Serbie magique, attentat tragique et missions locales en danger – 27/10/26
Ce week-end pluvieux et mobilisé contre la vie chère a laissé passer quelques rayons de soleil, mais plutôt à l’étranger. Au Brésil, l’extrême droite bolsonariste est tenue en échec, une bonne nouvelle, à minima, pour l’Amazonie. Mais c’est du côté de nos voisins serbes qu’on a voulu se pencher. En récompense de deux ans de mobilisation contre le pouvoir en place, la jeunesse s’assure une place au Parlement et à la tête du pays, après plus de 10 ans d’ultranationalisme, leçon d’Histoire (1). En France, on devrait, nous aussi, tirer des apprentissages de la séquence dramatique. À Trappes, la normalisation médiatique de la haine a fait un mort et cinq blessés lors d’un attentat raciste (2.). Une focale médiatique qui rend également les revendications de jeunesse inaudibles. La région Grand Est est plus que sourde à ses jeunes : Elle enchaînait les coupes budgétaires envers les missions locales mais a carrément mis fin à son soutien financier aux jeunes en insertion (3.).

1- De la rue au Parlement : la Gen Z serbe prend le pouvoir
Dimanche 25 octobre a marqué un tournant inédit dans l’histoire de la Serbie. Après deux ans d’intensives contestations de jeunesse, ça y est, le président Aleksandar Vučić démissionne. La foule est de sortie dans les rues de Belgrade alors que la “Liste étudiante” a remporté les législatives aux élections anticipées avec 52% des voix et entend bien siéger au Parlement. Lassés d’attendre une entrée à l’Union européenne, les étudiants serbes mettent la main à la patte depuis deux ans pour préserver la démocratie. Leurs mobilisations ont débuté après le 1er novembre 2024, alors que le pays est secoué par la tragédie de l’effondrement de la gare de Novi Sad, qui a fait 16 morts.
Partout en Serbie, les étudiants dénoncent la corruption du gouvernement et sa responsabilité dans la dégradation des structures publiques. Les facultés sont bloquées, le mouvement étudiant prend peu à peu de l’ampleur et devient un véritable contre-pouvoir à l’État. Les jeunes fondent même leur propre liste électorale, la Liste étudiante. Face à des médias complaisants du régime autocrate, ils et elles relèvent le pari d’une campagne de terrain, à vélo ou à pied, auprès des villages isolés.
Une stratégie qui paie, puisque le dernier meeting de la Liste étudiante rassemble 150 000 personnes. Autre exploit des étudiants, la participation aux élections législatives grimpe de 12% entre 2023 et 2026, d’après Le Courrier des Balkans. Un mouvement sans chef unique, encore fragile sur son programme mais pas sur sa démarche de réappropriation de la politique. Une belle preuve que l’engagement dans les rues peut s’achever dans les urnes.

2- La normalisation médiatique de l’extrême droite tue
Une marche blanche en l’honneur de Pengo Bossio Wangi s’est déroulée dimanche 25 octobre à Trappes. Le jeune espoir du MMA français, âgé de 26 ans a été tué vendredi 23 octobre lors de l’attentat raciste et islamophobe à Trappes et La Verrière (Yvelines). L’aboutissement d’une escalade de haine à laquelle les médias ne sont pas étrangers. Aussitôt arrivées sur place, les équipes de CNews et BFMTV sont d’ailleurs huées et expulsées par la foule venue se recueillir.
« Quand les victimes sont les nôtres, on minimise. Quand nous sommes accusés, on dramatise », explique un intervenant sur le traitement médiatique à deux vitesses de ces événements, selon le Bondy Blog. En parallèle, le 24 octobre, à Nice, Montpellier et Rouen, des militants d’ultradroite s’en prennent à des cortèges de manifestants. Parfois même devant la police et en toute impunité rapporte Blast. Toujours samedi dernier, malgré 30 000 manifestants aux portes de leur congrès à Orléans, Jordan Bardella est réélu à 99% par le RN, et ce malgré ses nombreux propos antisémites, sans faire sourciller les médias Bolloré.
Pour Mediapart, cette violence médiatique explique, pour beaucoup, celle de la rue. La décomplexion des radicaux d’extrême droite ne relève pas de simples faits divers. Elle est encouragée par les discours des éditorialistes et politiques, l’extrême droite en tête, sur les chaînes d’info en continu ces derniers mois de mobilisation. Le média indépendant souligne dans sa dernière enquête à quel point ils et elles propagent des discours racistes, xénophobes et islamophobes à de larges audiences sur des chaînes comme CNews, LCI, RMC. Qui pour les arrêter ?
Dans un communiqué du 22 octobre 2026, l’Arcom, autorité régulatrice de l’audiovisuel, gronde (gentiment) les chaînes et appelle à « la plus grande vigilance » dans le traitement des dernières mobilisations citoyennes. Elle avoue avoir été saisie de multiples fois et assure qu’elle étudiera plusieurs des séquences signalées pour sanctionner, s’il le faut, les chaînes visées. Sans trop approfondir sur les sanctions en question. L’Arcom a pourtant le pouvoir de distribuer des amendes, de mettre en demeure les chaînes, voire carrément, de suspendre des chaînes télévisées. Comme elle l’a fait avec C8, qui a perdu sa fréquence sur la TNT le 28 février 2025, rappelle Public Sénat. Mais il faudra plus que des remontrances de l’Arcom, pour arrêter la propagation des idées d’extrême droite sur les chaînes d’info en continu. Et surtout les violences, parfois meurtrières qui en découlent.

3- La jeunesse du Grand Est lâchée par sa région
Côté français, alors que les mobilisations lycéennes battent leur plein, la région Grand Est coupe des aides essentielles aux missions locales. Des structures qui aident pourtant les jeunes à s’insérer correctement dans le monde professionnel. « Ils vont devenir des invisibles », alerte Houria Khatir, employée à la mission locale de Strasbourg pour Rue89 Strasbourg. Depuis deux ans, la région Grand Est, l’État et les collectivités territoriales enchaînent les coupes budgétaires dans les missions locales.
En 2025, la région supprimait déjà 43% de ses subventions. Aujourd’hui on peut compter un conseiller pour 140 jeunes à la mission locale de Mulhouse. Une des conséquences directes : les ateliers d’insertion à l’emploi se raréfient et passent de 250 par mois à une soixantaine. Un véritable coup de massue qui achève une jeunesse soucieuse et mobilisée depuis septembre 2026 pour un meilleur accès à l’éducation et à l’emploi. Surtout les jeunes ruraux éloignés des grosses antennes.
Du côté de chez MOB

Cela peut sembler bien loin de l’actualité politique des dernières semaines. Et pourtant, chez MOB, on est très attachés à montrer que la démocratie se pratique partout, particulièrement au travail. Cette vidéo sur Bergère de France vient lancer une série de reportages dans des coopératives qui essaient de faire autrement. Et c’est aussi important !
“Tricot, crochet, broderie inondent les réseaux sociaux ces dernières années. Pourtant, la pratique ne date pas d’hier même si les entreprises fabricant du fil ont disparu peu à peu du paysage industriel français, lui-même en crise. D’autres, ont dû essuyer des difficultés financières, à l’image de Bergère de France transformée en coopérative, reprise par ses salarié-es, pour survivre à sa propre crise.” [LIRE PLUS]

La recommandation de la rédac

Des policiers à la fac (documentaire – 55mn – Arte)
En pleine explosion des violences policières, alors que les ACAB (All cops are bastards) sont scandés inlassablement en manifestation, interroger l’institution policière nous semble plus essentiel que jamais. Surtout de l’intérieur ! C’est le sujet de ce court documentaire de Pierre Chassagnieux et Dorothée Prud’homme à l’université Jules-Verne, à Amiens. Des gardiens de la paix y apprennent la sociologie et rédigent de courts mémoires pendant un an, sur volontariat/sélection. Des profils critiques de leur travail, des violences commises et subies, de leur rapport corporatiste à leur métier, comme de leur obéissance à l’Etat.
Autant de questionnements qui peuvent, normalement, parcourir les milieux universitaires ou militants mais rarement les forces de l’ordre. Pas en public en tout cas. Parlants, humains, parfois touchants, ces agents qui s’interrogent montrent, bien loin du traitement habituel du travail policier, l’importance de l’éducation et de la formation dans une potentielle réforme de l’institution.
A bientôt, et surtout, prenez soin de vous,
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L’équipe MOB (Nour Kheloufi et Elliot Clarke)

