Assos en danger, révoltes populaires et antidote à Bolloré – 21/04/26
On a un peu soufflé la semaine dernière, d’autant qu’on devait sortir les 3 premiers épisodes de notre série “Révoltes” (à découvrir ci-dessous). On n’a quand même pas raté l’échec de la loi Yadan (pression citoyenne oblige), ou de celle pour « faire sauter » le 1er mai, ni l’adoubement d’un énième candidat à la Présidentielle (Retailleau). On a surtout été outré de découvrir les nombreux licenciements forcés dans le monde associatif, faute de subventions suffisantes. Un point d’alerte détaillé dans un article MOB qui, faute d’annoncer le printemps, pointe les zones à défendre.
Enfin, la bataille culturelle contre les idées réactionnaires fait rage, le licenciement du patron de Grasset par Bolloré en témoigne, Climax a des solutions pour vous. Livres, films, séries sont aussi des secteurs en danger, car vecteurs de résistance, c’est pour ça qu’on conclura en vous proposant un ciné-débat ! Bonne lecture.

Crédit photo © Le mouvement associatif
Sans argent ni liberté, les assos en danger
Le Mouvement associatif alerte. Depuis maintenant plusieurs mois, les associations doivent faire face à de multiples difficultés, financières comme politiques. Le Planning familial ne fait pas exception. Après 70 ans d’accompagnement sur les questions de santé sexuelle, d’accès aux droits et d’émancipation, il est aujourd’hui en crise. Un phénomène généralisé qui incite les associations à se mobiliser.
« Vitrines attaquées, intimidations téléphoniques, assauts physiques ou coupes budgétaires… » Sarah Durocher, présidente du Planning familial à l’échelle nationale, énonce gravement les défis de son association. Elle est catégorique : le monde associatif est ciblé pour ses actions. En affirmant ses positions sur le droit à l’avortement, l’émancipation et les droits des femmes et des personnes transgenres, le Planning s’est assuré une place de choix dans leur viseur.
En avril dernier, l’asso a subi une réduction budgétaire de 10 % dans le Loiret. Dans la Drôme, c’est 20% pour le Planning, mais aussi pour les CSS (centres de santé sexuelle). Ces attaques se ressentent particulièrement à l’échelon local, où les baisses du budget des collectivités légitiment de couper les vivres aux associations.
Celles-ci « sont traversées par une tension relative à leur liberté, et une tension relative à leur financement », déplore Claire Thoury, présidente de Mouvement associatif, et membre du CESE.
Convictions politiques, conséquences économiques
Si le droit à l’association est constitutionnalisé depuis 1971, le droit au financement de l’association n’est lui pas protégé. En 20 ans, « la part de la subvention dans les budgets a diminué considérablement au profit de la commande publique. On ne vous subventionne pas en disant qu’on soutient votre projet, on vous demande de répondre à des appels à projets pour répondre à des besoins évalués par les pouvoirs publics », explique Claire Thoury. Une mise en concurrence entre assos, voire avec des entreprises qui « ne jouent pas avec les mêmes armes ». Les finances associatives doivent « cocher » les cases de leurs financeurs plus que les besoins de leurs structures. « Certaines, ne répondent plus, et donc perdent des financements publics ». Pour survivre, d’autres finissent par se regrouper, faute de disparaître.
Au Planning familial, on préfère se tourner vers des financements privés. « C’est un changement de culture, un changement de stratégie et c’est encore de l’énergie qu’on ne met pas autre part. » Mais l’asso n’est pas disposée à accepter tous les financements pour autant. « Le Planning, c’est un mouvement politique aussi. On est intersectionnel et on lutte évidemment aussi contre le capitalisme. »

Cet article fait partie de la rubrique “Contre-pouvoirs” de notre magazine hors-série paru en février ! Un condensé de notre travail de l’année,en papier, à commander pour nous soutenir sur HelloAsso.
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Et c’est tout l’enjeu pour l’association : continuer sa mission d’utilité publique, donc avec des financements publics, alors que les collectivités leur tournent le dos. Les premier·es à souffrir de ces coupes et attaques sont évidemment les bénéficiaires de ces organismes. Pour rappel, chaque année, le Planning accueille plus de 500 000 personnes, et organise des interventions d’éducation à la vie affective et sexuelle auprès de 150 000 jeunes.
Ce phénomène, en se répandant dans les départements où sont implantées les antennes du de l’association, l’empêche de mener à bien certaines actions. « Je pense aux permanences en milieu rural, qui sont évidemment hyper fragilisées », précise Sarah Durocher. « Si on ne comprend pas que le tissu associatif est un élément qui structure notre vivre-ensemble, que sans associations, notre société ne tiendrait pas, on amplifie un problème qu’on essaie de résoudre », explique Claire Thoury.
CER, contrat « d’entravement » républicain
Si les collectivités se cachent souvent derrière les choix budgétaires liés à la crise économique, pour Sarah Durocher, le message est également extrêmement politique. On demande au Planning familial, comme à tout le monde associatif, de respecter le Contrat d’engagement républicain (CER). Un document à signer pour toute aide publique et qui oblige l’association à la « neutralité » et au « républicanisme ». Des adjectifs nébuleux qui ne répondent pas aux mêmes réalités en fonction des élu·es. Et qui peuvent parfois coûter gros à l’association.
[Le contrat d’engagement républicain], « ça a ouvert une boîte de Pandore, puisque tout à coup, on s’est mis à dire tout et n’importe quoi sur les associations » Claire Thoury, Le mouvement associatif
Depuis sa mise en application en 2022, le Contrat d’engagement républicain est essentiellement retourné contre les assos environnementales, ainsi que les assos de droit et de cause. Un usage arbitraire et illégitime, si bien que « chaque fois qu’on fait un recours, on gagne », raconte Claire Thoury. Seulement, « ça a ouvert une boîte de Pandore, puisque tout à coup, on s’est mis à dire tout et n’importe quoi sur les associations ».
Le cas typique, mais pas isolé, dont se rappelle Sarah Durocher, c’est l’affaire du 8 mars 2022 à Chalon-Sur-Saône : une affiche du Planning représentait une femme voilée, ce qui n’a pas plu à la mairie. Résultat : annulation du prêt de matériel et de local, et demande d’interdiction de leur manifestation pour « communautarisme », invoquant le CER. Le tribunal administratif saisi à l’époque avait finalement statué en faveur du Planning familial.
On leur doit la CMU ou le droit à l’avortement
L’article du Monde qui avait alors relaté les faits en était venu à la même conclusion que les deux femmes : le CER sert de plus en plus à museler les associations qui déplaisent au pouvoir politique, particulièrement dans les collectivités où la Droite réactionnaire et l’Extrême-droite gouvernent. Si Sarah Durocher nous rassure sur la pérennité du Planning familial, elle ne peut s’empêcher de penser aux plus petites associations qui n’ont pas leur réseau ni leur trésorerie. De quoi museler le tissu associatif dense pourtant si essentiel aux respect des droits, à la solidarité ou à la santé quand l’État vient à manquer.
Depuis des années, le combat des associations ont permis d’avoir, entre autres, une CMU (couverture maladie universelle), le droit à l’avortement, un service civique ou encore une politique de recherche sur le SIDA. Si certaines sont allées à l’encontre de l’ordre, elles sont toutes essentielles au bon fonctionnement de notre démocratie.
Pour alerter sur leurs conditions, Le Mouvement associatif a lancé « Ça ne tient plus ! », un appel des assos à se mobiliser, le 11 octobre 2025. Claire Thoury a rappelé des chiffres alarmants : 20 millions de bénévoles, 1,8 million de salarié·s et 67 millions de Français·es touché·es par les actions des associations. « Notre tissu associatif est quelque chose de merveilleux, un bien commun qui nous rend fiers et qui ne doit pas être sacrifié par les coupes budgétaires. » Des données ignorées par les gouvernements successifs du Président Macron. Le budget 2026 a encore amputé encore un milliard au financement des associations alerte récemment le Mouvement associatif sur Mediapart.
Des coupes de 40 % dans les subventions aux associations en trois ans de mandat. Résultat, déjà 12 305 emplois supprimés en un an. L’alerte est donnée.
Perrine Bontemps, Elliot Clarke, Justine Kouassi
On a connu de nombreuses mobilisations ces dernières années. Gilets jaunes, Climat, retraites ont poussé les gens à descendre dans les rues. Avec plus ou moins de réussite. Mais alors, c’est quoi les ingrédients à la révolte populaire ? Vaste sujet qui méritait de prendre le temps.
Dans cette série, Perrine Bontemps et Elliot Clarke vous proposent de comprendre les ressorts psychologiques, sociologiques, médiatiques et culturelles des luttes sociales et environnementales.
Les trois premiers épisodes (3/6) sont en ligne sur notre chaîne :
1- La révolution française, l’équation parfaite ? (Avec Sophie Wahnich, historienne)
2- La lutte climatique c’est (aussi) dans la tête (avec Aurore Grandin docteure en sciences cognitives)
3- Gilets jaunes, l’inattendue mobilisation (avec les sociologues Antoine Bernard de Raymond et Sylvain Bordiec)
Bon visionnage !
Les recommandations/actus de la rédac
Climax se la joue vaccination médiatique
Et on est ravi de faire partie de la mixture “contre” l’influence grandissante et problématique de Vincent Bolloré et de son empire culturo-médiatique.
Il faut dire que le milliardaire breton a encore fait fort en virant Olivier Nora, PDG de chez Grasset. Résultat : 170 auteur-ices quittent la maison d’édition pour raisons idéologiques. A la recherche maisons plus indépendantes ? Edition, médias, même combat contre les idées réactionnaires.
The cost of growth – Anuna de Wever et Lena Hartog (Ciné-débat)
Greta Thunberg ouvre le bal de la bande-annonce de ce documentaire écolo. Une narration tiraillée entre le constat dramatique de la crise climatique et la mise en lumière des gens qui tentent de lutter contre.
Le débat autour du film, à l’Odéon à Paris, entre journaliste (Paloma Moritz), militant-e (Oxfam) et chercheur (Yves Perret), promet d’être intéressant !
A bientôt, et prenez soin de vous,
L’équipe MOB






