Syndicats en danger, travailler autrement, raconter les masculinités

Cette semaine il fait chaud dans toute la France… pour le syndicalisme ! C’est du moins l’édito de Pierre Jacquemain dans Politis. Et il n’a pas tort. Sophie Binet a été mise en examen pour avoir défendu une travailleuse syndiquée de Tefal en “guerre” contre les Pfas (polluants éternels dans son entreprise ; et nos poêles…). Les syndicats enseignants alertent sur l’état de l’école française, dans le plus grand silence politico-médiatique. Côté loi d’urgence agricole, on critique fort, et de tous bords syndicaux, mais seront-ils écoutés ? Chloé*, elle, a été interdite d’exercer au Festival de Cannes pour son activisme écolo, malgré le soutien des syndicats. Le symptôme d’attaques acharnées envers ce contre-pouvoir démocratique essentiel et le bien-être des travailleur-ses/citoyen-nes.

Ce sont pourtant ces mêmes syndicats qui, tout au long du XXème siècle, ont aidé à gagner de nombreux droits sociaux. Et c’est aussi ces victoires qui sont attaquées depuis quelques années. C’est ce que nous racontait Mathilde Larrère dans un article publié récemment dans notre magazine et sur notre site. De quoi méditer par 34°…

Le taux de syndicalisation atteignait 30% en 1945, il est aujourd’hui sous la barre des 10%, une chute qui s’accompagne d’attaques aux acquis sociaux du siècle dernier.

« Les syndicats sont nés avant d’être autorisés », se plaît à dire Mathilde Larrère, historienne et autrice du livre « On s’est battu·es pour les gagner », un livre qui retrace l’Histoire de la conquête des droits en France. Ces organisations participent activement à la vie démocratique et aux luttes sociales, en manifestation ou dans le cadre professionnel.

Les 5 semaines de congés payés, la semaine de 35h (et la journée à 8h), le dimanche férié sont quelques-unes de leurs victoires historiques.

Le XXème siècle était syndical

Plus récemment, même après que la retraite soit (re)passée de 62 à 64 ans, ils n’ont rien lâché et continuent de négocier avec les gouvernements successifs. En France, le monde du travail ne ressemblerait en rien à ce que l’on connaît sans la mobilisation des syndicats au XXème siècle. Seulement, « ce n’est plus vraiment quelque chose que l’on apprend à l’école », déplore Mathilde Larrère.

Un triste constat. D’autant que depuis les années 90 et l’infusion mondiale du néolibéralisme, ces organisations, et les droits sociaux gagnés, sont en danger.

Travail atomisé, luttes éclatées

Les politiques au pouvoir ciblent les droits syndicaux et certains acquis sociaux. Ils s’attaquent pour cela à trois leviers : ils réduisent les instances de représentation syndicales, et donc indirectement, les personnes syndiquées. Ils mettent en concurrence les délégués et le reste des salariés en donnant plus de travail à ces derniers. Un phénomène amplifié par l’« atomisation du travail ». Une explosion des micro-entreprises et une multiplication des CDD qui fragilisent ces organisations syndicales. C’est donc sans surprise que, depuis les années 1990, ces syndicats connaissent un taux d’adhésion de plus en plus faible : autour de 10% aujourd’hui.

Et alors que les plus de 50 ans sont 14,7% à adhérer à un syndicat, chez les moins de 30 ans, on est seulement à 2,7%. Des chiffres alarmants et pourtant passés inaperçus. Alors que pour Mathilde Larrère, « un régime qui ne reconnaît pas les droits syndicaux n’est pas une démocratie ».

Perrine Bontemps (vidéo), Justine Kouassi (article), Alice Dhinaut (Infographie)

Travail : et si l’avenir c’était les coopératives ?

Notre sujet de la semaine n’évacue pas la nécessité de syndicats respectés et “adhérés”. Mais peut-être que changer nos structures entrepreneuriales (et politiques) réduirait leurs problèmes de gouvernance, stratégique et fonctionnelles ? C’est du moins le sujet de plaidoyer des Licoornes, un réseau de coopératives (en SCOP ou en SCIC) dites “de la transition”.

Leur constat ? Comme les citoyens en politique, les salariés n’ont que peu d’impact sur les choix stratégiques (entreprise ou Etat, même combat). Un autre modèle est pourtant possible, plus horizontal, moins axé sur le profit, donc plus “écologique” et existe déjà dans des milliers de coopératives comme celles du réseau des Licoornes. Chahin Faïq nous raconte leur tentative de généraliser ce modèle économique alternatif encore méconnu. [LIRE LA SUITE]

Makesense x Politis interroge les mouvements de jeunesse

En crise mais pas défaitiste, le milieu associatif s’interroge sur son avenir. Du moins chez Makesense en essayant d’outiller associations et militant-es. Avec, comme focale, l’élection Présidentielle très risquée qui attend la nébuleuse des gens engagées pour le vivre-ensemble.

Donc si vous êtes à Metz et que vous voulez discuter de tout ça, partager vos bonnes pratiques et faire front commun, c’est le 4 juin. En plus, c’est Politis qui anime, classe.

Half man (série HBO)

Richard Gadd revient après Mon petit renne avec une mini-série toute en réflexion sur la masculinité toxique. La relation entre deux frères bien bien red flag qui s’envenime sur plus de 30 ans. Les femmes en tampon…
Gênant, drôle, terrifiant, réflexif et assez bien ficelé malgré quelques détours scénaristiques un peu trop appuyés. On valide (le propos, pas les comportements hein !)

L’être aimé (cinéma)

Dans la même veine réflexive sur le comportement des hommes, c’est la figure du père qui est interrogée dans le film de Sorogoyen.

L’histoire d’un homme qui veut se faire pardonner ses erreurs, celles de son genre, celui des hommes qui dominent et imposent plutôt que co-construisent.

Javier Bardem implacable de justesse. Bon film et à la semaine prochaine. Prenez soin de vous,

L’équipe MOB