Présidentielle 2027 : des candidats plus que des idées

L’élection présidentielle est dans moins d’un an. Et jusqu’ici, tout va bien. 23 candidatures ont déjà été déposées à la mi-mai. Mais est-ce que vous avez retenu une seule idée défendue ? Dans les médias mainstream, on ne s’intéresse qu’à leurs personnalités.

Mélenchon serait trop clivant, Bardella trop idiot. Attal fera-t-il le meilleur remplaçant à Macron ? De Villepin a-t-il la carrure la plus républicaine ? Et une fois les tests de personnalités, ambiance magazine de plage, bien bien poncés, on relance la machine à sondages. Au point que LCP se demande si les instituts de sondage vont choisir plutôt que les électeurs.

En interrogeant des personnalités plus que des idées, ces instituts comme les médias et partis qui les relaient considèrent que les Français s’intéressent plus aux gens qu’aux idées. Alors pourquoi s’embêter à en parler ? Ou alors, on ne sonde que des grandes thématiques : le pouvoir d’achat, la sécurité, l’écologie. A l’image de ce sondage BFM qui dit que 80% des Français se serrent la ceinture sans en expliquer les raisons ou les pistes politiques de solution. Des catégories fourre-tout qui ne nous apprennent pas grand-chose sur nos besoins mais surtout sur l’offre politique. De toute façon, l’important dans les partis, ce n’est pas de convaincre, c’est d’être au 2ème tour, d’arriver en finale coûte que coûte face à l’extrême droite. La petite fuite de l’équipe de Raphaël Glucksmann le reflète assez bien selon Libération.

Chevaliers, combattants et pots de fleurs

Pour les équipes du candidat Place publique, les électeurs sont des cibles, des consommateurs, des voix, pas des concitoyens. Comme en publicité, ses équipes créent des Personaes, des portraits types à qui on vend de l’émotion plutôt que des idées. Pas besoin d’être précis sur les retraites, la limitation des Pfas, la gestion de l’inflation ou les déserts médicaux. Tant qu’on sait que François Ruffin joue au chevalier dans les trains. Un positionnement de « sauveur » qui a fait polémique à la sortie de sa BD.

Les médias et les réseaux se chargent du reste en ne gardant que les punchlines, les clashs ou les gaffes. Sur 1h20 d’échanges entre Radio Nova et Mélenchon, les réseaux retiendront beaucoup que Glucksmann veut « plier » son opposant. Un effet réseaux sociaux et accélération de l’info. Au point que l’élection présidentielle ressemble de plus en plus à celle des délégués de classe au collège : un concours de popularité. Des élections où on finissait toujours par voter Pikachu, ou Cartman, des candidats fictifs, faute de mieux. Une époque de grand vide politique dont Gabriel Attal est le plus beau spécimen.

A l’image de son mentor et actuel président, Emmanuel Macron, pas besoin de programme. Une candidature du vide décortiquée en détails par Clément Viktorovitch, streamer politique. De belles formules, souvent empruntées au « père politique », mais très peu de propositions concrètes. Pas avant d’avoir été désigné comme figure providentielle qui réussira à dépasser les 17-18% pour espérer se qualifier. C’est un peu le monde à l’envers : la plupart des candidats essaient de gagner en notoriété avant de proposer un projet. Et, au fond, on ne peut pas leur en vouloir, ils jouent le jeu de la Vème République et du Présidentialisme.

Le problème ce n’est pas tant le vide idéologique de la plupart des partis mais l’élection au suffrage universel direct d’un Président qui, ensuite, dirige tout, un scrutin et un système quasi monarchique déjà critiqué en 2017. Une fois élu, le Président choisit le gouvernement, chapote le conseil des ministres, peut dissoudre l’Assemblée et nomme tout un tas de personnes à placer à des postes de pouvoir : comme bientôt le Défenseur des droits. Au-delà de cette surpuissance présidentielle, c’est l’hyperpersonnalisation de l’élection comme de la politique suivie à posteriori qui nuit à la richesse des débats.

Moins de chefs, plus de démocratie

D’autres systèmes plus démocratiques existent pourtant et nous en reparleront en détails : des régimes parlementaires, des instances de participation citoyenne, des référendums citoyens. On pourrait aussi décider d’élire un gouvernement, une équipe, plutôt qu’une seule personne afin de focaliser sur les compétences de chacun-e plutôt que sur l’aura d’un leader suprême. Installer un Sénat citoyen tiré au sort rééquilibrerait aussi le pouvoir politique.

En attendant, les partis pourraient essayer de défendre des idées plutôt que des candidats et les médias dépersonnaliser leurs interviews pour creuser le fond, sans attendre les derniers mois de campagne, quand l’acculturation à la recherche d’un chef sera entérinée. On a le droit d’espérer, même si on semble pour l’instant plus proche de la chute que de l’atterrissage.

Article, réalisation et montage : Elliot Clarke