Démocratie Forum : financer l’intérêt général – 16/09/26

Le 15 septembre, c’était la journée internationale de la démocratie. A l’image de nombreuses de ces journées, elles sont inconnues du grand public. Et pourtant, dans les salles festives du Café A, au cœur de Paris, la foule était nombreuse pour le premier Démocratie Forum organisé par Better, une régie publicitaire éthique. Un événement d’alerte, pour défendre la démocratie, où les enjeux financiers, la vitalité associative et médiatique, étaient centraux.
Des centaines de participant-es s’amassent dès 16h dans la salle principale du Café A, près de Gare de l’Est à Paris. Une première table ronde est déjà lancée. Des membres de Coordination SUD déroulent l’impact sur la solidarité internationale des coupes drastiques dans l’USAID, un fonds d’aide international, par Donald Trump à son arrivée au pouvoir. Un coup dur pour la solidarité internationale, y compris en France, et pour le fonctionnement des assos et ONG concernées. Le ton est donné alors que l’événement vient à peine de commencer.
Better s’est donné pour mission de réunir les acteur-ices de la démocratie, à quelques mois d’une Présidentielle inquiétante, et alors qu’en 2025, seulement 26% des humains dans le monde vivent en démocratie. On ne pensait pas qu’un des chevaliers de la démocratie surviendrait d’un groupe publicitaire, aussi éthique et solidaire soit-il. Et pourtant, on doit admettre que son fondateur, Vincent Touboul Flachaire, défend bien son propos : nous ne parviendrons pas à protéger les piliers démocratiques (médias, associations et institutions) sans financements conséquents. C’était l’un des enjeux majeurs de cette journée, de médias comme le nôtre comme d’associations engagées : comment financer celles et ceux qui défendent la démocratie ?
Des capitaux mais surtout des idéaux
Philanthropes, banques éthiques, fondations et entreprises engagées étaient invitées aux multiples temps d’échange sur ce sujet afin d’expliquer au mieux ces enjeux. Le parti pris était ici évident : il faut faire démocratie dans le cadre capitaliste, avec le modèle entrepreneurial. Parce que sans argent, pas de militants. De nombreuses coopératives ou entreprises sont venues défendre leur modèle (Enercoop, Upcoop, Citécoop…) et/ou leur engagement sur ces enjeux (Back Market). Mais la photo de famille n’est pas exemplaire. Veolia était invité aux discussions, malgré des affaires de pollution, corruption ou licenciement abusif de l’entreprise ? Le Fond Mirova, également présent, est une filiale « verte » du groupe bancaire BPCE (banque populaire caisse d’épargne), un des plus gros financeurs des énergies fossiles. Des structures dont l’éthique est relative et qui questionne le positionnement politique de cet événement, normalement apartisan.
Avoir le son de cloche d’un député insoumis sur leur volonté de monter une Assemblée constituante et de passer à la VIème République aurait pu être pertinent.
C’est pourtant Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de droite chiraquienne, qui ouvre le bal. Il décrit, avec justesse, l’Europe comme un « musée de la démocratie. Musée qui rétrécit. » mais critique rapidement tous ceux qui cherchent des bouc-émissaires « faciles » et veulent « chasser contre les immigrés, l’Europe ou les plus riches ». Une manière habile, qui a irradié dans plusieurs interventions de l’événement, de défendre la « dépolarisation » de la politique, de vouloir désamorcer « la colère des extrêmes » et, in fine, de mettre sur un même plan l’extrême droite et la gauche radicale. Alors même que la polarisation du débat public vient, avant tout des grands groupes et chaînes d’info contrôlées par des milliardaires d’extrême droite aux projets politiques évidents.
Pas de démocratie sans arc républicain
La France insoumise est d’ailleurs absente de l’événement, pourtant ouvert aux politiciens. Raphaël Gluksmann (Place publique) était présent dans plusieurs échanges, notamment sur les enjeux de souveraineté. Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris également. Même Prisca Thévenot, députée Renaissance, était initialement invitée, alors qu’elle a tenté de silencier une partie de la presse et pratiquait un management brutal avec ses collaborateurs, quand elle était porte-parole du gouvernement Macron en 2024. Un tout relatif exemple de démocrate… Avoir le son de cloche d’un député insoumis sur leur volonté de monter une Assemblée constituante et de passer à la VIème République aurait pu être pertinent. Même si les réformes institutionnelles n’étaient pas au cœur de la programmation.
On espère qu’il s’agissait d’une maladresse d’organisation plus que d’une exclusion de la gauche radicale de « l’arc démocratique ». On comprend, en tout cas, l’urgence et le parti pris de faire avec les outils du capitalisme pour financer et donc défendre un cadre démocratique serein aux débats politiques. Y compris ceux pour potentiellement lui proposer des alternatives. On espère juste que les organisateur-ices de l’événements savent identifier ce qu’ils définissent eux-mêmes comme « un combat de « eux » contre « nous« » resté assez flou dans certaines interventions.
Ce qui n’enlève rien à la qualité des interventions apartisanes de l’événement. Better avait invité de supers structures et initiatives comme Parlons démocratie, la convention citoyenne pour la démocratie, On est prêt ou QuotaClimat à s’exprimer. Des tables rondes foisonnantes et très suivies. Des échanges riches qui ont pointé le problème essentiel et partagé par notre média : la démocratie est en danger, l’extrême droite en est l’ennemi numéro un, et toutes les ONG, médias, entreprises qui lutteront contre auront besoin de tous les moyens financiers et de soutiens humains pour la défendre.
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Elliot Clarke

