Mobilisations lycéennes : on tire et on écoutera après

L’acte III de la mobilisation lycéenne et étudiante fait prendre de l’ampleur au mouvement en ce mardi 6 octobre. 450 000 personnes dans les rues selon les organisateurs, 1800 lycées seraient bloqués ou fermés, 90% des universités sont perturbées. Des revendications éducatives face à des conditions d’études intolérables auxquelles le gouvernement répond par la violence policière et la répression.

Des jeunes brandissent des pancartes lors de la manifestation du 6 octobre. © Valentin Clarke

“Macron, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue” scandent quelques lycéens aux abords de notre bureau, direction la Place de la République, point de départ de la grande manifestation de soutien au mouvement lycéen. Un slogan qui fait écho à ceux déjà scandés en 1990, lors d’une gigantesque mobilisation lycéenne pour un meilleur enseignement. Résultat de l’époque : 4,5 milliards de francs d’investissement d’urgence dans l’éducation. En sera-t-il de même en 2026 ? Le constat des dernières semaines est plus amer. 

Les chiffres ont de quoi inquiéter : 5000 interpellations, une majorité de mineurs, sont brandies en étendard par Laurent Nunez, ministre de l’intérieur, pour appuyer sa gestion de la crise. Une répression féroce et violente qui dépasse en intensité celle des Gilets Jaunes (12 000 interpellations en 6 mois). 190 jeunes blessés, 10 enquêtes IGPN (la police des polices) ouvertes pour des faits de blessures graves (mâchoire explosée, main arrachée, étranglement…). Une pétition pour faire interdire les « armes mutilantes » de la police a déjà recueilli 23 500 signatures en quelques jours. Et un nombre pléthorique de vidéos sur les réseaux où on découvre nos policiers insulter, cogner, gazer gratuitement ces jeunes, des mineurs, nos enfants.

L’école en crise, sur la rue on mise

Et pourtant, les revendications lycéennes sont plus que légitimes. Au lycée Paul Eluard de Saint-Denis, un des établissements à l’origine du mouvement, élèves comme enseignants dénoncent les conditions d’études depuis des années : rats, effondrements, inondations, matériel cassé, mauvaise isolation thermique, absence d’infirmière scolaire ou d’assistante sociale pérenne. Une situation loin d’être isolée et dont les revendications ont pris depuis quelques semaines une ampleur nationale. S’ajoutent à cela les absences répétées d’enseignants, un lycée sur deux avait un professeur absent à la rentrée 2026. Mais aussi les critiques, répétées et durables, de Parcoursup, un outil de sélection à l’université extrêmement opaque et inégalitaire. Un état des lieux dramatique de l’école de la République qui a mis le feu aux poudres ces dernières semaines. Une situation brûlante et attisée par la classe politique mais aussi médiatique. 

Acrimed a analysé le traitement de l’actualité de ces mouvements sur France 2 entre le 28 septembre et le 1er octobre : 75% des sujets parlent des violences et dégradations, 8% des revendications. Un constat partagé par beaucoup de journalistes de France Télévisions, outrés des JT de leurs propres chaînes. Ce traitement médiatique des jeunes, particulièrement des mobilisations en quartier populaire, nous en parlions récemment avec Nnoman, photojournaliste.

La focale sur les violences et dégradations et la méconnaissance du quotidien de ces jeunes est un frein à la compréhension, par le plus grand nombre, des révoltes, de leurs causes comme des solutions possibles à y apporter.

Réprimer les corps et les porte-monnaies

Côté gouvernement, faute d’écoute, on agite l’arsenal punitif. Les interpellations et les gardes à vue sont violentes, partout en France, témoignent des jeunes dans Mediapart. Frappés, affamés, insultés, empêchés de dormir, certains ressortent même avec des stress post-traumatiques et des jours d’ITT. Nombreux n’oseront pas retourner manifester pour leurs droits à une éducation de qualité. Et vu que la violence physique ne semble pas calmer la jeunesse revendicatrice, le Premier ministre Lecornu s’essaie à la répression économique.

Il a avancé, dans le calendrier parlementaire, l’étude d’une proposition de loi “casseur-payeur” prévoyant jusqu’à 10 000€ d’amende pour toute détérioration matérielle. Y compris si vous ne faites que participer au rassemblement et ne vous dispersez pas à la demande des forces de police. Des attaques “au porte-monnaie” déjà très fréquentes en quartier populaire pour “mater” les jeunes qui “traînent”.

Génération non, non

Est-ce ainsi qu’on discute avec sa jeunesse ? Le futur de son pays ? Apparemment oui, en Macronie, comme ailleurs dans le monde, rappelle Amnesty International, on violente les mouvements de jeunesse. Le Népal ou le Maroc en sont de bons exemples. Des pratiques qualifiées d’autoritaires par l’ONG de défense des droits humains. Un nouveau signe de la dérive de la classe politique française envers de multiples frondes sociales méprisées.

A quelques semaines du vote du budget 2027, à quelques mois de la Présidentielle, cette mobilisation a pourtant quelque chose de réjouissant, derrière les multiples violences. La politisation de la nouvelle génération, sa conscience des problèmes qui parcourent l’éducation nationale, du détricotage de ce service public d’importance ont des chances de peser dans la campagne électorale. Ce sont nos enfants qui subiront tous ces choix politiques, peut-être serait-il donc temps de les écouter.

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Elliot Clarke