Municipales 2026 – Élire nos mairies au féminin

La campagne pour les municipales bat son plein depuis quelques semaines, et avec elle, un vieux réflexe : le sexisme. Une vidéo publiée dans Le Progrès montre Anais Bellouassa-Cherifi, candidate insoumise à Lyon, en subir les frais. Et quand on voit ces images, on peut comprendre que beaucoup hésitent à se lancer dans la course. Même si, pour la première fois, en 2026, toutes les communes soumettront des listes paritaires aux élections municipales, le chemin vers la parité est encore long. Et si l’on va plus loin, celui vers une vie politique plus féministe. Bilan et perspectives dans ce nouvel épisode de Radar en partenariat avec Mediacités.

Dans ce long parcours, les rôles modèles féminins ont de l’importance, comme le racontent des élues bordelaises à Rue89Bordeaux. Pour recruter des femmes sur les listes municipales, il faut passer beaucoup plus de temps à les convaincre de leur légitimité et de leur place au sein du conseil. Et pour cause, elles sont encore minoritaires chez nos représentantes.

Et puis, une fois qu’elles sont élues, les rôles et la répartition du travail politique sont aussi genrés. Il est plus fréquent de voir une femme adjointe à la petite enfance ou à l’éducation, qu’à l’urbanisme ou aux finances. Et bien que présentes dans les conseils, les femmes sont peu à les présider, parce que les rôles de pouvoir sont encore majoritairement réservés aux élus masculins.

C’est aussi ce que nous expliquait Léa Chamboncel dans une de nos récentes vidéos sur les enjeux de parité en politique, qui souligne tout de même quelques avancées. Jusqu’à maintenant, la règle était : des listes paritaires pour les communes de plus de 1 000 habitants. Autrement dit, les listes paritaires n’étaient pas obligatoires pour un peu plus de 70 % des communes.

Résultat : dans 75 % des petites communes, la parité n’est pas au rendez-vous. Et bien entendu, cela signifie majoritairement que les femmes sont sous-représentées dans les mairies

20% des maires, peu importe le parti

Dans ces petites communes, elles représentent 38 % des élus. Et plus la commune est petite, moins on trouve de femmes dans les conseils municipaux. De manière générale, elles représentent 36 % des adjoints, 41 % des conseillers municipaux avec délégation et 46 % des conseillers non indemnisés (donc sans délégation). Et surtout, seulement 20 % des maires.

Si, à l’échelle nationale, Libération note qu’il est plus fréquent de constater un manque de parité à droite, dans les petites communes, ce n’est pas forcément lié à la couleur politique. Parce que beaucoup de listes aux municipales sont sans étiquette. Et au niveau des intercommunalités alors, ça donne quoi ? Et bien, c’est pire : 35 % de femmes, et seulement 11 % de présidentes. Mais alors pourquoi les petites communes, aujourd’hui soumises à la parité obligatoire, peinent à recruter des femmes sur leurs listes ? 

Dans un monde politique façonné par et pour les hommes, l’exercice du pouvoir reste encore teinté de virilité et de domination. Et le cadre n’est pensé que pour les hommes. A commencer par les modes de garde pour les enfants, alors même que les conseils municipaux se déroulent souvent en soirée. Les congés maternité, eux, n’étaient pas envisagés jusqu’à très récemment. C’est la grossesse de la maire de Poitiers en 2014, qui a montré l’impensé du congé maternité pour les élues locales à temps plein et ainsi conduit les députés à proposer une loi. Le maintien des indemnités pendant le congé maternité a été acté avec l’adoption de la loi sur le statut d’élu local, fin 2025.

Horizontalité, coopération, écoute

Fréquence Commune propose de « féministiser » la politique, notamment locale. C’est ce qui a été expérimenté à travers plusieurs listes citoyennes et participatives. Au-delà d’atteindre une meilleure représentation des femmes, c’est aussi repenser le pouvoir et la façon de l’exercer par le prisme du féminisme. Plus d’horizontalité, de coopération et d’écoute, notamment des femmes, pour que le pouvoir ne soit plus détenu que par des hommes blancs de plus de 50 ans (la caricature est toute relative). Une transformation qui passerait notamment par une répartition paritaire de la parole en conseil municipal ou métropolitain. 

Ce qui permettrait, par exemple, d’éviter des violences sexistes en conseils municipaux comme à Paimpol en 2021, Marseille en 2019 ou Metz en 2022. Des scènes plus fréquentes que l’on ne pourrait le penser et qui découragent de nouvelles recrues de s’engager durablement, ou de s’engager tout court.

Le temps de parole pendant les séances de conseil est aussi très mal réparti selon le genre. À Bordeaux Métropole, par exemple, « le temps de parole des femmes ne représente environ que 30% des échanges lors des séances » en 2025. Alors même que la parité entre les membres est quasi atteinte : 43% de femmes sur 104 élu-es ; 50% de vice-présidentes. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le podcast des communes et listes participatives en détaille d’autres éléments [à environ 19:00].

Cyberharcèlement, l’ultime obstacle

Une invisibilisation qui se retrouve également en ligne, notamment à cause des algorithmes note Public Sénat. Un phénomène qui bloque les campagnes de certaines candidates vu qu’elles se déroulent en grande partie sur les réseaux sociaux. Un certain nombre témoignent ne recevoir que des messages ou commentaires portant sur leur physique, plutôt que sur leurs propos et engagements. 

Un phénomène qui accentue le cyberharcèlement envers les femmes. Que ce soit au niveau local ou national, de nombreuses élues témoignent de violences en ligne, venant s’ajouter à celles vécues au sein même des instances politiques, et peinent à s’en protéger. [sur Konbini, AngersTV ou Libé]

Repenser la démocratie et l’exercice du pouvoir, c’est donc aussi repenser la place et le rôle des femmes au sein des instances locales. Et peut-être qu’ainsi, un plus grand nombre aura envie de s’engager en politique, notamment à l’échelle locale.