Transparence, intégrité, fraude sociale et Duralex

Cette semaine, ça sent l’abus de pouvoir de partout, et donc les besoins de contrôler la classe politique ! C’est du moins le constat de l’AFA (agence française anticorruption) comme celui de la HATVP (Haute autorité à la transparence de la vie publique). Les affaires de corruption, détournements de fonds, conflits d’intérêts et autres délits financiers sont nombreux. Particulièrement dans la représentation nationale, chez nos élus.

On s’est dit que c’était l’occasion de mettre la focale sur cet enjeu démocratique essentiel : la gestion de l’argent public mais aussi la préservation de l’intérêt général. Parce qu’à partir du moment où on fait de la politique pour soi, ça ne marche pas pour nous autres citoyens. On verra donc ce que propose la HATVP dans son rapport annuel (1.) et les enjeux qui s’y cachent en termes de contrôle des élus. On rappellera aussi certaines affaires récentes de personnalités publiques, Jean Messiha sur le podium de l’abus… (2.). La classe politique n’est pas seule à carotter. La fraude financière est aussi fiscale et sociale. Et même si cette seconde existe, la classe politique devrait peut-être revoir ses priorités (3.). Enfin, on s’attriste de comprendre que la coopérative Duralex, reprise par ses salarié-es, est en train de capoter… et pas pour son système coopératif. (4.)

On recommande aussi une plateforme de documentaire et le livre d’un, feu, centenaire. Ainsi que la dernière vidéo MOB consacrée aux traitement médiatique des quartiers populaires et issue de notre série Révoltes. Ce sont les actus de la semaine.

1- Pas d’intégrité sans transparence

La HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) vient de publier son bilan annuel et ses recommandations pour améliorer le contrôle de la probité de nos représentants politiques. Par contrôle, on entend l’analyse de leurs déclarations d’intérêts et de potentiels conflits. Genre si vous avez des parts dans une entreprise et devenez ministre du même secteur, ça le fait pas. La HATVP vérifie aussi les mobilités pros et pointe le “pantouflage” :. ministre des transports, vous devenez ensuite PDG de la RATP (#Castex…) ? Ça pue le conflit d’intérêt, la HATVP ne valide pas, ou sous conditions.

Une institution très utile mais aux possibilités limitées. Ses agents n’ont pu étudier que 55% des 10 000 dossiers soumis en un an (ministres, élu-es des communes de plus de 20 000 habitants, députés, etc…). Faute, d’abord, de moyens financiers et humains. Mais aussi de pouvoir de sanction efficace. Et c’est au cœur des revendications de la HATVP détaille Mediacités : qu’on leur accorde plus de budget mais aussi la possibilité de sanctionner directement les non déclarations de la classe politique comme des lobbies. 

Par contre, le Projet Arcadie s’inquiète que la HATVP préconise un retour au secret des élus concernant leurs déclarations de patrimoine. Son prétexte ? Elles sont très peu consultées. L’institution sait pourtant qu’il est très difficile de le faire. A part celles des ministres, qui sont en ligne, il faut aller en préfecture, celle des circos de chaque parlementaire par exemple, pour les consulter. Et même là, vous ne pourrez rien noter ou prendre en photo. 


En parallèle, l’Agence française anticorruption (AFA) s’inquiète de la hausse des chiffres de la corruption, gardons donc plutôt un maximum de garde-fous à ces abus, non ?

2- Gouverner, c’est abusé !

Cela permettrait, par exemple, de ne pas faire traîner les multiples affaires de Rachida Dati, répertoriées sur Wikidati. Ou de lancer plus tôt la mise en examen d’Edouard Philippe pour détournement de fonds publics, avant qu’il ne soit un candidat sérieux à la Présidentielle 2027.

Le site Casier-politique.fr a, d’ailleurs, compilé toutes les condamnations politiques des dernières années, et ce sont la droite et l’extrême droite qui font podium. Même si on ne garde que les condamnations économiques. On note quand même un duo gagnant LR-PS, donc de ceux qui ont été au pouvoir ces dernières années. Coïncidence ? Je ne planque pas…


Cette semaine, c’est Jean Messiha qui a la palme de l’ignominie : le polémiste, homme politique proche de Reconquête (extrême droite de Zemmour), a volé (sauf preuve du contraire) des veuves d’agents pénitentiaires. Selon Libération, après avoir ouvert une cagnotte pour les familles endeuillées, il a tout simplement empoché plus de 40 000€ de gains, dès 2024. Attaqué par les familles en 2026, il nie en bloc, prétextant une mauvaise manipulation liée à plusieurs cagnottes. Moi, perso, si cet argent apparaissait sur mon compte, je serais au courant…

3- Fraude sociale : l’arrêt maladif

Pour ce qui est de la fraude sociale, par contre, pas de pitié. C’est du moins ce qui ressort de la loi votée définitivement le 11 mai par le Parlement. Un contrôle extrêmement renforcé des fraudes sociales qui, bien que condamnables, constituent une goutte d’eau comparée à la fraude fiscale : 5,7 milliards de “fraude aux prestations sociales + assurance maladie” et 7 autres de “fraudes des cotisations d’entreprises”. Par comparaison, la fraude fiscale est estimée à au moins 80 milliards. 

Alternatives économiques détaille cette focalisation de la loi sur la répression des abus (évidemment problématiques) des plus précaires. A l’inverse, les moyens accordés à la fraude fiscale et d’entreprise sont assez limités. Deux poids, deux mesures et une victime : le citoyen lambda.

De plus, Le Monde relève cette semaine que, même sur la fraude sociale, les calculs ne sont pas bons. Le gouvernement avait justifié sa loi, en prétextant la hausse de 45% des arrêts maladies depuis 2019. Une hausse pourtant due à l’inflation (crise économique), à la hausse des salariés du privé (baisse des services publics/postes de fonctionnaires) et aux conditions de travail des travailleur-ses français-es. Des salariés épuisés par le fonctionnement des entreprises et le recul de l’âge de départ à la retraite… défendu par le même gouvernement. La boucle est mal bouclée.

4- Duralex, la SCOP qui ne fera pas son âge…

Enfin, on a été très triste d’apprendre la potentielle faillite de Duralex. Grosse entreprise française reprise en coopérative par ses salariés en 2024 et sur le point d’être placée en redressement judiciaire relate Mediapart.

En cause : le manque de financements initiaux des investisseurs publics et privés dans le projet. Et ce, malgré le redressement des comptes ces deux dernières années. Une “sous-capitalisation” de départ par frilosité et liée au fait que l’entreprise avait été reprise par les salariés et non par un repreneur traditionnel. Un manque de confiance envers le modèle coopératif que dénonçait Chahin Faïq des Licoornes dans une de nos récentes vidéos en citant le cas de Brandt.

Qui plus est, les salariés pourtant majoritaires dans ce modèle de SCOP (au moins 51% des sociétaires) n’ont eu que peu de voix dans la gouvernance apprend-on dans l’article. François Mariano, ancien directeur de Duralex, aurait verrouillé les prises de décisions stratégiques comme les finances de la coopérative. Pas très esprit “coop” le monsieur… Un manque de démocratie interne qui a joué sur les orientations stratégiques du projet.

Le modèle coopératif est pourtant plus pérenne que celui de l’entreprise traditionnelle, encore faut-il lui donner les mêmes moyens financiers et en protéger le modèle de gouvernance horizontal pour en assurer la longévité.

Révoltes #4 – Médias : comment mieux raconter les quartiers et leurs combats ?

A l’ère de l’information, les journalistes jouent un rôle central dans le récit des luttes sociales. Doit-on parler d’émeutes (et donc de violences) ou de révoltes (et donc d’injustices) ? A qui doit-on donner la parole ? Comment ne pas raconter uniquement les débordements mais aussi leurs raisons, interroger leur légitimité, pointer les vrais responsables derrière la colère. Nnoman est photoreporter et engagé sur le récit des mouvements sociaux, des quartiers populaires et de leurs luttes. Gilets jaunes, piquets de grève, révoltes urbaines, et pour lui ça ne va pas en s’arrangeant. [LIRE LA SUITE]

Tënk : la plateforme coopérative du documentaire (films)

Vu qu’on parle de coopérative, vous connaissez Tënk ? C’est une plateforme, payante hein, mais très engagée ce qui lui vaut même un partenariat assez resserré avec Mediapart. Des contenus géniaux, entre autres, sur le militantisme ou les droits civiques.

Par exemple, Soul Kids sur une école de musique en quartier populaire à Memphis, c’est entraînant ! Ou le super Commune commune dont on avait déjà parlé et qui retrace l’expérience municipaliste citoyenne de Saillans (J-4 pour l’avoir sur la plateforme !).

Enseigner à vivre, Edgar Morin (lecture)

Il nous a quitté largement centenaire, ce 29 mai. Edgar Morin était un grand penseur du vivre-ensemble. On vous conseille son Enseigner à vivre, déjà pour sa couverture qui fait écho aux entraves festives de ces derniers jours caniculaires et footballistiques.

Mais surtout parce que Morin avait, chevillé au corps, cet essentiel attachement à l’éducation des jeunes générations. Un grand optimiste de la vitalité face aux soubresauts mortifères de l’Histoire qui se répète. Et, on en a bien besoin en ce moment. Si vous avez deux trois tips sur sa longévité, on est aussi preneurs.

Prenez soin de vous aussi, 

L’équipe MOB