1er mai méprisé, syndicats questionnés et coopératives soutenues – 05/05/26
Entre le 1er et le 8 mai, il nous semblait important de mettre la focale sur les actualités dans le monde du travail. Après tout, on y passe nos journées, souvent dans des structures très hiérarchisées. Des lieux où les décisions collectives sont souvent inexistantes ou houleuses, des droits sociaux en sursis permanents et des salarié-es parfois malmenés. Sauf quand ils reprennent le pouvoir !
Les jours fériés, on s’en fiche ? C’est le message du gouvernement, au mépris du code du travail et des partenaires sociaux (1.). Ces partenaires, les syndicats, ne représentent plus que 10% des salarié-es. Une raison, pour certains, de vouloir en réformer le statut, pour d’autres d’en défendre le rôle protecteur (2.)
Ils prouvent d’ailleurs fréquemment leur importance comme contre-pouvoir, politique mais surtout professionnel. Les femmes voilées ciblées dans les entreprises de l’énergie et du gaz s’en rendent compte depuis plusieurs mois (3.) Peut-être que c’est l’organisation même de nos entreprises qu’il faudrait donc changer. A commencer par soutenir les coopératives ? Deux propositions de loi ont été déposées en ce sens à l’Assemblée (4.).

Du côté de chez MOB, on vous a parlé Gilets jaunes et mobilisations sociales. Et on n’est pas si loin de la thématique nous disent les sociologues interrogés : le profil de ces « révoltés » suggère des conditions de travail difficiles et un pouvoir d’achat limité. Ce sont :
Les actus de la semaine
1- Pain, fleurs et droits sociaux
A l’occasion du 1er mai, le gouvernement s’attaque au code du travail. Un jour censé être chômé pour une majorité de français-es, sauf exceptions (hôpitaux, hôtels, police, journalistes). Un symbole des droits sociaux gagnés au siècle dernier. Mediapart détaille les tentatives de l’Etat de “faire bosser” les boulangers et fleuristes, faute d’avoir pu faire passer une loi d’assouplissement de ce jour férié. En appelant à “l’intelligence collective”, le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, a presque donné un passe-droit aux enseignes qui voulaient ouvrir, se positionnant ainsi hors-la-loi. Les parlementaires s’offusquent qu’on les court-circuitent, les syndicats qu’on les ignorent, et le dialogue social s’étiole.

2- Syndicats, on en fait quoi ?
L’importance des syndicats est remise sur le devant de la scène pendant la fête du travail. Sa “nécessaire” réforme aussi, celle défendue par la droite depuis la candidature présidentielle de François Fillon en 2017, lit-on dans The Conversation. En cause : un soi-disant monopole syndical dans la représentation du personnel, des salariés. Économistes et juristes (de droite) s’emparent à nouveau de la thématique en 2026, prétextant que des élections libres (sans constitution en syndicats) seraient plus démocratiques.
Pourtant l’intérêt du syndicat est justement : d’être une organisation collective, extérieure à l’entreprise et une entité morale. Un statut “protégé” mais surtout “protégeant” les actions collectives des salariés envers leur hiérarchie. Plus qu’un monopole ou un privilège, les syndicats sont un des piliers de la démocratie sociale française selon l’universitaire Rémi Bourguignon.

3- Dans le secteur de l’énergie, les femmes voilées sous pression
GRDF, RTE, Enedis, heureusement que Streetpress et les syndicats sont là pour y dénoncer les clauses de neutralité qui ciblent les musulmanes salariées de ces entreprises à mission publique. On leur a demande de retirer leur voile depuis plusieurs mois (pourtant embauchées avec) sous peine d’être envoyées dans une autre branche, voire licenciées. Nadia Kabassine est visée, puis dénoncée par sa manageuse de GRDF.
Syndiquée de longue date, elle devient la porte-parole de ce bras de fer d’ampleur entre syndicats/salarié-es et leur hiérarchie. De l’importance de la représentation collective pour défendre ses droits ou sa dignité.

4- Des députés jouent « coopératives »
On a repéré deux propositions de loi déposées à l’Assemblée nationale ces derniers mois visant à faciliter les reprises par les salariés, en coopératives (SCOPS ou SCICS). La proposition n°2603 portée par Michel Castellani (groupe LIOT) et celle, plus récente, n°2727 (groupe Insoumis et quelques écolos). Toutes deux, avec des variations, proposent des facilitations pour les salariés qui voudraient reprendre ou créer des coopératives.
Une préférence salariale, par exemple, obligerait les patrons à privilégier une offre de ses salariés à un repreneur externe. Un “pacte Dutreil-salarié” faciliterait les transmissions extra-familiales en cas de décès ou donation. Enfin, un fond d’investissement coopératif, des réductions d’impôts ou des bourses permettraient de favoriser ce modèle plus démocratique (51% de salariés associés minimum), ou à minima plus horizontal.
On vous en reparle bientôt avec Chahin Faiq, secrétaire général des Licoornes.

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Du côté de chez MOB – Révoltes #3 – Gilets jaunes, l’inattendue mobilisation

Bientôt 10 ans que les Gilets jaunes ont investi ronds-points et manifestations. Des protestations atypiques qui ont pris beaucoup d’ampleur en quelques mois fin 2018 et dont chercheurs et spécialistes tirent encore, aujourd’hui, des leçons. C’est le cas de Antoine Bernard de Raymond et Sylvain Bordiec. Sociologues, ils publient Sociologie des gilets jaunes, reproduction et luttes sociales en 2024. Une analyse de ce mouvement social atypique, inattendu, qui n’a pas émergé dans les lieux traditionnels de mobilisation. Et surtout dont le profil des participants n’est pas celui des habitués des manifestations syndicales des grandes métropoles.
Troisième épisode de notre série sur les Révoltes. [LIRE LA SUITE]
Les recommandations de la rédac
Manifeste pour une démocratie au travail (lecture)
Un ouvrage collectif qui mélange enquêtes, expériences et propositions pour (re)penser le travail autrement.
Plus horizontal, plus respectueux des travailleur-ses, chargé de sens. Les perspectives ne manquent pas, une bouffée d’air assez protéiforme pour s’accrocher à plusieurs récits. Et un message : à nous de jouer pour démocratiser le travail.
A plein temps (film – Arte)
Si vous l’aviez raté lors de sa sortie en 2021, il est diffusé sur Arte ! Un film à 1000 à l’heure focalisé sur Julie (la géniale Laure Calamy), mère de famille qui bataille entre son travail de femme de ménage, les grèves des transports, la vie de famille et les factures.
Un film sur la vie, la vraie, celle des gens qui travaillent pour s’en sortir mais ne baissent jamais les bras. Un récit traversé par toutes les thématiques précédemment évoquées.
N’oubliez pas de prendre soin de vous, et à très vite,
L’équipe MOB



