Municipales 2026 : une mairie d’extrême droite, ça donne quoi ?

« Le Rassemblement national, on n’a jamais essayé ! » Quelques semaines avant les élections municipales, cette théorie absurde remonte à la surface alors que le parti d’extrême droite (et affiliés) est déjà au pouvoir dans une dizaine de communes en France. Majoritairement dans le Var et les Hauts-de-France. Et, bizarrement, au niveau national, Jordan Bardella ou Marine Le Pen ne s’appuient pas tellement sur les bilans de ces communes pour inciter les Français à voter pour leur parti. D’autant qu’ils espèrent rafler plus de communes que jamais avec 650 listes déposées partout en France en 2026.

Alors pourquoi ils n’en parlent pas ? Peut-être parce que le bilan de ces villes et villages a de quoi inquiéter sur bien des aspects. Entre casse du service public, mépris des acteurs sociaux et associatifs et abandon d’une partie de la population. On vous détaille quelques cas d’école dramatiques mais représentatifs de la gouvernance RN des dernières années, dans ce nouvel épisode de Radar.

Le plus flagrant dans les mairies d’extrême droite, ce sont les attaques contre les services publics. C’était déjà dans leurs programmes en 2014. Prétextant des baisses d’impôts et des économies locales, les élus d’extrême droite coupent dans un tas de services essentiels.

David Rachline, maire de Fréjus, a par exemple baissé le budget des écoles de 20% depuis 2014. Idem à Beaucaire où Julien Sanchez coupe dans les fournitures : celles des agents d’entretiens mais aussi, encore, des écoles. Au point que des parents d’élèves doivent, certains jours, donner du papier toilette à leurs enfants. A Orange, commune historique du Front national (puis du RN) depuis 1995, Jacques Bompard supprime carrément certains  services : le bus gratuit pour les enfants du centre de loisirs ou la piscine municipale. La logique est implacable et cache un autre versant de la politique locale du RN : la privatisation.

A Hénin-Baumont, Steeve Briois vend à tour de bras : la crèche, le funérarium et une piscine municipale fraîchement rénovée. A Perpignan, Louis Aliot a refourgué au privé l’une des plus grandes crèches de la ville. Enfin, à Fréjus, un jardin public a été vendu pour 600 000€ à un promoteur immobilier.

Casse sociale assumée 

Des choix politiques qui ne sont pas sans conséquence. Qui dit moins de service public et plus de privatisation dit violence sociale. D’abord, envers les agents municipaux, en première ligne. Le cas de Beaucaire est longuement décrit dans Mediapart : management toxique, manque de moyens, agressions verbales, racisme. Les élus s’attaquent donc à leurs propres agents mais ces orientations sont surtout des attaques aux classes populaires qui n’ont pas les moyens de payer des services coûteux publics ou privés. Et leurs élus ne s’en cachent pas. “Une personne au RSA peut venir chercher son enfant à l’école car il ne travaille pasa répondu Evelyne Althoffer, à l’époque adjointe à la jeunesse à Villers-Cotterêts, après l’augmentation du prix de la cantine. 

Dans ces mairies, on baisse les dépenses publiques à destination des plus précaires, dans des domaines de première nécessité : se nourrir, se loger, s’éduquer. Ainsi, Beaucaire, Pontet, Fréjus ont vu rétrécir voire disparaître leurs centres sociaux. Alors que de l’argent, il y en a mais il est utilisé ailleurs : Robert Ménard a augmenté le budget de la sécurité de presque 14% à Béziers aux dépends d’autres secteurs. Des choix politiques très conscients, une casse sociale assumée.

Combattre les assos, empêcher la riposte

Et, comme partout, c’est le secteur associatif qui tente de pallier ces manquements dans les politiques publiques. Mais, là encore, les élus d’extrême droite leur coupent les vivres. Dès 2014, la Ligue des droits de l’Homme perd son local à Hénin-Baumont. A Beaucaire, Julien Sanchez ne fait pas dans la dentelle et coupe les subventions à la ligue de l’enseignement ou à l’Amicale des sapeurs-pompiers. En revanche, il subventionne des clubs de sport de combat. Vous voyez l’ambiance ? A Hayange, le maire RN fait carrément la guerre au Secours populaire, association qui aide un millier de personnes : fin des subventions, suppression du local et effacement des associations de la ville. Ce combat contre les associations est une tentative claire de museler toute opposition à leurs idées mais surtout à leur politique de ségrégation sociale.

Car derrière tous ces exemples de destruction du service public et d’attaques envers les acteurs associatifs se cache aussi l’idéologie historique du parti : la préférence nationale. Les mairies RN abandonnent certaines populations à leur sort. Comme le raconte Brigitte Laouriga, ancienne travailleuse sociale à Orange, au micro de Mediavivant. Ils ciblent les quartiers populaires, les populations issues de l’immigration et les plus précaires. A Pontet, fermer plus tôt les épiceries de nuit est une attaque détournée à celles et ceux qui les fréquentent. Là où, à Perpignan, Louis Aliot veut carrément automatiser l’expulsion des délinquants mais aussi de leurs familles des logements sociaux. Une motion rejetée de justesse par la Métropole en 2023. A Fréjus, une enquête de Camille Vigogne le Coat, détaillée sur France Culture, montre que l’ADN raciste est toujours bien présent : embauches de membres du GUD, un groupe radical et violent d’extrême droite, tolérance envers des propos racistes ou des saluts nazis en mairie. D’ailleurs, sur 30 députés élus en 2024 qui repartent en campagne pour les Municipales, 26 ont ce genre de casseroles néofascistes, complotistes, racistes, sexistes. Le parti reste la plupart du temps muet face à ces révélations ou qualifie seulement ces profils (pourtant nombreux) de « brebis galeuses ».

Une fois en place, ils y restent

Même si, dans ces mairies, la gestion globale des budgets n’est pas catastrophique, qu’ils financent certaines traditions culturelles ou des activités sportives et mettent le paquet sur la sécurité, ça donne ça quand l’extrême droite arrive au pouvoir. Et une fois en place, ils y restent souvent. La dynastie Bompard à Orange mais aussi à Robert Ménard à Béziers ou David Rachline à Fréjus, les maires sortants parviennent à être réélus.

D’abord, ils bénéficient, comme beaucoup de maires, d’une “prime au sortant”, d’une réputation et d’un ancrage que n’auront pas forcément leurs concurrents. Ils savent aussi séduire leur base électorale et lui donner des gages d’action publique. Tout en suivant l’obligation de voter des budgets à l’équilibre en conseil. Enfin, ils bénéficient forcément de la dédiabolisation et de la surmédiatisation nationale de leur parti, particulièrement sur les chaînes d’info en continu

C’est pour ça que d’autres médias enquêtent et alertent sur les villes qui pourraient tomber en 2026 ou que des associations, à l’image d’Anvita, répertorient les listes et territoires accueillants.

Ce qui est sûr, c’est que ces politiques d’extrême droite, les élus RN, prônent la division et le rejet et abîment le lien social. Ils ont essayé, de Perpignan à Hénin Beaumont, et à l’heure du bilan et de nouvelles élections, ça ne sent vraiment pas bon. C’est factuel, quelle que soit la commune, alors les 15 et 22 mars, tous aux urnes ?

Article, réalisation et montage : Elliot Clarke

Une série de vidéos en partenariat avec Mediacités, soutenue par le Fonds pour une presse libre.