Pantouflage, éducation aux médias et participation citoyenne

Cette semaine, on a beaucoup parlé de police dans les médias : celle qui agresse, insulte, raciste et sexiste à Carcassonne. Celle aussi qui manifeste pour de meilleures conditions de travail (mais pas une meilleure sélection à l’entrée…). Enfin, la manifestation contre “le permis de tuer” aura lieu ce dimanche, partout en France.

Nous, on a préféré mettre la focale sur les signaux faibles de la démocratie, d’abord en décortiquant ce qu’on entend par “pantouflage” entre le public et le privé, surtout chez les macronistes (d’autant qu’ils sont bientôt au chômage ? 1.). On s’est aussi enthousiasmé de l’étude de Julia Cagé (and co !) sur l’éducation aux médias et l’accès à l’information des jeunes (2.) Enfin, on a vu qu’à Lille, si la mairie se la joue participatif, la démocratie est ailleurs dans la ville (3.) On a aussi été au Démocratie Forum et on a regardé Camarades sur Arte !

1- Supermacroniste ? Député le jour, lobbyiste la nuit

En cas de dissolution de l’Assemblée en 2027, votre député deviendra-t-il lobbyiste pour le secteur privé ? Rien ne lui interdit ! Et c’est ce qu’interroge La Brèche dans son papier dédié au va et vient des parlementaires macronistes entre privé et public. On y découvre un système de “portes tournantes” ou de renvoi d’ascenseur entre des représentants d’intérêt privés (Agroalimentaire, bâtiment, transports… ) et des députés du parti présidentiel. Les députés, parfois même avant la fin de leur mandat, rejoignent le secteur privé et influencent, de l’extérieur, en connaissance de cause, avec leur réseau, la décision publique. Une porosité qui n’a rien d’illégale pour les parlementaires mais inquiète, par exemple, Transparency International sur les potentiels conflits d’intérêts que cela peut susciter. Une vingtaine d’anciens députés macronistes ont déjà migré dans les “affaires publiques” (cabinets de conseil, lobbyistes, formateur-ices…). 

The Conversation détaillait, en juillet, des pistes de solutions à cette porosité croissante entre public et privé et sa nuisance pour la défense de l’intérêt général. D’abord, resserrer le statut de fonctionnaire : sa primauté dans les embauches d’Etat comme son incompatibilité avec un “séjour privé” trop long (aujourd’hui jusqu’à 10 ans…). Ensuite, donner plus de pouvoirs de sanction, voire d’interdiction à la Haute autorité de la transparence de la vie publique (HATVP). Et y créer un observatoire des mobilités politiques. Un enjeu, très actuel, de transparence et donc de confiance envers nos représentant-es et les pouvoirs publics !

2- Faire lire la presse aux jeunes, mission possible !

Et ça ne coûte pas “grand chose”. C’est du moins le résultat de l’enquête ambitieuse de Julia Cagé, Simon Briole et Andrea Prat. Après avoir travaillé dans 243 lycées avec près de 10 000 élèves, leurs conclusions sont très enthousiasmantes. 

On n’en doutait pas mais les jeunes s’intéressent à l’actualité (du sport à la politique) et, massivement ! Seuls 7% ne s’y intéressent pas encore (et c’est totalement ok aussi). L’expérience a ensuite permis de montrer que, si on leur donnait un accès gratuit au Monde, une majorité écrasante s’en saisissait. Encore plus quand cela était couplé avec de l’éducation aux médias. Et, en plus, ça réduit les inégalités sociales dans l’accès à l’info : les jeunes défavorisés ont le plus bénéficié de cette expérimentation. 

Preuve renouvelée de l’utilité de placer l’éducation aux médias, à l’information (et donc, in fine, l’apprentissage hors système scolaire) au cœur de l’accompagnement des jeunes générations. Plutôt que de s’escrimer à interdire les réseaux sociaux aux jeunes, ou le téléphone au lycée (ce qui semble compliqué), peut-être pourrait-on plutôt éduquer nos enfants à s’en saisir de manière plus éclairée et mesurée ? Pour ça, il faudrait éviter de raboter en soum-soum le budget du Pass Culture comme vient de le révéler Mediapart.

3- A Lille, la démocratie participative, ce n’est pas à la mairie !

Arnaud Deslandes, fraîchement élu maire de Lille en 2026, a lancé son forum de la participation citoyenne. Un plan en plusieurs étapes (questionnaires, réunions publiques et rendez-vous de quartier). “On voudrait mieux vous écouter. Dites‐nous comment » disaient les tracts de la mairie pour inciter les gens à participer. Pourtant, ce que Mediacités Lille constate lors de la première réunion publique ce 12 septembre, c’est que la participation n’est pas au rendez-vous. Discours du maire, paroles d’experts mais pas de questions de la salle. Un comble quand on se targue de vouloir faire de la démocratie participative. Une déception pour nombre d’acteur-ices associatifs, de quartier, venu-es s’exprimer. On espère que la municipalité saura se rattraper lors des multiples réunions publiques déjà prévues jusqu’à fin octobre.

Le même jour à Lille, à quelques rues de là, dans les locaux de Sciences Po, débutait la convention citoyenne sur la démocratie. Un dispositif en quatre week-ends où citoyen-nes tiré-es au sort, parlementaires de tous bords et panel d’acteur-ices de la société civile sont censés réfléchir ensemble à comment améliorer notre démocratie.

MOB a pu y poser sa caméra. Là aussi, des expert-es, à l’image de Pierre Rosanvallon, historien, sont venus éclairer les citoyen-nes sur les enjeux politiques de l’époque. Mais ce sont eux qui étaient à l’honneur. D’abord hésitant-es, méfiant-es envers la classe politique, celles et ceux que nous avons pu interroger se sont prêté-es au jeu et espèrent être entendu-es avant la Présidentielle. A l’inverse, les parlementaires étaient peu nombreux-ses en ce premier jour d’assemblée : seul-es Olivia Richard (sénatrice Union centriste) et Pierre‐Yves Cadalen (député LFI) se sont déplacés. Mais d’autres sont attendus pour le second week-end en octobre, ainsi qu’une délégation “société civile” du CESE, le conseil économique social et environnemental. Un premier épisode vidéo consacré à cette rencontre sortira très bientôt sur MOB !

Démocratie Forum : l’intérêt général, à quel prix ?

On a passé une tête au Démocratie Forum organisé par la régie publicitaire éthique Better. S’y sont succédé fondations, entreprises, personnalités politiques et associations pour réfléchir à comment défendre certains piliers de nos démocraties (associations, médias et institutions).

Réponse numéro 1 : en les finançant, sujet central de l’événement ! Nos retours dans l’article dédié.

Camarades : l’université des possibles ! (Série, Arte)

Camarades nous embarque joyeusement dans le post-mai 68. Une plongée dans l’université expérimentale de Vincennes, un joyeux bordel qui rappelle que l’éducation est censé être un espace effervescent, qui bouillonne et stimule les élèves comme les enseignants, les idées comme les émotions.

La série souligne également l’importance des lieux d’engagement, de lutte et de réflexion pour confronter ses idées, y compris au sein des gauches.

Pas de révolution sans espace pour se retrouver, une université en est le meilleur reflet ! Et en ce moment, un peu d’oxygène entre les lacrymos des mouvements sociaux, ça fait rêver.

Prenez soin de vous,

L’équipe MOB