Convention citoyenne pour la démocratie : réparer la vie politique

Et si on élaborait, ensemble, la démocratie de demain ? C’est le pari du DemoCIS, un collectif d’universitaires à la manœuvre de la première convention citoyenne sur la démocratie. Lancé mi-septembre à l’Université de Lille, ce dispositif unique invite des citoyen.nes, des élu.es et des représentant.es de la société civile à co-construire un rapport pour améliorer nos institutions, les élections, la représentation politique. Un projet ambitieux, sur quatre week-ends, pour peser dans le débat public et les programmes politiques avant la Présidentielle de 2027.

« Je ne sais pas grand chose sur la démocratie, alors je crains de la perdre. C’est étonnant. » Laëticia N. est enseignante et fait partie des 52 personnes tirées au sort dans toute la France pour participer à la Convention citoyenne sur la démocratie. Elle est lucide et enthousiaste sur le sujet : le travail de cette assemblée est titanesque, urgent et vital. Et on peut espérer que l’originalité du dispositif permette d’y répondre. Contrairement aux conventions citoyennes sur le Climat, la fin de vie ou les transports à Strasbourg, cette assemblée n’est pas lancée par un gouvernement ou une collectivité mais par les chercheur.ses du DemoCIS. Un collectif d’universitaire engagé dans une démarche de recherche participative (financé par France 2030) pour faire face aux grands défis démocratiques de notre époque. Une démarche unique à ne pas confondre avec celle, tout aussi apartisane et enthousiasmante, de Jean-Marc Jancovici, Un commun accord, lancée au même moment. On vous en parlait récemment.

Co-construire pour peser sur la Présidentielle

Le timing corrélé des deux initiatives n’est pas hasardeux : les organisateur.ices des deux conventions souhaitent peser dans la campagne présidentielle de 2027. Et le DemoCIS espère que ses propositions de réforme citoyennes s’imposeront auprès des élus, forts des enseignements du passé. « La question des suites de la convention est hyper importante. Lors de la Convention citoyenne pour le Climat, c’est quand les propositions citoyennes sont arrivées à l’Assemblée que ça a bloqué. Les députés n’ont pas été partie prenante du processus et ça n’a pas marché. » retrace Julien Talpin, sociologue et co-organisateur de la convention sur la démocratie.

Pour éviter l’écueil classique du manque d’impact des conventions, ils ont décidé d’inclure les députés dans les débats. 11 parlementaires sont censés se joindre aux échanges pour co-construire et débattre avec les citoyen.nes tiré.es au sort et des représentants de la « société civile » (assos, entreprises, syndicats).

« Les députés sont des usagers de la Vème République, ils ont une expérience. Et on espère aussi qu’ils pourront servir de courroie de transmission aux candidats à la Présidentielle« . Julien Talpin nous explique qu’à la clôture de cette convention, un rapport avec des propositions de réformes institutionnelles, des pistes de rééquilibrage des pouvoirs ou d’amélioration de la représentation politique seront mis à disposition des partis. Sauront-ils saisir cette opportunité ? Pour cette première session, le pari est un peu raté : seul.es deux parlementaires étaient présent.es. Pierre-Yves Cadalen, député insoumis (LFI) du Finistère et Olivia Richard, sénatrice Union centriste (UC) des français à l’étranger. Ils ne perdent pas espoir d’attirer d’autres groupes parlementaires. Ecologistes et communistes devraient se joindre aux discussions lors du prochain rendez-vous nous ont, depuis, assuré les organisateur.ices.

Une faille spatio-temporelle

En attendant, les citoyen.nes présent.es, à l’image de Léo L., sont ravi.es de participer à changer les choses et de pouvoir échanger avec des élu.es sur ces questions. « Ça fait du bien de voir que c’est des gens comme nous. J’ai pu faire un atelier avec Mme la sénatrice et ça s’est bien passé. Elle a pu m’apprendre de nouvelles choses et puis, si ça peut avoir un peu d’impact sur l’élection, c’est bien« . En recherche d’emploi, Léo trouve l’expérience enrichissante, alors même qu’il hésitait à participer au départ, un peu désabusé. Laëticia trouve aussi les échanges inspirants et étonnamment constructifs. « Ça m’a tout de suite enthousiasmée de rencontrer des gens qui ne pensent pas comme moi, ça n’arrive jamais ! Et malgré ça, je suis dans une faille spatio-temporelle où il n’y a pas de conflit, de bagarre. On est là, on se pose et on discute. C’est rare et c’est précieux.« 

Le premier week-end a permis de baliser le fonctionnement, horizontal, du dispositif, les attentes citoyennes comme celle des universitaires et de lancer questionnements et interventions d’experts pour donner un maximum de matière aux participant.es. Une délégation de cinq représentant.es du CESE (Conseil économique, social et environnemental) devrait venir compléter le panel et les réflexions dès le deuxième week-end, les 11 et 12 octobre.

Donner de la voix ensemble pour se faire entendre

Citoyen.nes, « société civile » et élu.es devraient ainsi pouvoir plancher sereinement sur la démocratie de demain. Julien Talpin espère que cette expérience pourra peser. « C’est récurrent dans les échanges depuis ce matin, cette impression que quoi qu’on fasse, notre voix n’est pas entendue. La quintessence de ça c’est 2005, traité constitutionnel européen, le dernier référendum dans notre pays et la sensation que notre parole a été trahie. Le pari de cette convention, c’est de réparer nos institutions.« 

De nombreuses thématiques ont déjà été évoquées au sein de cette « France miniature », lors de ce premier week-end de réflexion : l’usage des 49.3, le non-respect des pétitions parlementaires comme des résultats législatifs ou la légitimité des élections elles-mêmes. Tout est encore à l’état embryonnaire mais le constat de tous bords est partagé : la démocratie est en crise et, ensemble, ils aimeraient pouvoir changer les choses. A la clôture de ce premier temps d’échange, Léo comprend bien l’enjeu principal de cette convention comme de tout système politique démocratique : « On peut apporter beaucoup à qui veut l’entendre. On est un bon échantillon représentatif des Français de base. Après, il faut avoir les oreilles pour écouter. » Classe politique, l’invitation à participer à la convention est toujours valable. L’occasion de désarmorcer la crise démocratique. La balle, comme souvent, est dans votre camp.

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Prises de vue et interviews : Noémie Morgant // Réalisation, montage et article : Elliot Clarke