Interdiction du voile, pluralisme politique et censure numérique – 10/09/26
Cette semaine, le débat sur le port du voile dans l’espace public et son traitement médiatique nous ont particulièrement interrogé sur les valeurs de la République (1.). De là, la mobilisation à Radio France nous a aussi permis de creuser la définition de pluralisme, d’opinion et de hiérarchie médiatique (2.). Enfin, Trump vient de classer une infrastructure numérique comme “organisation terroriste”, une première historique qui menace les possibilités d’un web libre. (3.) On a aussi essayé d’être ministre du budget dans un jeu vidéo (4.) et on a vu Fjord, drame social conservateur, malaisant mais prenant.

1- Des voiles mais surtout des œillères dans le débat public
Le Rassemblement national (RN) attaque sa rentrée politique (et campagne présidentielle) avec une mesure choc et totalement anticonstitutionnelle : interdire le port du voile dans l’espace public. Et le punir d’une amende. C’est infaisable, et surtout à rebours de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) et des récents avis du Conseil constitutionnel, tranche net Les Surligneurs.
Une absence de fondement juridique détaillée par Lauren Bakir, chercheuse en droit public dans The Conversation. Rien ne lie exclusivement le “port du voile” et l’“islamisme politique”, brandit en épouvantail par le RN. Mais surtout, une telle mesure porterait atteinte à la liberté religieuse défendue en France et en Europe. Contre la Constitution, contre le droit européen, contre les femmes musulmanes.
Et pourtant, sur ce sujet, c’est le “changement d’avis” de Jean-Luc Mélenchon qui fait la Une des chaînes d’info en continu. Arrêt sur Images s’interroge sur ce matraquage anti-LFI alors même que c’est le RN qui veut discriminer une minorité. Peut-être que ce sont les oeillères médiatiques qu’on devrait interdire…

2- Pluralisme, toutes les opinions ne se valent pas
Une grande grève agitera les bureaux de Radio France les 13 et 14 septembre. En cause, l’arrivée sur leurs antennes du directeur adjoint de Valeurs actuelles, un média d’extrême droite notamment condamné pour injure publique à caractère raciste envers la député Danielle Obono en 2022. Charles Sapin sur Inter, Eugénie Bastié pour suivre la Présidentielle, l’audiovisuel public vire-t-il à droite toute ? Et est-ce que c’est grave ? (Spoiler : oui.)
Libération interroge l’argument du pluralisme, bouclier brandi par les directions de ces médias publics pour justifier leurs embauches. Si le nombre d’élus RN oblige, certes, à les inviter, il ne justifie nullement d’embaucher des éditorialistes d’opinion pour irriguer leurs idées. Le premier risque, c’est de laisser encore plus l’agenda médiatique, de droite, “bollorisé”, dicter les débats de société avant la Présidentielle (cf. actualité sur le voile… plutôt que la sécheresse en France.). La droite et l’extrême droite ont déjà les moyens de se payer de grosses chaînes d’infos en continu, peut-être qu’on n’est pas obligés de leur dérouler le tapis rouge. Surtout qu’iels militent contre ce même audiovisuel public…
Laélia Véron, linguiste, enseignante-chercheuse et chroniqueuse à Radio Nova détaille bien le second problème dans C ce soir. La confusion entre pluralisme politique et parité d’opinion. La polarisation des débats viendrait, entre autres, du fait qu’on met tout sur le rang d’opinion. Elle nous invite à ne pas oublier qu’au-delà des idées, les faits, ceux censés être racontés par les journalistes avec un semblant d’objectivité, devraient primer sur l’éditorialisme, quel que soit le bord politique. En bref : interroger l’extrême droite et ses représentant-es oui, leur donner tribune d’idée sous couvert de pluralisme, vraiment pas.
3- Démocratie.aaaarg
Imaginez que vous logiez une multitude de gens dans votre camping alternatif des Pouilles italiennes. Un beau jour, le Président américain, prenant en grippe certains des habitant-es de votre camping, certain-es jugé-es dangereux-ses, déclare l’ensemble du camping comme “organisation terroriste”. Il en ferme une partie sans votre accord (c’est lui le proprio du terrain) et menace d’en attaquer tous-tes les occupant-es et de vous traîner en justice ? Vous trouveriez ça fou ? C’est ce que vient de faire “virtuellement” Trump avec le collectif hacktiviste d’origine italienne Autistici/Inventati (A/I).
Le média Next le détaille plus solidement : pour la première fois, une infrastructure numérique est placée sur la liste des organisations terroristes internationales. A/I, hébergeur de sites internet et fournisseur de messagerie alternative (entre autres) a été épinglé courant août par l’administration américaine, son nom de domaine en “.org” bloqué. Il est accusé de faciliter l’organisation et la mise en réseau de mouvances et groupuscules d’ultragauche. Par peur des conséquences, pour eux et leurs proches, le collectif hébergeur A/I a décidé de lâcher l’affaire.
La quadrature du Net comme beaucoup d’acteurices/militant-es et médias du numérique s’offusquent de cette décision sans précédent et inquiétante pour la liberté d’expression, la protection de la vie privée comme des données numériques. Une décision qui vient alimenter les enjeux de souveraineté numérique, de plus en plus questionnés en Europe. Nous, on pense qu’il faudrait pouvoir garder quelques “campings alternatifs” face aux Airbnb américains… mais aussi européens !
4- Et si vous deveniez ministre du budget?
A l’approche de la fin de l’année, le budget 2027, la dette, les dépenses et recettes de l’Etat reviennent dans toutes les têtes, et dans un jeu vidéo ! On le doit à Rayan Nezzar, un ancien conseiller de Gabriel Attal, haut fonctionnaire et ex développeur de jeux vidéos. Il détaille à LCP s’être inspiré de ses années à l’Assemblée, des choix cornéliens et tractations auxquels il a pu assister pour négocier/voter ces budgets.
Dans La bataille du budget, vous jouez un ministre du budget chargé de faire “passer la pilule” au gouvernement et à l’Assemblée. On a joué aux côtés de Jean-Luc Melanchette (par souci de pluralisme bien sûr !) et… perdu. C’est assez technique et certains éléments popent sans qu’on puisse rien y faire. Genre Mélanchette qui veut augmenter les profs 4 ans d’affilée alors que c’est rejeté à chaque fois. Ou une crise énergétique à cause d’un conflit au Moyen-Orient.
On ne sait pas trop quoi conclure de cet échec, le jeu donne un peu l’impression que la politique n’est qu’un grand tableau Excel et ça, ça nous a dérangé. On reconnaît néanmoins que ça permet de se plonger dans la complexité du compromis politique, sans croire que le phare des prochaines années tient uniquement dans la réduction du déficit et de la dette.
Du côté de chez MOB
Manifester : quand la peur fait barrage
A69, « permis de tuer », gestion de l’eau, de nombreuses manifestations devraient ponctuer les mois à venir. Mais, les sympathisant-es à ces causes oseront-ils participer ? Et surtout quel sort leur sera réservé ? Usage excessif de la force, instrumentalisation des lois ou déformation médiatique… Tous les moyens sont bons pour saper ce mode de revendication. Le droit de manifester semble, aujourd’hui plus que jamais, menacé. [LIRE LA SUITE]
Soirée MOB, venez nombreux-ses !
Le programme se précise ! Nous organiserons deux temps d’échanges :
Une première avec Swann Périssé et Hadi Rassi (Ami des lobbies) sur le rôle de l’humour/influence dans la bataille culturelle.
La seconde avec Clara Egger et Manolo Mlekuz, deux outsiders de la Présidentielle 2027 qui défendent pourtant des mesures démocratiques majeures. [INSCRIPTION GRATUITE]
La recommandation de la rédac
Fjord, comprendre le conservatisme
On a vu la palme d’or de cette année et ça nous a laissé pensifs. Le film navigue autour d’une famille conservatrice, chrétienne, intégriste qui débarque dans un petit village norvégien en apparence très “woke”, progressiste. Un choc des cultures qui se veut nuancé mais légitime pourtant en filigrane le caractère privé et sacré de l’éducation familiale face à un État intrusif. L’aide sociale à l’enfance y est dépeinte monstrueusement, les norvégiens racistes et anti-religieux, le voisinage jugeant.
Seule, la famille résiste au milieu de la tempête, grâce à Dieu et à leur communauté de Foi. Une famille dont les parents sont pourtant accusés, peut-être à tort, de violences sur leurs enfants.
Le récit, parfaitement réalisé et touchant, nous fait comprendre le point de vue de ces conservateurs, leur attachement au noyau familial. Et pour ça, le film est un franc succès. Les critiques envers le service public, la justice et la protection de l’enfance, incapables de demies mesures, nous laissent cependant une grande amertume. Le traitement scénaristique des agents de l’Etat semble vraiment biaisé. Ce qui est sûr c’est que Fjord ne vous laissera pas de glace malgré quelques longueurs !
A bientôt, et surtout, prenez soin de vous,
L’équipe MOB





