RIC, ARCOM, budget participatif, tirage au sort – 18/06/26
Cette semaine, on a enfin la paix… en Iran ! Du moins, pour le moment. En France, la bataille présidentielle fait rage et de nouvelles candidatures “popent” chaque jour. Karim Bouamrane nous a bien fait rire en mélangeant banalités sur le pouvoir d’achat et “Tasty Crousty”, une potentielle candidature d’Hollande nous a filé des sueurs froides malgré la chaleur.
Nous, on a préféré se pencher sur le renouveau démocratique. Une candidature a attiré notre attention, celle de Clara Egger et son programme pro référendum d’initiative citoyenne constituant – RICC (1.). Qui dit démocratie directe dit citoyens éclairés, du moins pour bien décider. Et c’est pour ça qu’il nous faut des médias indépendants et éthiques. L’Arcom tente de trier les mauvais élèves et sanctionne CNews (2.). Enfin, c’est parfois d’en haut qu’on redonne du pouvoir citoyen, habitant et… étudiant ! L’université de Lille relance un budget participatif pour ses élèves. Qu’en feront-ils ? (3.)
Du côté de chez MOB, on envisage plutôt le tirage au sort avec un politologue spécialiste de ces enjeux. Et on clôture bientôt notre série Révoltes, le dernier épisode en ligne est dédié à l’organisation collective. Ce sont les actus de la semaine !

1- Référendums citoyens, révolution démocratique ?
Le vent se lève donne la parole à Clara Egger et Raul Magni-Berton, universitaires, politologues et fervents défenseurs du référendum d’initiative citoyenne constituant (RICC). Une longue tribune (peu sourcée dans l’article malheureusement…) empreinte de récits historiques (Révolution française, droits de votes des femmes, etc…) et d’analyses contemporaines des attentes citoyennes. Tous deux posent les bases d’une essentielle “révolution démocratique”.
Avec un tel dispositif de démocratie directe, des citoyens (700 000 dans leur idéal) pourraient proposer à l’ensemble de la population votante d’amender la Constitution. Sans vouloir effacer les institutions républicaines et la démocratie participative, ils sont tous deux persuadés que nous pourrions ainsi mieux contrôler la gestion des décisions collectives publiques par des référendums citoyens.
Pour la seconde fois, Clara Egger sera d’ailleurs candidate à la Présidentielle pour défendre ces idées. Elle n’avait pas réussi à obtenir les 500 parrainages nécessaires en 2022 mais repart au combat pour 2027 avec un parti, Solution démocratique et un projet : rendre les référendums obligatoires pour toute réforme constitutionnelle et légaliser les RICC. Si 73% des français sont favorables à l’outil (sondage Ifop – 2022), seuls 12% le considèrent comme déterminants pour une Présidentielle. Ça n’envoie pas un deuxième tour mais ça pose le sujet dans le débat politique.
2- Arcom, péril ou sauvetage en la (mise en) demeure ?
On trouve extrêmement bénéfique d’instaurer des RIC, délibératifs ou constituants, mais seulement dans un pays où les citoyens peuvent être réellement éclairés sur les sujets de société. Et cette semaine, on est en droit d’espérer un tout petit peu.
Mediapart analyse la décision de l’Arcom de mettre en demeure CNews pour non-respect des règles du pluralisme. « On ne juge pas les opinions, on se prononce simplement sur le déséquilibre manifeste et répété du pluralisme d’opinions. » dit Martin Ajdari le Président de l’Arcom pour adoucir le jugement, pourtant formel : sécurité, immigration, islam sont traités de manière biaisée (une seule opinion, plutôt très très beaucoup à droite…) sur la chaîne de Vincent Bolloré. Le contradictoire et la gauche n’apparaissent que peu ou sont tout de suite dénigrés. Enfin, le commentaire et l’opinion prévalent plutôt que l’énonciation des faits (et ça se dit journalistes…).
L’Arcom installe donc une veille pour surveiller les 4 chaînes d’info en continu (France Info, CNews, LCI, BFM) pendant toute la campagne présidentielle. Mais attention, l’Arcom a également mis en demeure Radio France quelques jours plus tôt (bien qu’ils se défendent d’une erreur technique et non éditoriale). Ce que le Figaro a préféré détailler. Un même couperet pour deux plateformes au traitement médiatique pourtant très différent… Par ailleurs, du côté des Indés, ça censure fort : l’Etat essaie de faire supprimer des enquêtes de Disclose et interdit au journaliste de Politis, Maxime Sirvins, de couvrir le salon Eurosatory (Défense, sécurité, armement) à Villepinte. On est encore loin du paysage médiatique sain…
3- Budget participatif : 100k pour sa fac, et sa citoyenneté
En attendant, ce sont parfois les institutions qui redonnent elles-mêmes du pouvoir aux citoyens. C’est le cas des budgets participatifs, dispositif intéressant mis en place dans de nombreuses villes pour laisser les gens décider de projets à financer. Même si on peut en relativiser l’engouement citoyen avec seulement 6% d’habitant-es participant à ces processus de décision. Et ce sont surtout les grandes villes qui s’en emparent. Mais, depuis quelques années, ce sont aussi des universités !
L’Etudiant retraçait en 2018, jusqu’à l’université Rennes 2, les prémices de cette tentative. L’idée est sensiblement la même que pour les collectivités : faire participer activement les étudiants à la vie de leur fac. Depuis expérimentés à Paris, Tours, Caen, Angers ou encore l’université de Lille qui se lance cette année dans sa deuxième édition.
En 2025, 32 distributeurs de protections périodiques avaient été installés et entretenus (60 000€), des permanences juridiques (20 000€) ou encore des Pass énergie (20 000€) pour alléger la facture d’une centaine d’étudiant-es. Dans leur communiqué de presse, ils disent affecter cette année 100 000€ à ce budget pour les projets étudiants proposés et ouvrir le budget participatif à l’ensemble des inscrits via une plateforme de Cap collectif.
Après une pré-sélection des services universitaires, les projets seront soumis au vote des étudiants lillois courant septembre 2026. L’occasion de leur donner envie de s’investir dans leur établissement et de les initier aux décisions collectives, hors élections.
Du côté de chez MOB

Et si le tirage au sort était une solution à nos problèmes de représentation et de participation politique ? A la crise, très actuelle, du système judiciaire comme à celle du monde du travail ? Choisir des citoyen-nes « au hasard » pourrait-il pallier à la professionnalisation politique et ouvrir des espaces de co-construction des décisions collectives ?
C’est le sujet de la courte infographie ci-dessous mais surtout de notre entretien avec Gil Delannoi, politologue, enseignant chercheur au Cevipof (Sciences Po et spécialiste des enjeux de tirage au sort. Il est revenu avec Clément Aulnette sur l’Histoire de ces dispositifs pour notre magazine papier paru en février. [LIRE LA SUITE]

Révoltes #5 – faire collectif, ça s’organise !
L’organisation de la lutte est un enjeu crucial pour les syndicats, associations, et collectifs militants, comme Action Justice Climat. Nous avons rencontré Camille Lavelle, l’une des porte-paroles du collectif citoyen fondé en 2024.
Face à des enjeux pressants et des menaces d’épuisement militant, avoir un cap et des outils précis est un atout non négligeable. Le jeune collectif s’en est vite rendu compte : s’organiser, en interne, bénévoles comme salarié-es, c’est essentiel. [LIRE LA SUITE]

Les recommandations de la rédac
Un premier long métrage fragile mais nécessaire pour Charlie Polinger. Un récit au plus près de la “pré-adolescence” masculine dans tout ce qu’elle peut avoir de violente et toxique. Des jeunes avides de nouveautés mais dont la banale cruauté mérite d’être canalisée.
Après la mini-série Adolescence et l’horreur de l’infusion masculiniste, The Plague nous invite tout aussi expressément à éduquer nos garçons et plus largement à être attentifs à nos enfants, leurs comportements comme ceux de leur entourage. Pour leur bien comme celui de “Demain”.


Hasnya, thérapie culturelle (musées éphémères)
Féris Barkat cofonde une association culturelle, Hasnya, pour se réapproprier musées, quartiers et cultures populaires au grand air. Il a organisé deux musées (éphémères) à ciel ouvert : la vue de ma mère à Strasbourg d’abord puis le week-end dernier à Laval raconte les mamans, pour petits et grands.
Un mélange de pique-nique, d’expo photo et d’écoutes de podcasts dans des voitures. Une rencontre intergénérationnelle et un espace d’écoute et de soin pour ces récits souvent minorés. Prochain happening demain, le 19 juin, à la Gaité lyrique pour l’Anticipation Festival à Paris. A suivre pour ne pas rater la prochaine édition.
En attendant prenez soin de vous,
L’équipe MOB

