Quand le pouvoir vacille, le réel aussi…

Cette semaine est encore placée sous le signe des mobilisations partout en France. Il est des moments où les grands événements éclipsent les signaux faibles, les belles initiatives comme les dérives démocratiques. On ne peut pas se passer d’analyser ce qui se passe en ce moment, les dégradations condamnables mais surtout le traitement politique aberrant des mouvements de jeunesse, pour le pouvoir d’achat et l’écologie (1.). Une dérive qui est aussi médiatique, se dont s’offusque les étudiants journalistes comme les grands reporters (2.). Heureusement, il est encore des espaces de délibération et d’intelligence collective : une nouvelle convention citoyenne nationale va voir le jour pour sortir de la crise budgétaire (3.).

1- Il est où le vrai “camp de la République” ?

« La jeunesse a surgi et nous a redonné espoir » lit-on dans Reporterre qui a suivi la mobilisation du 17 octobre au plus près des gens dans les rues. Des gilets jaunes d’abord qui, portés par l’élan de la jeunesse en colère, ont repris leur courage à bande fluorescente pour soutenir cette nouvelle génération. Lutte contre la vie chère, pour l’écologie, pour plus de moyens éducatifs. Les causes sont variées, les colères mises en commun en cette incroyable journée de convergence des luttes sociales. N’en déplaise aux chaînes d’information en continu et à la classe politique qui s’obstine à ne commenter que les violences.

Des pillages, casses et incendies dramatiques mais pas sans responsabilité politique. Organisationnelle d’abord, retrace-t-on dans Reflets. Le laisser-faire apparent des forces de l’ordre relève soit d’un choix politique pour attiser la polarisation (fictive) entre “camp des casseurs” et “camp de la République” analysent-ils. Soit d’une incompétence effarante du ministre de l’intérieur et des forces de police. Nous nous permettons d’en douter tant les différents points de mobilisations et actions ont été cartographié en amont du 17. Une organisation collective qui rappelle celle de Bloquons tout, il y a plus d’un an, pourtant étouffée dans l’œuf à coup de lacrymos et de drones dès le 10 septembre. D’autant qu’Emmanuel Macron a refusé la démission de Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur, pourtant autoproclamé “responsable de tout”… Bizarre de garder son ministre si on considère vraiment qu’il a fait une faute grave… 

L’allocution du Président laisse penser que l’option “Camp de la République” est à privilégier, encore plus depuis les révélations d’hier dans Mediapart qui montrent la tentative gouvernementale et policière de faire porter le chapeau à La France Insoumise. Affaire à suivre les 24 et 31 octobre ? Probablement vu que les revendications lycéennes, gilets jaunes ou écologiques, peinent encore à être entendues par la classe politique au pouvoir.

2-  Les médias Bolloré passés à la loupe… des journalistes !

C’est peut-être aussi beaucoup la faute du traitement médiatique du mouvement de jeunesse en cours. C’est ce que dénoncent 750 étudiants de 15 écoles de journalisme dans une tribune publiée dans L’Humanité. Ils y critiquent leurs futurs confrères-soeurs, leur focalisation sur les violences et dégradations plutôt que sur les enjeux des mobilisations. Des enjeux déontologiques qui leur tiennent à cœur pour leur futur métier. A la rédac, ça nous donne envie de les embaucher mais surtout de leur donner raison. Comment en est-on arrivé là ?

C’est ce que décortiquent Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux grands reporters du Monde dans leur dernier livre Complot contre la France. Libération valide leur enquête minutieuse du travail de sape de Vincent Bolloré dans l’empire médiatique qu’il a pu se construire ces dernières années. Une focale particulièrement forte sur l’implosion déontologique des rédactions pour en expulser tout journaliste éthique et y installer des militant-es des droites dures chères au propriétaire milliardaire. Les étudiant-es journalistes ont de quoi s’inquiéter pour l’avenir de leur métier.

3- Convention citoyenne : jamais deux sans trois

Face au marasme politico-médiatique, nous, on croit encore à l’intelligence collective et citoyenne ! Et le Conseil social économique et environnemental (CESE) aussi. Chambre de la participation citoyenne, le CESE organise, à partir du 27 novembre, une nouvelle assemblée citoyenne. Après celle de Lille sur la démocratie et celle de Jancovici sur les dilemmes écologiques de l’époque, celle-ci portera sur les finances publiques. A quelques semaines du vote du budget de l’Etat, à quelques mois d’une présidentielle, la chambre des citoyen-nes tentent de peser dans le débat et les finances publiques.

Comment maîtriser les dépenses ? Réduire la dette ? Sortir de la crise budgétaire quoi. 150 citoyen-nes tiré-es au sort s’y attaqueront pendant 7 sessions, jusqu’en mars 2027. Seront-ils ensuite écoutés par les candidats en lice et par le futur gouvernement ? En tout cas, Claire Thoury, Présidente du CESE, raconte à La Croix qu’elle y croit.

–

Extrême droite, le “cache-cache” des élu-es sans étiquette

Est-ce que vous saviez que le Rassemblement national, et plus globalement l’extrême droite, ont gagné beaucoup plus que 70 communes aux dernières Municipales ? C’est la conclusion du dossier d’enquête d’On a déjà essayé, un consortium de médias indépendants (Mediacités, les Rue89, Le Poulpe, le MIP et Marsactu) installés partout en France. Un dossier très dense sur les maires “sans étiquette”, mais pas sans directives politiques, qui lance notre partenariat avec eux pour les mois à venir. 

MOB est missionné pour condenser ce travail d’investigation intense, en vidéo, et lui donner une perspective nationale sur l’extrême droite, une fois qu’elle est au pouvoir. Grande responsabilité pour notre petite équipe qui se fait un plaisir d’entrer, un peu plus, dans la bataille médiatique pour dénoncer le Rassemblement national, sa nébuleuse mais surtout ses idées. [EN SAVOIR PLUS]

–

Notre Salut, leurs salops un peu trop normaux

On est très cinéma en ce moment ! Et on a beaucoup apprécié Notre Salut. Un film historique sur la banalité de la collaboration avec les nazis pendant l’occupation de la France. On y suit un banal ingénieur qui se rêve en réformiste de la France et voit dans l’administration pétainiste, une opportunité de briller.

Swann Arlaud est en effet lumineux dans ce récit qui réussit à ne froisser personne mais interroge notre potentielle aliénation face à la banalité du Mal.

Le passé n’a jamais été si actuel, la mise en scène est propre, les partis anachroniques rafraîchissants. A voir urgemment dans votre salle de cinéma !

A bientôt, et surtout, prenez soin de vous,

L’équipe MOB