Révolte #5 – Faire collectif, ça s’organise – 10/06/26
L’organisation de la lutte est un enjeu crucial pour les syndicats, associations, et collectifs militants, comme Action Justice Climat. Nous avons rencontré Camille Lavelle, l’une des porte-paroles du collectif citoyen. Face à des enjeux écologiques pressants et des menaces d’épuisement militant, avoir un cap et des outils précis est un atout non négligeable. Le jeune collectif, formé à Alternatiba, s’en est vite rendu compte : s’organiser, en interne, bénévoles comme salarié-es, c’est essentiel. Elle nous raconte leur fonctionnement, leurs modalités de recrutement comme leur attache au bien-être militant.

Action Justice Climat est né d’une scission avec Alternatiba Paris, une organisation écologiste qui existe, elle, depuis 2014. Vous les avez peut-être vus fin mai à la Défense pour dénoncer Total, multinationale ultra polluante. Quelques jours plus tôt, c’était devant le siège de CNews qu’ils s’installaient. Une mobilisation pour critiquer le positionnement clairement d’extrême droite de la chaîne de Bolloré et l’absence de sanctions de l’Arcom face à leurs manquements au pluralisme politique et à la déontologie.
L’illustration parfaite des quatre piliers de leur organisation : une écologie populaire, ancrée dans la réalité des gens, des premiers concernés mais surtout construite avec eux. Des alliances avec les mouvements sociaux, les syndicats et associations qui luttent sur le terrain. « Et puis en tant que militants, ça nous permet aussi de prendre conscience d’où s’ancrent les logiques de domination et de les combattre« . Camille Lavelle précise également qu’ils combattent les idées d’extrême droite. Enfin, dernier pilier, le bien-être militant est au cœur de leur fonctionnement : « on a envie de pouvoir militer sur du long terme et de pouvoir construire la société qu’on souhaite à travers notre militantisme« .
Militer, coûte que coûte
Camille Lavelle détaille leur méthodologie : être le plus inclusif-ves possible, respecter les temps de pause, les horaires de travail, être vraiment « à l’écoute du collectif » nous dit-elle. Même si, prendre soin de ses militants, en interne, n’est pas toujours suffisant pour qu’ils soient en sécurité dans leurs actions. La répression policière envers les activistes, notamment écologistes, s’intensifie ces dernières années. Que ce soit lors des mobilisations contre les mégabassines, lors d’actions de groupes écologistes comme Extinction Rebellion ou encore directement envers le collectif Les soulèvements de la terre. Amnesty International a même publié un rapport l’été dernier pour faire état de cette répression grandissante en France.
« On a envie de pouvoir militer sur du long terme et de pouvoir construire la société qu’on souhaite à travers notre militantisme » Camille Lavelle, porte parole d’Action Justice Climat
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Un frein évident aux luttes sociales qui pèse également sur Action Justice Climat. Un de leurs activistes a, par exemple, été jugé pour une « redécoration d’agence bancaire », des jets de peinture lavable pour critiquer leur soutien à la politique (génocidaire) d’Israël. Des procédures lourdes, coûteuses car elles aboutissent souvent à des amendes, voire, des condamnations. « Quand on s’est mobilisé contre l’extension du Terminal 4 de Roissy on a eu 120 amendes de 750€. Une victoire ok, mais une joie de courte durée vue que le projet est à nouveau dans les cartons. » Leurs militants ont été relaxé courant mars. Camille Lavelle insiste sur le fait que ces mobilisations coûtent quand même très chères.
D’autant qu’Action Justice Climat ne peut pas payer les amendes individuelles. L’organisation peut seulement subvenir aux frais d’avocats, dans leurs démarches juridiques (appels, cassation, etc). Mais, la militante voit le bon côté des choses : ce suivi de long terme, et les procédures permettent aussi de faire vivre les mobilisations de terrain dans les tribunaux et les journaux. « On n’a pas envie que nos militants soient abîmés, enfermés mais les procès font partie de notre vie militante« . Certains militants d’Action Justice Climat se pourvoient encore en cassation, avec leur aide, aujourd’hui, pour des faits datant de 2019 ajoute-t-elle fièrement.
Bénévolat ne suffit pas
Cette stratégie d’accompagnement des militants face à de possibles poursuites juridiques, elle émane d’une organisation plus large au sein du collectif. Avoir un cadre clair, établi de manière collective, c’est très important pour une cohésion et des enjeux collectifs. Seulement, décider ensemble ce n’est pas toujours simple, surtout quand chacun n’est pas impliqué de la même manière. La répartition des tâches est essentielle pour la porte-parole d’Action Justice Climat. « On a plusieurs cercles d’engagement vu qu’on a 200 bénévoles engagés de façon régulière. » détaille-t-elle « des relations RH aux banderoles ou au tractage, peu importe« . Et pour celles et ceux qui ont plus de temps, un « espace de vision stratégique » plus engageant et restreint existe pour décider ensemble des orientations. Enfin, salariés et bénévoles assidus travaillent ensemble sur la mise en oeuvre de ces « décisions politiques ».
En bref, un engagement à la carte pour venir en aide aux quelques salariés à temps plein de l’organisation. Un fonctionnement jugé démocratique par Camille Lavelle, le tout complété par des formations pour faire monter en compétence l’ensemble des militant-es. Ainsi, Blanche Sabbah, dessinatrice, autrice et militante Climat a animé un atelier sur la bataille culturelle, sujet dont elle nous a parlé récemment. Le tout c’est d’avoir le temps de militantisme.
Les bénévoles ont, pour la plupart, un emploi en journée, ne sont donc disponibles que les soirs et week-ends. Sauf que, beaucoup de démarches, les demandes de financement ou la communication avec les organisations partenaires telles que les syndicats se passent en journée… Pour répondre en partie à cette problématique, le collectif a pu employer 4 salariés. Ils prennent le relais quand les bénévoles viennent à manquer. Même si ils gardent une place centrale dans la structure.
Proactivité et rencontres en vrai
Le tout c’est de savoir recruter ! C’est sur les réseaux d’Action Justice Climat que ça se passe. Des appels à bénévoles publiés sur leurs comptes très suivis (presque 40 000 sur Instagram) mais aussi des rendez-vous « en vrai » dans leurs locaux à Césure, un tiers-lieu parisien, pour mettre à l’aise et fédérer. Enfin, une boucle de bienvenue sur Telegram ainsi qu’une infolettre hebdo assurent aux nouveaux arrivants de pouvoir suivre les infos, actions et besoins du collectif. Jusque là, une organisation de bon sens assez similaire au tissu associatif et militant. « On croit aussi beaucoup au fait qu’il faut apprendre en faisant donc on essaie un maximum de faire des binômes entre personnes expérimentées et nouvelles personnes. Un moyen de les faire vite monter en compétence et en autonomie. » précise Camille Lavelle. Une belle manière de créer du lien, transmettre les valeurs du collectif et assurer sa pérennité. « Il y a plein de façons de s’engager, une fois par semaine ou tous les jours, et on fait en sorte que chacun ait les clés en main pour choisir celle qui lui convient. » Respect et proactivité sont au cœur du recrutement d’Action Justice Climat.
Des personnes aux profils assez divers, bien que la majorité reste quand même jeune. Et leur durée d’engagement varie aussi beaucoup : certains ne viennent que très ponctuellement pendant plusieurs années, d’autres s’investissent seulement pour quelques mois mais de manières intense. On trouve aussi certains profils, comme Camille Lavelle, qui restent très engagés et longtemps (2018 pour sa part).
Les émotions en moteur
La stratégie ultime du collectif pour favoriser l’engagement à long terme ? La joie ! Si vous avez déjà été à leurs côtés lors de manifestations, vous avez peut-être déjà croisé Planète Boum boum. Un mélange de DJ set, de danse et de fête, né au cœur d’Action Justice Climat et qui fait un carton sur les réseaux sociaux. Une bonne manière de faire durer leurs combats. « Après une marche, organiser une fête pour se féliciter d’avoir fait ça ensemble, c’est hyper important. Militer dans la joie ça donne de la force, de l’espoir, ça rend heureux. » Les mouvements sociaux sont des espaces émotionnels puissants nous rappelle Camille Lavelle. Des débouchés aux joies comme aux colères qui ne se limitent pas au champ associatif ou à Action Justice Climat. Syndicats, associations, listes citoyennes, les émotions sont des moteurs au service de nos luttes, quelles qu’elles soient.
Et pour garder la ferveur, le moteur de l’engagement, il faut aussi pouvoir se projeter, être capable de désirer un autre futur que celui proposé par les pouvoirs publics. Certains auteurs et autrices se consacrent à cela : imaginer des futurs désirables et raconter le chemin pour les conquérir. Proposer des récits révolutionnaires, qui donnent eux aussi la force de sauter le pas et de se mettre en action. On vous en parle bientôt dans le dernier épisode de notre série Révoltes.
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Article : Perrine Bontemps et Elliot Clarke // Réalisation et montage : Perrine Bontemps // Une série co-écrite avec Elliot Clarke

