Boycott citoyen, répression étatique et autonomie corse – 05/11/26
La bonne nouvelle est tombée : Trump ne contrôle plus le Sénat américain, un frein pour sa politique illibérale et sa fin de mandat. A l’inverse, en France, le gouvernement semble s’inspirer de ces mesures répressives. Ne pas en parler serait criminel (même si apparemment, manifester suffit maintenant à l’être !). L’Etat met au service de la silenciation des mouvements sociaux l’arsenal antiterroriste et la censure des réseaux (1.). On n’aura peut-être donc bientôt plus le droit de manifester mais on pourra toujours boycotter. C’est ce que tente BoycottSmarbox avant les fêtes pour stopper Pierre-Edouard Stérin et l’extrême droite (2.). De son côté, le Sénat “boycotte” l’autonomie de la Corse, du moins la droite de l’hémicycle (3.).

1- Pour silencier les luttes : coupure des réseaux et arsenal antiterroriste
Même si depuis la semaine dernière, le gouvernement apporte des miettes de réponses à la mobilisation lycéenne, il a peur. Il resserre donc un peu plus la vis de la répression, choisissant la pente glissante de l’autoritarisme et de la censure, à commencer par celle des réseaux. Blast a révélé les échanges entre le Premier ministre et les quatre grands opérateurs téléphoniques français pour préparer une coupure des réseaux sociaux lors des mobilisations du 24 octobre. Chez Bon Pote, on retrace cette possible silenciation dans un amendement ajouté à la loi « casseurs-payeurs ». Toute publication qui “pourrait créer un trouble à l’ordre public” serait retirée sous 24 heures. Les utilisateur·ices de TikTok n’ont donc pas été surpris·es de recevoir un message les alertant avant de publier : « La situation évolue rapidement dans ton pays. Fais attention à ce que tu publies… »
Faire peur de publier des contenus sur les réseaux sociaux, faire peur d’aller manifester également. Des influenceur·ses arrêté·es ont été placé·es en garde à vue, relate l’Humanité. Des dizaines de militant·es sont même assimilé·es à des terroristes se voient interdire de manifester et assigné·es à résidence souligne l’article de Mediapart paru à Halloween, lors de l’acte III des mobilisations. Des syndicalistes, des militant·es écologistes, antifascistes, ou de la lutte pour la libération de la Palestine ont reçu un courrier MICAS (Mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance). Une mesure normalement réservée aux terroristes. Si elle a déjà été utilisée contre des militant·es écolos, jamais à cette échelle, alerte l’équipe juridique du collectif les Soulèvements de la terre. Et on glisse un peu plus sur la pente sécuritaire.

2- Consommateur·ices : reprendre du pouvoir par le boycott !
Et si boycotter des coffrets cadeaux permettait d’atteindre le porte-monnaie d’un des principaux financeurs de l’extrême droite ? C’est le pari de la campagne lancée par les Victoires Populaires : s’attaquer à Smartbox dont le milliardaire Pierre-Édouard Stérin est le principal actionnaire. Sur leur site, boycottsmartbox.fr appelle à contacter les magasins des 19 enseignes qui les mettent en vente pour demander le retrait de ces produits. En plus de financer un magnat de l’extrême droite, ces cadeaux seraient « empoisonnés” : une plainte collective a été déposée pour pratique commerciale trompeuse et escroquerie, avec « des frais supplémentaires et des prestations mensongères » rapportaient des client·es à l’Humanité. À défaut d’avoir du pouvoir d’achat dans la France de Macron, cette initiative donne un pouvoir d’action sur la consommation.
Et oui, le boycott, ça peut fonctionner. « Si Madrid ne produit pas, Madrid ne consomme pas » : l’Observatoire des multinationales racontait, en 2015, le boycott victorieux contre Coca-Cola en Espagne. L’année précédente, l’entreprise annonce la fermeture de quatre usines d’embouteillage à Madrid et le licenciement de plus d’un millier de travailleur·ses. Le boycott est lancé, en parallèle des actions judiciaires des syndicats, et des célébrités se joignent au mouvement. En un an, la consommation de Coca baisse de 17 % dans la région et la justice contraint finalement Coca-Cola à payer les salaires des licencié·es. Alors, pour les fêtes de fin d’année, le ton est donné : des cadeaux fashion mais pas fachos !

3- Une « Corse autonome » ? Le Sénat clôt les négos
Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2026, le Sénat met à terre le processus de Beauvau en rejetant le projet de réforme constitutionnelle qui devait amener à une « Corse autonome au sein de la République ». Après de nombreux amendements de la droite, dénaturant le texte adopté par les député·es de gauche et du bloc central cet été, les sénateurs votent finalement contre la réforme. En réponse, les autonomistes de Femu a Corsica et les indépendantistes corses déclarent mettre fin à ce processus de négociation difficilement mené pendant quatre ans par Gérald Darmanin à la demande d’Emmanuel Macron.
En 2022, l’assassinat du militant indépendantiste Yvan Colonna avait remis le feu aux poudres, rappelle Le Projet Arcadie, ravivant la demande d’autonomie de l’île depuis près de 50 ans, ce projet de loi devait être une réponse. Le texte avait été validé en 2024 par l’Assemblée de Corse et souhaitait donner à la Corse « des capacités d’adaptation des normes nationales ainsi qu’un pouvoir normatif dans certains domaines », note Parallèlesud qui y voyait aussi une brèche ouverte pour l’autonomie des territoires ultramarins. Dommage pour l’île et surtout ses habitant·es qui validaient pourtant à 76% (sondage Ifop) ce nouveau statut autonome…
Du côté de chez MOB
Nassira El Moaddem et Jose Rexach : journalistes, on est violentés parce qu’on fait notre métier
Pour enquêter comme pour documenter les mobilisations sociales, les journalistes sont ciblé·es dans l’exercice de leur métier. Violences de la part des forces de l’ordre ou d’élus, les attaques envers les journalistes semblent croissantes. Dans notre dernier papier, la journaliste Nassira El Moaddem, autrice de l’enquête Main basse sur la ville, enquête au Blanc-Mesnil, territoire trahi de la République (Stock, 2026), revient sur les attaques qu’elle a subies au cours de six années d’enquête.
Une interview croisée avec l’expérience de terrain du reporter de Blast, Jose Rexach, qui documente en vidéo les mobilisations sociales et se retrouve souvent confronté à la violence de la police. Quand les journalistes sont attaqué·es, c’est le droit de chacun·nes à l’information qui est en danger. [LIRE PLUS]
La recommandation de la rédac
Comment les états répriment, Vanessa Codaccioni
Après les éditions Les Liens qui Libèrent, la maison d’édition Divergences suit le mouvement : quatre de ses ouvrages sont en libre accès pour nourrir le mouvement social. Rage assassine, de Bell Hooks ; l’auteur Serge Quadruppani partage Une histoire personnelle de l’ultra-gauche ; Défaire la police, un ouvrage collectif pour résoudre les conflits sans passer par la police ; Comment les états répriment, où Vanessa Codaccioni retrace l’histoire des répressions d’État ; nous vous recommandons chacun de ces bouquins !
Mais si vous voulez prendre du recul et creuser un peu plus l’actu 1, comprendre comment les mesures antiterroristes deviennent des outils de la répression politique : on vous invite à lire le dernier ouvrage. L’enseignante au département de sciences politiques de Paris 8, Vanessa Codaccioni, met en lumière l’histoire de l’assimilation entre militant·es et terroristes et les outils de la répression qui l’accompagnent.
Les livres sont partagés gratuitement, mais soutenir des maisons d’édition engagées, c’est toujours une bonne idée ! Alors, il ne faut pas hésiter à les acheter en papier.
A bientôt, et surtout, prenez soin de vous,
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L’équipe MOB (Annouck Le Creurer)



