbé Rèd – French West Indies (F.W.I). Particulièrement en Guadeloupe où est basée l’association.

Depuis 2020, Sabrina Cajoly, juriste et fondatrice de l’association Kimbé Rèd – F.W.I, s’engage sur la question de l’accès à l’eau potable en Guadeloupe. Comme beaucoup de territoires dits d’Outre-mer, à l’instar de la Martinique et de la Kanaky (Nouvelle-Calédonie), ce département français est secoué par de fortes inégalités économiques et sociales. Le taux de pauvreté y est 5 à 15 fois plus important que dans l’Hexagone, et le coût de la vie est extrêmement élevé. [LIRE LA SUITE]

La guerre des prix (film)

Ce premier long métrage a le mérite de raconter le monde agricole, encore trop peu relayé dans nos salles de ciné.

Anthony Dechaux y détaille les relations (et tensions) entre agriculteur-ices et grande distribution. Un film social assez fragile mais important pour montrer les jeux de pouvoir et de pression des géants capitalistes sur les petites gens dans un domaine aussi important que l’alimentation.

Ca hérisse, ça tend, ça fait réfléchir, ça nous suffit pour dire OUI !

Larzac! (théâtre, lecture)

Pour rester dans le thème, Philippe Durand donne la parole aux paysans du Larzac dans une pièce de théâtre en tournée en Isère ces prochaines semaines.

Plutôt que de revenir sur la lutte mythique des années 70, il s’intéresse à la “collectivisation” très actuelle des terres, la collaboration agricole, dans un des seuls territoires français où le nombre d’agriculteurs augmente.

Touchant, humain, instructif : on n’y sera pas mais on lira le texte en vente aux éditions Libertaria.

Prenez soin de vous, et à la semaine prochaine,

L’équipe MOB