Inaction politique, clim’, végétalisation et refuges climatiques

Par 40 degrés, il nous semblait totalement fou de ne pas vous parler canicule et réchauffement climatique cette semaine. Et surtout de mettre en lumière quelques pistes de solution. D’autant que la classe politique y réagit de manière très problématique. Côté Mélenchon, on invite juste à “vivre à l’andalouse”, en décalé. Le gouvernement macroniste se félicite de sa politique, alors même que son fonds vert a perdu plus de 65% de son budget en 3 ans… Les écologistes, amorphes, se retrouvent bouc émissaires de la droite. Apparemment, décroissance rime avec réchauffement… De leur côté, Retailleau ou Le Pen prônent plutôt l’installation généralisée de climatisation et “l’écologie non punitive” (entendre non-contraignante).

Au national, à quelques mois de la Présidentielle, ils ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Le réchauffement climatique et l’adaptation, commune et collective, de nos modes de vie sont pourtant urgents et éminemment politiques (1.). Le cas de la climatisation reflète bien la nécessite de mesures claires mais surtout nuancées pour qu’elles soient collectives, justes et acceptées (2.). Quand les collectivités s’emparent du problème, ça marche. A Nantes, la règle des 3-30-300 est rafraîchissante. L’Espagne, elle, fait figure de modèle européen contre les chaleurs extrêmes (3.)

1- Inaction politique et colère populaire

C’est la question centrale de l’édito de Reporterre sur les réactions aux canicules. Les données scientifiques sont là, les entreprises polluantes et la classe politique le savent depuis longtemps. Mais pour quelles réactions ? Austérité budgétaire, particulièrement écologique, mais aussi criminalisation des activistes Climat. Les Soulèvements de la terre l’ont subi depuis les mobilisations sur l’A69. Action, Justice, Climat et leurs actions coup de poing (peinture lavable… rien de violent…), également. Plein d’autres collectifs sont carrément qualifiés d’écoterroristes. Une étiquette démontée par Camille Etienne dans Le Nouvel Obs

Inaction, désinformation et criminalisation façonnent la bulle politique au pouvoir, ou en passe d’y postuler. Et, en attendant, ce sont les classes populaires et les populations vulnérables qui trinquent. Des gens au coeur de l’émission dédiée sur Mediapart qui invite inspectrice du travail, parents d’élèves, associatifs et chercheur.ses pour décortiquer les effets de cette inaction politique sur ces “vrais gens”. Avec comme question globale : plutôt que se “résilier”/résigner, comment agir pour éviter le pire ?

2- Clim’ : pour faire mieux, soufflons tiède

Le tout c’est d’avancer collectivement. Le débat sur la climatisation reflète bien la complexité des enjeux, acteurs, et pistes de solutions. Si vous êtes familier du sujet, vous savez qu’elle fait autant de mal que de bien : en contrepartie d’espaces préservés des fortes chaleurs, ces machines provoquent réchauffement des rues et consommation d’énergie (souvent carbonée). Elles participent donc au problème de réchauffement climatique et des chaleurs urbaines. Politiquement, on résume souvent les positionnements à “pro-clim” de droite, pas écolo et “anti-clim” de gauche, écolo. Alors que le sujet est beaucoup plus complexe détaille longuement Bon Pote.

Le média explique qu’il existe plusieurs climatisations (plus ou moins énergivores), plusieurs produits refroidissants (plus ou moins efficaces et “durables”), plusieurs usages (privé ou public, individuel ou collectif). Et surtout des inégalités sociales à son accès (coût d’installation et électrique) et à sa nécessité (personnes précaires, fragiles, jeunes).

Bon Pote note, surtout, que la climatisation ne doit pas être l’unique solution et ne peut se passer d’une “trajectoire de refroidissement durable”. Les positionnements arbitraires n’ont pas lieu d’être quand il s’agit de prendre des décisions collectives. Surtout pour parvenir à des consensus : accélérer l’installation de climatisations dans nos hôpitaux et écoles par exemple. En tout cas, pour éviter de vivre sous cloche, on va devoir enlever nos œillères partisanes sur ces sujets.

3- Nantes résiste, l’Espagne innove et le monde suivra ?

Certaines collectivités et pays s’emparent, fort heureusement, déjà de ces sujets et avancent sans attendre un élan national. L’Humanité détaille comment Nantes s’adapte au réchauffement en végétalisant la ville. De quoi résister aux 50 degrés relevés ces derniers jours… La collectivité tend vers la règle des « 3-30-300” : voir trois arbres depuis sa fenêtre, avoir 30% de surfaces végétalisées dans son quartier et un parc à moins de 300 mètres. Dans ce but, la ville a planté 25 000 arbres (un chiffre difficile à vérifier, “fact-checkait” Mediacités en fin de mandat) et prône l’installation de forêts urbaines.

Côté espagnol, on plante la graine d’une gestion intelligente et solidaire des chaleurs extrêmes. Le pays est pionnier en termes de “refuges climatiques”, particulièrement à Barcelone, lit-on dans The Conversation. Ils transforment des écoles, bibliothèques ou centres culturels en “oasis urbaines”, des lieux pour accueillir le grand public en cas de fortes chaleurs. Climatisés avec un accès à l’eau potable, ces espaces de solidarité accueillants ont été propulsé par des politiques locales. A Barcelone, en seulement 5 ans, un peu plus d’un mandat, le nombre de refuges est passé de 70 à 451. 74% de la population a accès à un refuge climatique à 5mn de chez soi, 99% à moins de 10mn.

Une réelle volonté politique d’adaptation au réchauffement climatique qui inspire le monde entier. La preuve que, politiquement, quand on veut, on peut, et on doit.

Collab média : Rivières sous pression

Pas de vidéo cette semaine, déjà à cause de la canicule qui éreinte nos journalistes : il fait très, très chaud dans notre local non-climatisé. Mais surtout, on a été missionné par We Report, collectif de journalistes, et Mediacités (notre partenaire sur les Municipales).

Ils sortent une grosse enquête sur la pollution des rivières lundi matin et voulaient qu’on simplifie cet enjeu, crucial mais très technique, en vidéo. Si vous êtes sur Lyon, n’hésitez pas à vous inscrire à leur soirée autour de ces enjeux. Sinon, guettez notre vidéo sur nos réseaux !

Autogestion : un autre travail à l’horizon

On a quand même sorti un article “de solution” sur ces coopératives qui s’essaient à l’autogestion, la démocratie au travail. Des boulangeries aux pompes funèbres, leur objectif est de fonctionner de manière plus horizontale et plus collective, en misant sur la coopération et la responsabilité partagée.

Une source d’inspiration pour travailler et produire autrement. [LIRE LA SUITE]

Erin Brockovitch (film)

Pas de cinéma climatisé à vous proposer mais un film dispo en streaming à l’actualité brûlante ! Erin Brockovitch, de Steven Soderbergh, raconte le combat judiciaire de cette mère célibataire, devenue archiviste juridique puis assistante, dans une énorme affaire de pollution de l’eau. . Une histoire vraie et une grande militante écolo jouée par la merveilleuse Julia Roberts.

Un récit écolo-féministe qui évoque aussi les lanceurs d’alerte et la quasi toute puissance des grosses entreprises privées… Erin Brockovitch fait à nouveau parler d’elle, en ce moment, en se mobilisant “contre” les data centers et l’IA aux Etats-Unis. Modèle d’engagement et super film !

Daybreak (jeu de société)

On n’est pas fan des jeux “militants” mais Daybreak a explosé nos préjugés ! Une plongée en 2040 où vous devrez sauver la planète d’une crise climatique mondialisée et complexe. Un jeu écolo et collaboratif amusant qui sensibilise à ces enjeux sans oublier de passer un bon moment.

On salue particulièrement les règles vraiment démocratiques qui empêchent de “la jouer solo” et la complexité des solutions envisagées. Il n’y a que collectivement qu’on pourra gagner ce combat environnemental, autant commencer par y jouer.

Prenez soin de vous,

L’équipe MOB