Cannes, Mbappé, Ruffin : la Culture fait sa politique – 19/05/26
On a parfois l’impression que le monde culturel est déconnecté des enjeux politiques et sociétaux. Les coupes dans les budgets publics (-42% en 2025 nous dit Rue89 Strasbourg), les rachats de maisons d’édition (Grasset récemment) ou de distributeurs (UGC) par des milliardaires aux idéologies problématiques, ça réveille ! Cette semaine, c’est dans l’art et le sport qu’on lance la résistance face à la vague RN, à un an de la Présidentielle. Et il était temps.
Le Festival de Cannes permet de mettre en lumière une tribune pour Zapper Bolloré (1.) Des signaux positifs de sursaut et d’autres, plus inquiétants, de représailles de la sphère d’extrême droite. Contrecoups que subit également Kylian Mbappé après ses critiques sur le RN (2.). Heureusement, Ruffin va nous sauver en BD (ou pas, voir 3.) et l’été promet d’être festif et militant (4.).
Du côté de chez MOB, on a fini de monter la vidéo de notre événement au Point Ephémère avec des constats alarmants, des solutions citoyennes et des gens passionnants. Si vous n’étiez pas là, ça devrait vous plaire ! On a aussi essayé de penser nos recommandations en connexion avec toutes ces réflexions. Ce sont :
Les actus de la semaine

1- Tapis rouge, liste noire
600 artistes ont signé une tribune le 11 mai contre l’emprise de Bolloré sur le cinéma français. A la veille du festival de Cannes, c’était osé. Et ça a fait son petit effet sur le tapis rouge raconte Libération. Grèves d’applaudissements à la vue du logo Canal, badges “Zapper Bolloré”.
Une mobilisation qui n’a pas plu à Canal + qui a, par l’intermédiaire de Maxime Saada, annoncé ne plus vouloir travailler avec les signataires/artistes engagés. En 2026, critiquer Bolloré suffit donc à se faire censurer.
De son côté, Gilles Lellouche botte en touche quand on lui pose des questions sur la montée de l’extrême droite, lors de la promo d’un film sur Jean Moulin, ça craint.

2- Mbappé : capitaine, mon capitaine
Le sport n’est pas non plus épargné par cette année qui s’annonce très politique. Surtout quand on s’attaque au rassemblement national et à l’extrême droite montante en France. Kylian Mbappé en fait les frais après une interview dans Vanity Fair.
A la Zidane, il y critique frontalement (vous l’avez ?) le parti d’extrême droite et le danger de son arrivée au pouvoir en 2027. Quand on vient de Bondy, et vu les propos de ce parti politique sur les banlieues, l’immigration et le racisme décomplexé de leurs élus locaux, on comprend. Carton rouge pour le RN qui invective le joueur relaie l’Humanité. A l’image du monde du cinéma, le milieu sportif interroge aussi l’impact et la pertinence de telles prises de positions, surtout à la veille de la coupe du monde 2026. En même temps, la Présidentielle c’est dans un an, on n’est plus à l’entraînement là.

3- Ruffin, la BD qui tâche
C’est en bande dessinée que Ruffin fait son plaidoyer de campagne présidentielle. Et ça ne donne pas une super image : les réseaux et partis de gauche (surtout à LFI) se déchaînent depuis quelques jours face à ses planches problématiques. Exemple, une femme noire déformée par la colère en conflit avec des policiers “désagréables” sont sauvés de leur altercation par un Ruffin généreux et conciliant.
Bon, ce que Ruffin nous dessine dans Picardie Splendor c’est surtout sa ligne politique relève Mediapart : celle d’un homme de gauche qui cherche à ratisser au RN les « fâchés pas fachos”, en invisibilisant les discriminations, le racisme et la violence systémique subies par les dominé-es. Il suffirait de se parler ? Si seulement c’était vrai… Ruffin, lui, risque de peiner à rassembler.

4- Festivals d’été : du son et des idées
On continue en musique avec la cartographie de Vert sur les festivals engagés de l’été. L’histoire de montrer qu’on peut militer en joie et en musique. Des festivals : indépendants, qui sensibilisent voire mobilisent aux enjeux sociaux et environnementaux et appliquent eux-mêmes une sobriété écologique.
72 pépites sont recensées : On conseille, entre autres, Pete the Monkey (juillet), le Cabaret vert (fin août) ou les murs à Pêche dès ce week-end à Montreuil (93). Spéciale dédicace à Convivencia, festival itinérant en Occitanie !

Du côté de chez MOB

Institutions, contre-pouvoirs, travail : comment, vraiment, faire démocratie ? – Table ronde
Pour le lancement de notre magazine papier (hors-série à tirage limité hein, on se lance pas encore dans la presse écrite !), on a fait une grande soirée démocratique au Point Ephémère à Paris le 7 avril dernier. Un déroulé et des échanges passionnants au rythme de nos rubriques.
- La nécessaire réforme de nos institutions et les enjeux de réelle représentation politique avec Loïc Blondiaux, Julie Reynard (Fréquence Commune) et Ayodele Ikuesan (Démocratiser la politique).
- La défense des contre-pouvoirs associatifs, médiatiques, citoyens avec Moyra Oblitas (Maison des lanceurs d’alerte).
- La gouvernance au travail, les coopératives d’intérêt collectif (SCIC) et donc l’horizontalité pro avec Béatrice Delpech (Enercoop / Les Licoornes).
Première édition d’un rendez-vous qu’on aimerait plus récurrent pour, ensemble, réfléchir à comment jouer collectif. On vous demande bientôt votre avis sur ces questions. En attendant, notre article sur la soirée est ici.
Les recommandations de la rédac
Quartiers populaires : tenir, lutter, transmettre (podcast)
LSD signe une nouvelle pépite (on est fans) avec cette série en 4 épisodes qui raconte, en vécus et en mémoire, l’incroyable foisonnement des luttes collectives en quartier populaire.
De Roubaix à Marseille, cette malheureusement nécessaire créativité politique des classes populaires donne des pistes et confirme ce que disaient les intervenantes de notre soirée : les gens s’engagent, c’est la classe politique qui les ignorent.


Mondes postcapitalistes (lecture)
Pas de fatalité chez MOB, ni à notre soirée où Loïc Blondiaux nous a suggéré la lecture de ce livre. Un condensé de voies à tracer pour dépasser le capitalisme et toutes ses attaques à nos régimes démocratiques.
80 auteur-ices livrent ici, sans naïveté ou douce rêverie, leurs idées pour imaginer l’après. Un monde à faire advenir car il ne viendra pas seul.
En attendant, prenez soin de vous et à très vite,
L’équipe MOB

