Lycéens, pompiers, activistes climat : la semaine des colères

Cette semaine est placée sous le signe des revendications. Et la colère qui nous a le plus alarmée est celle de Jordan Bardella. Les révélations de Mediapart sur son antisémitisme “de jeunesse” l’ont foutu en rogne. Et, avec lui, tout le Rassemblement national. Difficile d’évacuer la “brebis galeuse” quand c’est ton président de parti. Alors, l’histoire de montrer un peu plus son visage autoritaire, on s’attaque à la presse, et on la menace. Mediapart devrait “enfiler son costard en kevlar” selon Marine Le Pen. Un gilet pare-balle, rien que ça… inquiétant, non ? On conseille plutôt à Bardella un Xanax et surtout un retrait de la vie politique…

Côté colères légitimes et populaires, on ne peut pas ignorer nos jeunes descendus dans les rues depuis quelques jours pour défendre leur système éducatif, en crise, et leur avenir (1.). Une mobilisation qui fait suite à celles des pompiers, des militants Climat et d’agriculteurs en colère. Résultat d’un été sous le signe du réchauffement climatique et du mépris social (2.). Comment faire converger ces combats mais surtout en résoudre les problèmes soulevés et complexes ? 150 citoyen-nes se sont attaqués aux grands dilemmes de notre société pour trouver Un commun accord lors d’un premier week-end de travail (3.).

1- Mobilisations lycéennes : “On veut notre bac, pas la BAC”

Des jeunes de presque 1 000 établissements scolaires, dans toute la France ont bloqué l’accès à leur lycée depuis le 29 septembre. Un mouvement qui a émergé au lycée Saint Exupéry, à Créteil, le 17 septembre. Avec des revendications très concrètes depuis reprises dans toute la France lit-on, entre autres, dans Rue89 Strasbourg : des nécessaires rénovations de bâtiments, un manque criant d’enseignants, des classes surchargées, des infirmeries dysfonctionnelles ou des cantines à la dérive. Globalement, ces jeunes, scolarisés dans le public, beaucoup en quartiers populaires, veulent plus de moyens pour leur éducation. 

Ce à quoi le gouvernement a décidé de répondre par la répression policière, comme souvent lors des mobilisations de ces dernières années. Le cas d’Eden, lycéen de Saint-Ouen l’Aumône, a beaucoup fait parler. Le Bondy blog retrace son altercation avec la police, son coup de pied au policier agressif et surtout le tir tendu de grenade directement dans sa bouche… une violence policière illégale et impardonnable. Un acte loin d’être un cas isolé : une jeune fille s’est « également faite étranglée à Alençon. Trois enquêtes auprès de la police des polices (IGPN) sont déjà ouvertes précise l’Humanité.

Voyant que syndicats et étudiants se mettent à rejoindre le mouvement, qui prend de l’ampleur, le ministre de l’éducation tente l’ouverture d’une plateforme de concertation. Les syndicats seront également reçus ce vendredi au ministère. L’enfumage est osé tant le constat est pourtant criant et crié par nos jeunes : “On veut notre bac, pas la BAC”…

2- Pompiers, activistes, agriculteurs : à quand la convergence “socioclimatique” ?

Les jeunes n’étaient pas les seuls à se mobiliser ces derniers jours. Les pompiers de toute la France sont descendus dans la rue, fait rare, pour réclamer plus de moyens et de meilleures conditions de travail. Politis a suivi, en photos, cette journée. Leur exaspération fait suite aux incendies qui ont ravagé plus de 100 000 hectares cet été, et à leur travail titanesque. Un effet direct du réchauffement climatique qui assèche nos forêts et les fragilisent mais aussi du peu de moyens qui leur sont accordés.

C’est aussi pour un réveil écologique et social que se sont mobilisés 130 000 personnes le 26 septembre. Reporterre a laissé la parole aux manifestant-es outrés du manque de place accordé à ces thématiques dans les débats budgétaires et présidentiels.

Idem du côté des agriculteurs qui subissent de plein fouet la sécheresse estivale et se sentent abandonnés par l’Etat. Seulement 500€ d’aide par exploitation alors qu’ils manquent de fourrage et de trésorerie. C’est ce dont se plaint une agricultrice membre des Jeunes Agriculteurs de l’Allier (JA03) dans La Montagne pour expliquer leur mobilisation à venir. L’écologie est au cœur de tous ces combats. Eparpillés, comment les faire converger pour mieux se faire entendre ?

La découverte du livret de la convention citoyenne Un commun accord. © Un commun accord

3- Une seule solution : la convention !

« Au 21ème siècle, pouvons-nous encore espérer tout avoir ? » c’est ainsi que Jean-Marc Jancovici, ingénieur et fondateur du Shift project a ouvert l’assemblée citoyenne de 150 citoyen-nes tiré-es au sort d’Un accord commun. Le premier de six week-ends de travail pour trouver des pistes de solutions à de grands problèmes de société liés à la crise écologique.

Géopolitique, Climat, budget de la France, de nombreux expert-es sont venus éclairer des participant-es parfois un peu perdu-es dans le flot d’informations. Une mise en jambe un peu professorale qui a pu en inquiéter certain-es sur leur légitimité, et en perdre d’autres. Mais Res Publica, la structure de concertation aux manettes des discussions, a tout de suite rassuré l’Assemblée : iels ont le temps de se familiariser et ne pourront pas devenir expert-es de tout. Ce sera à elleux de choisir leurs sujets. Et à nous aussi, en ligne ! Une plateforme de participation est accessible sur leur site. Vous pouvez y classer, par degré d’importance, une dizaine de grands sujets à débattre, dont 6 seront retenus pour les participant-es. 

Bien que l’on puisse soumettre des idées, il semblerait que les dilemmes qui seront étudiés soient déjà bien balisés : transition écologique vs. souveraineté numérique ou industrielle, logement pour tous.tes vs désartificialisation des sols, etc. Complexe ! Ce qui est sûr, c’est que le monde de demain nécessitera de l’adaptation voire des sacrifices, et ils ne seront pas trop de 150 pour y réfléchir.

Soirée MOB #2 : Présidentielle, une bataille culturelle et institutionnelle

On a fait une nouvelle soirée MOB au Point Ephémère et c’était incroyable ! On digère les belles énergies de plus de 150 personnes, la curiosité des participant-es comme du public et la qualité des échanges. [La captation bientôt en ligne]

Swann Périssé et Hadi Rassi (Ami des lobbies) nous ont fait rire, mais pas que ! Ils ont ouvert grand les portes de leurs pratiques artistiques, de leurs projets et des problèmes qu’ils peuvent rencontrer en tant qu’humoristes/acteur-ices engagé.es. Une plongée tout en légèreté dans un enjeu d’intensité : la bataille culturelle contre les idées d’extrême droite et pour la justice sociale et climatique.

Dans un second temps, tout aussi enthousiaste et la salle toujours aussi comble, Clara Egger (Solution Démocratique) et Manolo Mlekuz (Trajectoire 2027), deux candidat.es à l’élection présidentielle, ont débattu. Leurs candidatures citoyennes se retrouvent sur la nécessité de changer les règles du jeu institutionnel et notre Constitution, et que ce soit les citoyen-nes qui s’y collent. Leurs outils démocratiques et cheminements étaient pourtant bien différents, un bel espace de réflexion !

Pour notre équipe, Elliot Clarke, Perrine Bontemps et Clément Aulnette, c’était l’occasion de vous annoncer qu’on repart sur un magazine, des sujets journalistiques palpitants et nécessaires à quelques mois de la Présidentielle. Et pour ça, on a besoin du plus de monde possible ! L’occasion de « précommander » notre deuxième magazine (voire toute la collection !), donné en contrepartie sur notre financement participatif. Plus que jamais, jouons collectif !

Kò Mawon : l’afrofuturisme caribéen au service du soin

On a lu le dernier roman de Michael Roch, écrivain afrofuturiste engagé dans une littérature de science-fiction décoloniale et réflexive.

Une aventure policière au cœur de Lanvil, une mégalopole improbable installée sur les Caraïbes, devenues un seul et même Etat-Nation indépendant. Un espace de refuge, de mixité, de créolité. L’auteur y parle même de diversalité : la reconnaissance de notre complète et inévitable différence à toutes et tous, et donc notre égalité.

On a beaucoup apprécié la pluralité des langues et leur usage, les réflexions écologiques et technologiques en filigrane d’un récit sur la santé mentale, les communautés et le “soin social”. Au point qu’on va dédier notre dernier épisode de Révoltes à ce courant militant de la science-fiction. Pas toujours facile à lire (il le dit lui-même) mais captivant !

A bientôt, et surtout, prenez soin de vous,

L’équipe MOB