Syngenta : face au colonialisme chimique, la solidarité internationale – 09/10/26
Stop aux pesticides. C’est ce qu’ont scandé 10 000 manifestant-es, des agriculteurs, des militants écologistes, des personnes atteintes de cancer, des soignants, de tous les âges, Français et étrangers. Ils étaient rassemblés à Saint-Pierre-la-Garenne dans l’Eure, près de Rouen samedi 3 octobre 2026 lors d’une mobilisation internationale contre Syngenta, une multinationale spécialisée en produits de semences et phytosanitaires. Un espace de convergence des luttes sous haute tension.

C’est dans de ce petit village que se trouve le site de production de Syngenta, un des leaders mondial de la production de pesticides. Des produits souvent jugés nocifs pour la santé puis interdits à la commercialisation dans l’Union européenne. Syngenta commercialise pourtant toujours ces produits chimiques mais… à l’étranger ! La multinationale les exporte dans d’autres pays : en Amérique latine, en Afrique ou en Asie où la législation est plus légère.. C’est ce que la chercheuse Larissa Mies Bombardi appelle du « colonialisme chimique ». C’est le fait de continuer à envoyer un produit considéré comme nocif pour les Européens, dans un pays du Sud Global.
Les enjeux cette mobilisation sont donc multiples et symptomatique du nécessaire croisement des luttes. Ici de solidarité internationale, de santé publique et d’alimentation saine. Un combat global qui a pris forme au niveau ultra local, en Normandie, à l’appel, entre autres, des Soulèvements de la Terre et de la Confédération paysanne. Fleur Breteau, activiste et fondatrice de Cancer Colère s’offusque de l’éternel boucle de relativisation politico-lobbyistique : « Dire que la science nuance, qu’on n’est pas encore sûrs, c’est non en fait ! Le doute n’est plus permis sur le lien entre pesticides et maladies. Du coup, mettre ma colère en mouvement, ça me fait du bien.«
Un champ au croisement des luttes
Un constat partagé par l’ensemble des personnes présentes lors de la mobilisation. Des citoyens/militants écologistes aux agriculteurs responsables : « On est là pour dire que les paysans ne mettent pas les pesticides par plaisir. Beaucoup sont contraints, victimes du système économique qui tire toujours plus les prix vers le bas. Un système qui nous impose l’utilisation de ces armes agro-alimentaires.«
La mobilisation devait se terminer dans un champ à proximité de l’usine de Syngenta (exceptionnellement mise à l’arrêt cinq jours) et un cimetière symbolique y être planté, en hommage aux victimes présumées de ces pesticides. Malgré quelques gaz lacrymogènes et bombes assourdissantes GM2L, la tension est vite redescendue et les consignes pacifistes entendues, en solidarité avec les personnes malades et les plus fragiles, au cœur de cette mobilisation.
« Dire que la science nuance, qu’on n’est pas encore sûrs, c’est non en fait ! Le doute n’est plus permis sur le lien entre pesticides et maladies. Du coup, mettre ma colère en mouvement, ça me fait du bien.« Fleur Breteau, activiste et fondatrice de Cancer Colère
Un sujet à retrouver également en vidéo sur notre chaîne Youtube et/ou nos réseaux.
Une belle preuve d’intelligence collective dans cette convergence des luttes où, de l’agriculteurs en galère aux consommateur-ices victimes des pesticides, tout le monde a sa place. Y compris des militants écologistes étrangers, venus, parfois de très loin, pour se faire entendre et critiquer ce colonialisme chimique de l’entreprise.
« Au Pérou, depuis peu, il y a des recherches qui se mettent en place, on enquête et on découvre les liens entre plusieurs cancers (celui de la prostate, des poumons, de l’estomac) et l’exposition aux pesticides. Ce n’est pas juste que ces produits qui sont interdits à l’exportation et à la consommation en Europe, terminent sur les tables de beaucoup de personnes en Amérique latine. » détaille Alessandra Silva, activiste de Slow Food Pérou. Syngenta ou d’autres poids lourds de la chimie continuent pourtant de fabriquer et d’exporter ces produits, en connaissance de cause. Entraînant bien souvent pollution des rivières en France et maladies à l’étranger. Face à la mobilisation, leur communiqué se réfère aux législations internationales en vigueur et légitime la production en Europe de ces produits par « l’excellence et la sécurité de leurs sites« . Pourtant, on a retrouvé six pesticides interdits en France dans les cours d’eau aux alentours de l’usine de Saint-Pierre-La-Garenne.
Un combat au-delà des frontières françaises
Alors comment transformer toutes ces colères en actions politiques concrètes ? De la manifestation citoyenne ultra locale à des législations internationales ? Plusieurs députés de gauche sont venus assurer leur soutien à la mobilisation et pointer les différentes échelles de responsabilités politiques, à l’image d’Emma Fourreau est eurodéputée LFI : « L’Europe a évidemment un rôle énorme à jouer en réformant son Pacte Vert, des législations environnementales qui doivent être également anticolonialistes. La PAC [Politique Agricole Commune] a également une responsabilité : c’est énormément d’argent qui n’est pas investi correctement et doit servir à l’agriculture biologique et paysanne.«
Ses camarades parlementaires européens ne semblent pas sur la même longueur d’onde que les militants écologistes. La tendance est davantage à la dérégulation qu’à l’endiguement du colonialisme chimique. Avec les lois Omnibus X, la commission européenne veut même simplifier leur commercialisation. Certes, la mobilisation de ce 3 octobre a été dupliquée dans une dizaine de pays dans le monde, principalement en Europe, mais aussi en Argentine, au Kenya, au Costa Rica, ou encore en Indonésie. La société civile a fait entendre ses revendications mais c’est le Parlement européen qui a maintenant la main sur la législation.
La plus grande limite des mobilisations sociales de notre époque, c’est la mondialisation des combats à mener. Le financement des agriculteurs responsables ou l’interdiction de substances nocives dépendent, par exemple, souvent de législations européennes, de traités internationaux. Les luttes sociales doivent s’adapter à cette échelle pour porter leurs combats, à l’image de celle contre Syngenta.
–
Réalisation et montage : Noé Girard-Blanc // Studio : Elliot Clarke

