Inventons les partis du futur

84 % des Français·es ne font pas confiance aux partis. Face à ce constat alarmant, le Labo des partis — un collectif de chercheur·ses, militant·es et citoyen·nes engagé·es — s’attaque depuis plusieurs années à un chantier ambitieux : les réinventer. Ils proposent des pistes pour les rendre plus adaptés aux attentes des électeur·rices. Au lendemain de Municipales à faible taux de participation, empreintes de guéguerres partisanes, leurs recherches semblent d’intérêt général.

« Le cas typique du dysfonctionnement des partis, c’est la Présidentielle, ce moment où tout le parti devient l’écurie d’une seule personnalité. Et c’est dommage car il y a vraiment quelque chose qui se joue dans ces institutions politiques. » Armel Le Coz a coordonné, avec Camille Marguin, les deux premiers rapports du Labo des partis. Et, même si depuis le lancement du projet initial en 2023, l’horizon politique s’assombrit, le centre d’études continue à militer pour le renouveau démocratique.

Auprès de MOB, Camille Marguin estimait déjà au printemps 2024 que changer nos institutions ne pouvait se faire sans changer la classe politique qui y navigue. Chercheur·ses et militant·es du Labo ont donc consulté 1500 personnes en ligne et organisé 75 entretiens longs, dans et en dehors des partis, pour mieux en comprendre le fonctionnement. Camille et ses collègues ont interrogé des politicien·nes comme des associations, des chercheur·ses et des citoyen·nes, et mené une analyse poussée des fabriques partisanes pour en faire émerger des pistes de réforme.

« 84% des gens n’ont plus confiance dans la classe politique, avant les Municipales de 2026 et la Présidentielle de 2027, c’est le moment pour elle de changer ! » Camille était encore pleine d’optimisme en 2024. Le Labo venait de sortir son premier livrable : une analyse de fond, un projet en 6 piliers pour réformer les partis.

Le parti parfait n’existe pas

Une gouvernance horizontale, des techniques vertueuses de mobilisation ou un financement diversifié ne sont que quelques pistes de solution. Sachant que l’équilibre idéal entre toutes ces réformes relève de l’impossible, selon Camille : « On ne peut pas avoir une gouvernance parfaite où tout le monde peut s’exprimer et être efficace en période de campagne électorale. Ou avoir des gens qui vont partir militer, tout le temps, quoi qu’il en coûte. On a cherché des solutions un peu partout, sachant que ça soulevait toujours des problématiques ailleurs. » Le parti parfait n’existe pas mais ceux qui existent ont une forte marge de progression sur tous ces aspects. Et c’est la finalité du Labo : inciter les partis à engager de réelles rénovations partisanes. Et quoi de mieux pour les faire rêver (ou pallier leur manque de réaction) que de proposer des « partis du futur » ? 

C’est ainsi que naissent, à la fin de leur rapport, six modèles imaginaires. « Le parti des 90% », par exemple. Un mouvement politique initié par les classes populaires (jeunes, profs, ouvrier·es, infirmières…), où le tarif d’adhésion serait proportionnel à son niveau de vie. Un parti qui militerait dans les lieux de sociabilité (bars, tiers-lieux) pour diffuser ses questionnements autour du travail et de l’écologie. Une structure où le RIC militant permettrait d’amender le programme électoral et où la priorité serait de convaincre les abstentionnistes.

Parmi ces partis rêvés, on retrouve aussi « l’Union de la Gauche », un « contrat de rassemblement inspiré de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ». Une idée prémonitoire à quelques mois de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 et de l’émergence, en urgence, du Nouveau Front Populaire (NFP).

Tout va très vite à ce moment-là pour le Labo, qui n’a pas le temps de diffuser ses idées auprès des partis mais s’enthousiasme de cette possible alliance, faite de compromis à Gauche. Ils s’inquiètent aussi de la percée vertigineuse du Rassemblement national. Deux émotions qui orientent depuis les travaux du Labo, raconte Armel Le Coz. « Notre rôle, c’est de nourrir la Gauche, autant les partis que les acteur·ices de la société civile, d’ici la Présidentielle de 2027 ». 

Car, passée la furieuse période électorale des Législatives 2024, les partis ont repris leur bataille, et donc leurs travers. En prévision de la Présidentielle, le Labo publie un Programme commun pour 2027. Plus que des propositions, c’est une manière de s’intéresser à la fabrique des idées et à comment « faire ensemble ». Avec une focale sur la gouvernance et l’organisation plutôt que sur les contenus en eux-mêmes.

En parallèle, un autre groupe de travail prépare une synthèse pour lutter contre le vote d’extrême-droite en prônant la lutte contre l’abstention et la mal-inscription, ou en montrant comment « démobiliser » les électeur·rices du Rassemblement National. Ils pointent, par exemple, le patriarcat et le masculinisme de leur idéologie pour réduire le vote féminin.

On est écoutés mais pas entendus

Enfin et surtout, le Labo continue son travail de plaidoyer auprès des partis de Gauche, plus enclins à ces réflexions réformistes et aux valeurs de justice sociale et démocratiques. Des rencontres avec les chefs de file qui tournent pour beaucoup, fin 2025, autour de l’organisation d’une Primaire à Gauche. Ils sont, entre autres, interrogés sur de potentielles modalités de scrutin. 

Les propositions du Labo reçoivent néanmoins un accueil ambivalent. Les partis sont curieux mais frileux à innover juste avant un scrutin de cette importance, s’inquiète Armel Le Coz. Il ne perd pourtant pas espoir, même si son optimisme réformiste bat de l’aile. « Pour le moment, on est écoutés mais pas complètement entendus. » Camille Marguin mise, elle aussi, sur d’autres chevaux. Elle participe activement aux Victoires populaires et à leurs campagnes de mobilisation citoyenne par exemple. 

L’ensemble de l’équipe du Labo continue malgré tout ses travaux et propositions à la classe politique. Des chemins à tracer ensemble pour rénover la Ve République et imaginer des partis plus sains et plus démocratiques.

Elliot Clarke