Commission « Alloncle », Bollosphère et enseignement privé – 30/04/26
On a voulu prendre la bataille culturelle en fil rouge de nos actualités de la semaine. Ce combat contre les idées d’extrême droite, pour la démocratie, pour la justice sociale et environnementale. Cette lutte que s’approprie aussi l’extrême droite.

C’est pour ça qu’on s’offusque du rapport “Alloncle” sur l’audiovisuel public et voté à l’Assemblée (1.). C’est aussi pour ça qu’on se réjouit, à l’inverse, du soutien de la CGT Vaucluse aux troupes “dans le besoin” à Avignon (2.). Car, on va avoir besoin de serrer les coudes vu que l’ombre de la Bollosphère plane sur tout le monde culturel. Une influence qui s’étend des manuels scolaires à nos livres de poches pour l’été (3.). En parlant de manuels, de récentes enquêtes montrent d’ailleurs que le secteur privé, surtout catholique, s’abstient (voire s’absout) de respecter l’éducation de nos jeunes. (4.) Ce sont les actus de la semaine.
Du côté de chez MOB, on a échangé avec Blanche Sabbah, autrice engagée dans cette bataille des idées. Elle défend le pouvoir de la fiction. Un pouvoir des mots à découvrir également dans notre article en exclu !
Les actus de la semaine
1- Alloncle : l’audiovisuel public en danger
Adopté à deux voix près, le rapport sur l’audiovisuel public, issu de la commission d’enquête du même nom fait des remous. 400 pages de détricotage de la télévision française (fusions de chaînes), tentatives d’ingérence partisane (proposition de donner au Président de la République le choix de la direction de la direction de l’audiovisuel public) et accusations ad nominem (Patrick Cohen ou Nagui ont pris bien cher). Un contenu problématique et des méthodes inquisitrices détaillées par Mediapart qui ajoute que la “bollosphère” (privée, d’extrême droite) a tenté d’influer sur les échanges.
Même si ce rapport n’a aucune conséquence législative, il alimente l’imaginaire d’un audiovisuel public problématique, et d’une défiance envers des journalistes soit-disant biaisés. Une bataille politico-médiatique qui prépare le terrain pour que l’extrême droite et affiliés puissent réformer, une fois au pouvoir. LFI, pourtant fréquemment pointée du doigt sur le service public, en défend la nécessité démocratique.

2- Au festival d’Avignon, la CGT lève le rideau
Face à l’explosion des prix pour se produire au festival d’Avignon, les syndicats à la rescousse ! La CGT Vaucluse propose une salle gratuite pour des troupes dans le besoin. Un théâtre solidaire installé à la bourse du Travail d’Avignon qui démocratise un festival, pour beaucoup, inaccessible. Six troupes bénéficient chaque année de leurs planches pendant le “Off” du festival, lit-on dans l’Âge de faire. Un bel exemple de solidarité et d’engagement syndical pour l’accès à la culture et à des récits engagés. A l’image de “Ulysse à Gaza”, un morceau de théâtre documentaire sur le siège de Gaza signée par la compagnie du bar de la Poste

3- Nora, Grasset : bollosphère, bulldozer
Un éditeur inconnu du grand public mais extrêmement respecté dans le monde de l’édition, Olivier Nora, a été licencié de chez Grasset. La belle affaire ? L’événement a pourtant fait fuir 170 auteur-ices de la maison d’édition et réagir des personnalités politiques et artistiques de tous bords. A l’image de David Dufresne qui a déchiré son contrat sur le plateau de C à vous. Derrière cette énième incursion dans le monde culturel et médiatique, Vincent Bolloré montre de plus en plus clairement sa volonté d’emprise éditoriale sur les différentes structures de son empire, des manuels scolaires à la télévision, conclut Libération.
« Ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés » dit-il au JDD (qui avait subi la même “purge” lors de son rachat/virage à l’extrême droite fin 2024.). Le message est clair : Bolloré fonce dans la bataille culturelle à moins d’un an de la Présidentielle.

4. Ecole : in privé we trust ?
Suite à l’affaire Bétharram (violences psys, physiques et sexuelles dans un établissement privé catholique sous contrat) et à la commission d’enquête sur les violences dans l’enseignement privé, le gouvernement a décidé de lancer une grande vague d’enquête dans ces établissements scolaires. En majorité catholiques (7190 écoles soient 96% des structures sous contrat avec l’Etat), ces établissements sont tenus de respecter les programmes de l’enseignement public national ET d’assurer la non-discrimination des élèves scolarisés. Une mission peu respectée selon des enquêtes de Mediacités.

L’article de la semaine : Parler c’est lutter

Des mots d’amour aux maux du pouvoir, l’évolution du langage reflète celle de notre société, de nos débats et de nos identités. Langues locales, argots, détournements… Chaque usage de la langue raconte une histoire, dessine des positionnements politiques et peut aussi bien devenir instrument de lutte que de domination.
C’est quoi un « gâté » ? Ce mot venant de l’occitan signifie « câlin ». Mais dans le parler du rappeur SCH, l’expression « mon/ma gâté·e » désigne un être cher, qu’on aime particulièrement. Répété à foison par l’artiste marseillais, le terme rayonne désormais aux quatre coins de la France. C’est justement parce qu’il a pris une dimension« nationale » qu’il a fait partie des 150 mots à entrer dans l’édition 2026 du Petit Robert, analysait le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus au micro de France Info en mai 2025. « Il faut qu’un mot soit diffusé un peu au-delà de son point d’origine, sinon il reste très local », expliquait-il.
Le langage crée une sorte d’unité nationale. En France, l’apprentissage de la langue française à l’école assure une compréhension mutuelle, favorise les échanges et participe à la construction d’une culture commune entre les individus. Elle peut également être vecteur d’intégration et de lien social fort. À l’inverse, dans les pays colonisés, la langue du colon (français, anglais, espagnol) a longtemps remplacé, et remplace encore parfois, celle des populations locales. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est la parfaite illustration de cette ambivalence. Instrument du soft power français, l’institution a pour mission de faire rayonner la langue autant que les valeurs de la France à travers le monde… Y compris dans des pays engagés dans des processus de décolonisation et de réappropriation linguistique, où le français est considéré comme une langue élitiste et paternaliste, héritée du colonialisme. Si la langue peut unifier, elle peut aussi bien devenir un outil de domination. [LIRE LA SUITE]
Du côté de chez MOB
Bataille culturelle, le pouvoir de la fiction (avec Blanche Sabbah)
La bataille culturelle qui oppose la droite et la gauche, ou encore les progressistes et les réactionnaires, se mène sur tous les fronts : le champ politique mais aussi la sphère culturelle, notamment dans les œuvres de fiction. Quel poids ont les œuvres culturelles dans le combat des idées, particulièrement contre l’extrême droite ? Comment deviennent-elles des outils politiques ? Et quels rôles et responsabilités ont les artistes progressistes dans ce combat ?
On en a discuté avec Blanche Sabbah, autrice, en revenant sur son récent essai (La bataille culturelle) et à l’occasion de la sortie de sa nouvelle BD, La cité des dames.
Les recommandations de la rédac

La cité des dames (BD)
On vous promet que Blanche Sabbah ne nous a pas payé après l’entretien ! On trouve juste que l’heroic fantasy est rarement vecteur d’idées progressistes comme le féminisme et l’écologie et surtout avec humour !
L’intrigue est apparemment assez complexe et dense mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ce récit que vous ne retrouverez probablement pas dans l’univers de Vincent Bolloré.
Fake Off (association)
La bataille culturelle passe aussi par l’éducation aux médias, aux réseaux, aux fake news et donc à l’esprit critique.
C’est le travail de l’association Fake Off dont les journalistes (Clément et Perrine entre autres !) animent des ateliers avec des jeunes, en milieu scolaire et périscolaire pour aider les futures générations à appréhender l’information. Ils sont en plein financement participatif si vous voulez leur filer un coup de main. En attendant, prenez soin de vous,
L’équipe MOB



