A voté, l’association qui débugue l’abstention – 24/02/26
Face à des taux d’abstention records, l’ONG A Voté multiplie les actions de terrain pour lever les obstacles administratifs et raviver la participation citoyenne. À l’approche des Municipales 2026, l’association intensifie son travail dans plusieurs « villes clés »pour éviter un nouveau décrochage démocratique.

Si l’abstention peut être un choix, elle est souvent subie. C’est de ce constat qu’est née l’association A Voté en juin 2021, au lendemain des élections régionales et départementales, qui ont connu l’un des plus haut taux d’abstention sous la Vème République – autour de 66%, soit deux électeur·rices sur trois qui se sont abstenu·es. Objectif de l’ONG : lever les freins à la participation électorale, qu’ils soient institutionnels ou citoyens.
À l’époque, si la crise sanitaire et sociale liée à l’épidémie de coronavirus joue un rôle conséquent, d’autres facteurs entrent en jeu : une lassitude des Français·es vis-à-vis du débat démocratique, l’affaiblissement des partis traditionnels, ou encore « une fragmentation des opinions et des sources d’information », relève le site Vie-publique.fr.
Mais le blocage est aussi administratif : la mal-inscription concernait 7,7 millions de personnes lors de la Présidentielle de 2022, soit 16,5 % des électeur·rices, selon l’Insee. Ils étaient inscrits dans le mauvais bureau de vote, généralement en raison d’un déménagement ou d’un changement d’adresse. Parfois, les gens ne sont pas inscrit·es – tout court – sur les listes électorales (2,9 millions en 2022). Alors A Voté a fait le choix de lutter contre ces « bugs démocratiques », qui restreignent le droit de vote de nombreuses personnes.
Toc, toc… Tu votes ?
Les modes d’intervention de l’association reposent sur trois piliers : le plaidoyer pour des ajustements législatifs – auprès de ministres, députés ou maires ; des expérimentations – des partenariats avec des entreprises comme Tinder ou Meta pour inciter leurs utilisateur·rices à aller voter ; et des interventions auprès des citoyen·nes – via du porte à porte dans des quartiers populaires, des résidences étudiantes ou encore des foyers de jeunes travailleur·ses, ou des actions de sensibilisation en pied d’immeuble ou dans la rue.
« Le porte à porte, c’est le meilleur endroit pour mener une conversation, souligne Clémence Pène, co-présidente de l’ONG et experte en participation citoyenne au sein de l’Agence française de développement (AFD). Mais pour toucher les plus jeunes, ça peut aussi se faire dans des festivals de musique, des bars, des universités… Celle d’Aix-Marseille (AMU)vient par exemple de lancer une grande campagne contre la mal-inscription. On aimerait dupliquer cette initiative avec la Sorbonne. »
Aux Municipales de 2020, « on a eu jusqu’à 71% d’abstention par endroit, mais on n’a pas l’impression que ça traverse le mur du son dans les médias »
MOB avait suivi A Voté dans un quartier fortement abstentionniste de Villeurbanne, près de Lyon, en décembre 2023. Des bénévoles étaient partis à la rencontre des habitant·es pour les informer et les sensibiliser sur leur situation électorale, avant le scrutin européen de juin 2024. Pour chaque action menée par les passant·es (vérification de son inscription, mise à jour de son adresse postale…), des tickets de tombola leur étaient offerts, leur permettant de gagner des places de spectacle ou d’événement sportif. « L’idée, c’est de rendre la démarche un peu plus festive, pour amener de la joie et du dynamisme dans le quartier », racontait alors Robin Le Priol, membre de l’association.
Si cette initiative peut sembler chronophage, « cibler les populations peu familières de l’engagement citoyen peut avoir un impact important sur les résultats », explique Clémence. Au début des années 2010, les professeurs Jean-Yves Dormagen ou Céline Braconnier ont aidé 30 000 personnes à s’inscrire sur les listes électorales. Plus de 80 % d’entre eux ont voté à la Présidentielle de 2012.
Objectif Municipales !
Aux Municipales de 2020, « on a eu jusqu’à 71% d’abstention par endroit, mais on n’a pas l’impression que ça traverse le mur du son dans les médias », déplore Clémence Pène. Alors, en vue des élections de 2026, A Voté met le paquet sur ses actions de terrain, en ciblant des « villes clés ». « On les sélectionne en croisant les datas : renouvellement de la population, nombre de jeunes, risque pour la ville de passer à l’extrême-droite… »
Des formations sont ensuite organisées auprès de citoyen·nes volontaires, en présentiel ou en ligne, afin de permettre au plus grand nombre d’appréhender les enjeux électoraux et de se saisir des techniques et outils pour passer à l’action. Si l’ONG fait « le pari de la décentralisation » en visant d’autres grandes villes que Paris, comme Marseille, Grenoble ou Laval, Clémence reconnaît qu’il est « beaucoup plus difficile d’aller couvrir des zones rurales, moins desservies », du fait du manque de moyens dont dispose l’association.
Cet article fait partie de la rubrique « République en chantier » de notre magazine papier (hors série) sorti en février.
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Mais pour accroître sa force de frappe, celle-ci a noué des partenariats avec certaines villes, et avec l’Association des Maires de France (AMF). Elle souhaite également mobiliser des structures de l’hyper local, comme des centres d’action sociale ou même les PMU. Et à l’inverse, avec des grandes entreprises comme La Poste ou l’Oréal, afin que celles-ci mettent un rappel dans l’agenda de leurs salarié·es pour les inciter à aller voter. « Les acteurs privés sont très mal à l’aise avec la démocratie, sauf Bolloré, s’amuse Clémence. Mais on essaye d’engager des conversations sur le contrat civique, parce que tout collaborateur est un citoyen. »
Le plan procu comme plan d’attaque
En tout cas, « on ne veut pas revivre la même panique démocratique que durant la période des législatives de 2024 », plutôt précipitées qu’anticipées, sans que les citoyen·nes n’aient vraiment le temps de s’organiser pour aller voter. « On avait mis le paquet sur la procuration », se souvient Clémence. L’ONG avait alors relancé son site PlanProcu.fr pour l’occasion, afin de mettre en relation des personnes souhaitant faire une procuration et d’autres étant disposées à la prendre.
Elle a par ailleurs longtemps plaidé pour un recours facilité à cet outil démocratique important. « Parfois, en zone rurale, tu ne [pouvais]faire une procuration qu’à la gendarmerie, peut-être ouverte une fois par semaine, explique la co-présidente de l’asso. Puis beaucoup de gens n’ont pas envie d’aller au commissariat, notamment les jeunes. » En novembre 2025, le ministère de l’Intérieur a annoncé généraliser à tous les scrutins « la possibilité d’établir et de résilier de façon entièrement dématérialisée sa procuration, grâce à l’usage de l’identité numérique France Identité ». De quoi booster l’usage de la procu ?
Après les Municipales de mars 2026, vient la Présidentielle de 2027. L’ONG espère conserver sa communauté de bénévoles, plus de 200 actuellement à travers la France, voire la faire grandir afin d’inverser la tendance abstentionniste. « C’est spécial comme rythme, parce qu’on oscille entre des périodes d’ultra mobilisation et celles où le sujet des élections n’intéresse plus personne, sourit Clémence. Mais c’est surtout un combat sans fin. » Un combat qu’A Voté compte mener jusqu’au bout, porte après porte, vote après vote, pour que chaque voix soit entendue.
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Clément Aulnette, Raphaëlle Vivent, Elliot Clarke
Légende photo : L’ONG A Voté a organisé une formation pour « faire reculer l’abstention » lors des municipales 2026, auprès de citoyen·nes bénévoles, le 22 novembre 2025 au théâtre de la Concorde. © Clément Aulnette

