Défenseur des droits, droit à mourir et droit au repos

Entre deux canicules et matchs de foot, on trouve encore le temps de vous informer sur l’actualité démocratique. Ce sera néanmoins la dernière newsletter jusqu’à la mi-août : on prend un repos, qu’on pense bien mérité, mais qu’on voulait quand même vous expliquer.

Depuis fin juillet 2025, on a publié une centaine d’articles, vidéos, infographies. Soit une publication tous les 3-4 jours. On vous a relayé les déboires (nationaux) et espoirs (municipaux) de notre représentation politique. On a raconté les contre-pouvoirs et leur nécessité pour la vitalité démocratique. On a élargi le spectre en allant chercher la démocratie au travail, dans les tiers-lieux ou la culture. On a aussi essayé de montrer que, parfois, il ne reste que la révolte face aux abus du système. Et on a fait notre premier magazine papier pour mettre tout cela en perspective.

On en est hyper fier-es, mais on l’a fait avec peu de moyens. 45 000€ sur l’année dont seulement 8000€ de notre communauté et 9000€ du Fonds pour une presse libre. Tout le reste, c’est (aussi) notre dur labeur : vidéos de communication, interventions événementielles et éducation aux médias. Ça représente presque 2 personnes à temps plein, répartis entre Elliot, Perrine, Clément et Raphaëlle. C’est beaucoup et c’est peu, c’est surtout très fatiguant pour tout le monde : pour Elliot qui jongle entre la com’ et la rédaction en chef comme pour les pigistes au statut et revenus fragiles.

C’est pour ça qu’on a besoin de repos, surtout à quelques mois d’une Présidentielle charnière pour la démocratie française. Même si Macron prépare déjà un terrain politique liberticide en nommant un nouveau Défenseur des droits problématique (1.) Rien n’est pour autant perdu, la loi fin de vie vient d’être votée malgré la levée de boucliers de ses détracteurs (2.). Si le Parlement est en vacances, choisissez bien où passer les vôtres. L’extrême droite, au pouvoir dans 62 communes depuis mars, ne porte pas la Culture et les loisirs dans son cœur… (3.) Au moins, on a “la chance” de pouvoir se reposer, contrairement aux américains, un rappel des victoires syndicales du XXème siècle (4.).

1- Un “anti-droits” comme Défenseur des droits

Le défenseur des droits est censé protéger ceux qui ne sont pas respectés et ainsi assurer l’égalité de toutes et tous. Une mission tenue depuis 6 ans par Claire Hédon vient d’être attribuée à une personnalité qui inquiète la société civile, alertait cette semaine Mediapart.

François-Noël Buffet est un sénateur Les Républicains (LR) et le “poulain” d’Emmanuel Macron pour ce poste “indépendant”. Il s’est, entre autres, illustré en s’abstenant dans la constitutionnalisation de l’IVG. Il s’est opposé à certains droits des femmes, contre le mariage pour tous et contre l’AME pour les immigrés en situation irrégulière. Il a aussi suggérer de destituer Rima Hassan, députée européenne LFI, de sa nationalité française.

100 000 pétitionnaires se sont positionnés contre la candidature de Mr Buffet. Des dizaines d’associations et des agents (anonymes) du Défenseur des droits s’en inquiètent. Pourtant, ce 21 juillet, le Parlement a voté sa nomination. Une voie inquiétante pour une institution administrative censée protéger citoyens, lanceurs d’alerte, minorités ou militant-es attaquées.

2- Fin de vie, fin de parcours législatif

Une convention citoyenne, deux ans de travail législatif, des allers-retours et amendements interminables plus tard et voilà : la loi fin de vie a été votée. Elle permet à toute personne française majeure, atteinte d’une maladie incurable, en terribles souffrances mais lucide de demander une procédure d’aide à mourir médicalisée.

Une loi difficile à voter tant les enjeux éthiques et humains sont complexes. Plébiscitée par les citoyens de la convention initiée par Emmanuel Macron, remaniée depuis, elle est toujours contestée par la droite qui tente une dernière cartouche : la saisie du Conseil constitutionnel. Ses détracteurs s’inquiètent d’un “délai de rétraction” de seulement 48h des patients demandeurs de cette procédure d’assistance à mourir.

Les Surligneurs détaillent ce qui est réellement dit dans la loi. Un texte bien loin des cris d’alerte d’une partie de la classe politique réfractaire à ce droit pourtant déjà légalisé en Espagne, Portugal ou Belgique. Sans abus des médecins ou citoyens… preuve qu’il faut faire confiance aux professionnels et aux gens qui souffrent ?

Cartographie © Stpo / Basta!

3- Le RN contre la Culture avant l’été

Basta! a sorti une carte bilan des 100 jours pour les communes passées à l’extrême droite aux Municipales de mars dernier. Les listes élues sont fidèles à celles de leur parti déjà élues lors du précédent mandat, que nous avons détaillé pendant la campagne avec Mediacités : attaques des associations, détricotage des services publics, ciblage de minorités et du monde de la culture.

Le dernier volet est particulièrement flagrant au début de la saison et des vacances estivales. A Castres, la pièce d’Alexis Michalik Passeport est annulée par les nouveaux élus RN. Une histoire d’exil qui ne plaisait pas à l’extrême droite locale qui préfère célébrer Jeanne d’Arc… A Carpentras, c’est un festival de court-métrages qui est supprimé. Enfin, à La Flèche, fini les concerts gratuits organisés par l’association Le Carrois chaque été. En cause : une baisse de 60 000€ de subventions de la nouvelle municipalité et la suspension du prêt d’un appartement pour loger les artistes invités.

Après l’été, il faudra encore tenir au moins 5 ans dans ces villes d’extrême droite… à méditer avant la Présidentielle ?

4- Congés payés, “make america en vacances again” ?

En France, on a réussi à légaliser 5 semaines de congés payés, les 35h, des RTT, et globalement le droit au temps libre. Des combats menés au XXème siècle par les syndicats comme nous l’expliquait Mathilde Larrère, historienne. Ce n’est toujours pas le cas aux Etats-Unis, pays dit “développé” qui ne garantit aucunement à son peuple le droit au repos. Hamilton Nolan est reporter et spécialiste du travail américain et le raconte dans un long entretien pour Socialter. Il retrace les manœuvres politiques pour y précariser tout un tas de métiers et éviter la syndicalisation des travailleurs.

Il y explique aussi que l’arrivée de l’IA ouvre la possibilité de repenser l’organisation du travail dans un pays qui ouvre grand les bras à ces nouvelles technologies, au péril de millions d’emplois. Il définit ainsi le rôle des syndicats : “te rendre du temps libre”.

Du côté de la France, on devrait aussi s’atteler à garder ces congés qu’on a gagné en 1936. The Conversation replonge dans ces premières semaines d’oisiveté pour les ouvriers bretons du début du XXème siècle. Zones de repos à défendre.

Festival Déclic : acculturer les créateurs de contenu à parler démocratie

Sur invitation de Coop-médias, Clément de MOB a co-animé un temps d’échange aux côtés de Streetpress et Blast au Festival de On est prêt. Un rendez-vous annuel où les créateurs de contenus se sensibilisent et/ou se forment à des enjeux de société.

Cette année, à quelques mois de la Présidentielle, c’est la démocratie qui était au centre des échanges avec associations, mouvements, médias pour aider ces “influenceurs” à mieux le raconter.

Révoltes : une série pour comprendre le passage à l’acte

Entre le réchauffement climatique, les méfaits politiques et la hausse des inégalités, la colère enfle partout en France. Surtout chez les plus jeunes, en proie à beaucoup d’éco-anxiété et d’angoisses, légitimes, pour leur futur. Mais alors, que faire ? Doit-on se révolter mais surtout comment ? Notre série, publiée ces derniers mois, interroge ces leviers aux mouvements sociaux : gilets jaunes, écologistes, quartiers populaires ont pris la rue pour retrouver un peu de dignité ou juste se faire entendre et les raisons à ces soulèvements sont nombreuses. 5 épisodes pour tout comprendre en attendant l’ultime volet à la rentrée. [LIRE LA SUITE]

Festival Oasis : la rencontre des écolieux.

En vrai, on vous conseille surtout de prendre du temps pour vous, vos proches, de respirer si vous le pouvez, loin des thématiques démocratiques parfois énergivores.

Mais si vous voulez faire la fête ET vous engager, la coopérative Oasis vous attend au château de Fey en Bourgogne du 1er au 4 août. 

On va avoir besoin de ces espaces collectifs et écologiques dans les années à venir, autant commencer à les comprendre.

De notre côté, on lève le pied loin des enjeux collectifs. Mais on revient vite, chargé-es à bloc pour relancer la machine, à commencer par une nouvelle soirée MOB au Point Ephémère le 29 septembre ! Au cas où vous voudriez déjà réserver la date !

En attendant prenez soin de vous,

L’équipe MOB